Dépistage du VIH et des ITSS, accès à la PrEP, crise des surdoses, réduction des méfaits, santé des communautés 2ELGBTQIA+ et financement du communautaire : à l’approche du scrutin du 5 octobre, la COCQ-SIDA a demandé aux partis politiques québécois de préciser leurs engagements sur six enjeux qui touchent directement les personnes vivant avec le VIH et les communautés les plus exposées. Plusieurs formations ont répondu de façon détaillée, d’autres plus généralement, tandis que certaines ont décliné l’invitation ou sont demeurées silencieuses. Tour d’horizon.
La Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) avait fixé au 8 septembrela date limite pour répondre à son questionnaire. Au moment de la publication de sa compilation, elle avait notamment reçu les réponses de Québec solidaire, du Parti libéral du Québec, du Parti québécois, du Parti vert du Québec, du Parti marxiste-léniniste du Québec, du Parti communiste du Québec et de l’Équipe autonomiste. Le PQ a fait parvenir ses réponses le 14 septembre et le Parti vert le 9 septembre.
Dépistage : entre renforcement des CLSC et investissements en santé publique
À la première question — comment améliorer l’accès au dépistage du VIH, du VHC et des autres ITSS? — plusieurs partis renvoient à un renforcement de la première ligne, mais avec des approches différentes.
Québec solidaire mise notamment sur les CLSC. Le parti propose la création de jusqu’à 400 points d’accès aux services de première ligne, principalement par l’intermédiaire des CLSC, et lie cette mesure à l’amélioration des conditions de travail dans le réseau public afin de maintenir suffisamment de personnel.
Le Parti québécois rattache pour sa part le dépistage à son engagement d’ajouter 550 millions de dollars au budget de santé publique. Il indique que l’augmentation des dépistages et la prévention des maladies feraient partie des chantiers financés par cette enveloppe, sans toutefois détailler un mécanisme particulier propre au VIH ou aux ITSS.
Le Parti libéral du Québec affirme vouloir faciliter l’accès au dépistage et miser davantage sur la prévention, tout en assurant une continuité entre le dépistage, le traitement et le suivi. Sa réponse ne fixe cependant ni cible chiffrée ni nouveau modèle précis d’accès au dépistage.
Le Parti vert du Québec souhaite pour sa part simplifier l’accès au dépistage du VIH et des ITSS, réduire les obstacles administratifs ou financiers et renforcer la prévention ainsi que les soins de première ligne, avec une attention particulière aux populations qui rencontrent davantage de difficultés à accéder au réseau.
Le Parti marxiste-léniniste du Québec met surtout l’accent sur un réinvestissement massif dans les services publics et sur la participation des organismes communautaires, des travailleurs de la santé et des personnes concernées à la définition des mesures à adopter.
Le Parti communiste du Québec relie également les difficultés de dépistage à l’état général du réseau public et aux déterminants sociaux de la santé, comme le logement, les revenus et les conditions de travail.
Enfin, Équipe autonomiste estime qu’un meilleur accès passe d’abord par une augmentation du nombre de médecins et d’infirmières capables d’effectuer les prélèvements, notamment grâce à une meilleure reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger.
PrEP, PPE et doxy-PPE : jusqu’où faciliter l’accès?
L’accès aux médicaments de prévention révèle des différences plus nettes.
Québec solidaire propose la création de Pharma-Québec, une société publique chargée notamment de l’achat, de la production et de la recherche dans le domaine du médicament et associée à un régime universel public d’assurance médicaments. QS affirme que cette réforme augmenterait significativement l’accessibilité de la PrEP, de la PPE et de la doxy-PPE.
Le Parti vert propose lui aussi une couverture publique, universelle et gratuite des médicaments d’ordonnance. Le parti veut éliminer les barrières financières à la PrEP et à la PPE et indique que les autres outils de prévention devraient être accessibles lorsqu’ils sont médicalement indiqués.
Le Parti québécois répond plus brièvement : les traitements de ce type « pourraient être financés » à même ses investissements supplémentaires en santé publique. La réponse ne précise pas si cette mesure se traduirait par une gratuité complète ou par une modification des règles actuelles de remboursement.
Le Parti libéral dit vouloir travailler avec l’INESSS, la santé publique, les professionnels et les organismes concernés afin de réduire les obstacles à la PrEP, à la PPE et à la doxy-PPE. Il ne prend cependant pas d’engagement de gratuité.
Le PMLQ défend pour sa part le principe selon lequel l’accès aux médicaments essentiels ne devrait dépendre ni du revenu ni du lieu de résidence, tandis que le Parti communiste propose notamment un système de santé entièrement public et la nationalisation de l’industrie pharmaceutique.
L’Équipe autonomiste présente une approche sensiblement différente. Elle affirme privilégier ce qu’elle décrit comme des comportements sexuels responsables et soulève des questions sur le coût public des traitements préventifs et sur leur promotion. Le parti estime néanmoins que l’information sur les traitements préventifs et d’urgence doit être accessible à la population.
Réduction des méfaits : quel soutien aux organismes?
La COCQ-SIDA demandait également aux partis comment ils entendaient assurer un soutien durable, y compris financier, aux organismes œuvrant en réduction des méfaits.
Québec solidaire promet d’augmenter « significativement » le financement à la mission des organismes communautaires, notamment ceux qui travaillent en réduction des méfaits.
Le Parti québécois affirme également vouloir accroître le financement à la mission, assurer davantage de prévisibilité et diminuer le poids de la bureaucratie pour les organismes.
Le Parti libéral reconnaît pour sa part l’expertise des organismes de proximité et souhaite leur offrir des mécanismes de soutien plus prévisibles et adaptés aux besoins du terrain, sans avancer de montant précis.
Le Parti vert plaide pour un financement stable, adéquat et prévisible tout en maintenant l’autonomie du milieu communautaire.
Le PMLQ réclame lui aussi un financement public stable et s’oppose à ce que les organismes soient placés en concurrence pour des ressources jugées insuffisantes.
La position du Parti communiste est différente : tout en reconnaissant le rôle des organismes dans certaines situations d’urgence, il considère qu’une partie importante de leurs fonctions devrait être assumée par un réseau public de santé renforcé, notamment en matière de traitement des dépendances.
L’Équipe autonomiste se dit quant à elle opposée aux centres de consommation supervisée et privilégie davantage la lutte contre les drogues et l’intervention policière.
Surdoses et criminalisation : des visions nettement différentes
C’est sur la question des surdoses et de la criminalisation des substances que les écarts entre les réponses deviennent particulièrement visibles.
Québec solidaire reprend plusieurs propositions défendues par la COCQ-SIDA et la Table des organismes montréalais de lutte contre le VIH/sida. Le parti soutient notamment une approche fondée sur l’autonomie des personnes qui utilisent des drogues, l’accès à différents modèles d’approvisionnement, des normes de qualité et de sécurité ainsi qu’un financement durable de la réduction des méfaits. Dans sa première réponse, QS se disait également favorable, à terme, à la
Décriminalisation de la possession simple de drogues
Le Parti vert privilégie lui aussi une approche de santé publique et propose notamment de développer les services de consommation supervisée, d’élargir l’accès à la naloxone, à l’analyse des substances et au matériel permettant une consommation plus sécuritaire.
Le PMLQ soutient plusieurs des recommandations de la COCQ-SIDA concernant la réduction des méfaits et la fin de la criminalisation comme principal outil d’intervention.
Le Parti libéral met pour sa part l’accent sur les outils déjà existants — naloxone, consommation supervisée, matériel de réduction des méfaits et services de proximité — mais souhaite surtout mieux les arrimer aux services de dépendance, de santé mentale, de santé et d’hébergement. Sa réponse ne se prononce pas explicitement sur la décriminalisation.
Le Parti québécois affirme vouloir continuer à soutenir les organismes en réduction des méfaits tout en ajoutant une approche médicale pour les personnes souhaitant cesser leur consommation. Il ne prend toutefois pas explicitement position sur la décriminalisation dans sa réponse au questionnaire.
Le Parti communiste affirme pour sa part que « la criminalisation n’est pas la solution » et se réfère notamment au modèle portugais. Il propose cependant qu’en cas de consommation problématique, les personnes soient orientées vers des soins et que cette orientation puisse devenir obligatoire en cas de récidive.
L’Équipe autonomiste défend une orientation opposée : le parti souhaite rapatrier davantage de pouvoirs au Québec afin, notamment, de pouvoir criminaliser certaines substances plus sévèrement et met l’accent sur la loi et l’ordre.
Communautés 2ELGBTQIA+ : des propositions plus ou moins spécifiques
La COCQ-SIDA demandait également aux partis des mesures précises concernant la santé sexuelle, mentale et sociale des communautés 2ELGBTQIA+, particulièrement les personnes trans, non binaires et bispirituelles.
Québec solidaire promet des services de santé adaptés aux réalités des personnes de la diversité sexuelle et de genre, un meilleur financement des organismes LGBTQIA2S+ et un accès accru aux soins d’affirmation de genre.
Le Parti vert propose notamment des services de santé adaptés aux personnes trans, non binaires et bispirituelles, un meilleur accès aux services de santé mentale, des mesures contre l’homophobie et la transphobie, une éducation à la sexualité inclusive ainsi que davantage de ressources LGBTQIA2S+ en région.
Le Parti libéral rappelle de son côté que les droits reconnus doivent se traduire concrètement par l’accès aux services, notamment pour les personnes trans et non binaires, mais sa réponse ne détaille pas un ensemble de nouvelles mesures spécifiques.
Le Parti québécois répond surtout par ses engagements généraux en matière de santé mentale et de services de première ligne. Sa réponse au questionnaire ne comporte pas de mesure particulière destinée aux personnes trans, non binaires ou bispirituelles.
Le PMLQ défend l’accès à des services publics de santé sexuelle, mentale et physique sans discrimination et adaptés aux réalités des populations concernées.
Le Parti communiste privilégie une approche fondée sur l’universalité des services publics et la lutte contre la discrimination et les discours haineux.
L’Équipe autonomiste, enfin, ne propose pas de programme particulier pour ces populations et affirme privilégier une approche qu’elle présente comme une égalité de traitement entre les citoyens.
Financement du communautaire : reconnaissance largement partagée, modalités variables
Sur la reconnaissance et le financement de l’expertise communautaire, plusieurs partis convergent sur le principe, mais les engagements varient en précision.
Québec solidaire promet une hausse importante du financement à la mission. Le Parti québécois souhaite également privilégier davantage le financement à la mission plutôt que par projets et réduire les contraintes administratives.
Le Parti vert propose un financement durable et prévisible qui permettrait notamment aux organismes de maintenir leurs équipes et d’améliorer les conditions de travail.
Le PMLQ va plus loin dans le détail financier en appuyant la revendication de la campagne CA$$$H, qui réclame un rehaussement de 1,7 milliard de dollars par année du Programme de soutien aux organismes communautaires, assorti d’une indexation correspondant aux coûts réels et de seuils minimaux de financement.
Le Parti libéral reconnaît explicitement l’expertise et la connaissance du terrain du communautaire et souhaite lui assurer un financement plus prévisible, sans toutefois annoncer de nouvelle enveloppe chiffrée.
Le Parti communiste reconnaît le rôle des organismes, mais estime qu’une partie des services actuellement assumés par le communautaire devrait relever davantage du réseau public.
Et les partis qui n’ont pas répondu?
Tous les partis sollicités n’ont pas rempli le questionnaire.
La Coalition avenir Québec — Équipe Christine Fréchette a transmis un accusé de réception, mais aucune réponse aux six questions n’était publiée par la COCQ-SIDA au moment de sa mise à jour. Il en va de même pour le Parti canadien du Québec.
Le Parti conservateur du Québec a pour sa part explicitement décliné l’invitation. Dans sa réponse, le parti explique disposer d’une petite équipe et recevoir des dizaines de questionnaires provenant d’organismes et de groupes. Il dit ne pas être en mesure de répondre à ce type de sollicitation et renvoie plutôt aux engagements dévoilés pendant la campagne.
Québec innovant, formation fondée en 2024, a également expliqué ne pas être encore en mesure de fournir des réponses complètes à chacune des questions, disant concentrer ses efforts sur la mise en place de ses réformes et de son approche des enjeux publics.
Le Parti NUL a répondu à la COCQ-SIDA, mais pas sur le fond des six questions, invoquant sa mission particulière : le parti ne cherche pas à gouverner et ne présente pas de plateforme politique traditionnelle.
La COCQ-SIDA indique par ailleurs n’avoir reçu aucune réponse du Bloc pot, de Climat Québec – Équipe Martine Ouellet, de Démocratie directe, du Parti accès propriété et équité – Équipe Québec debout, du Parti culinaire du Québec, du Parti libertarien du Québec, du Parti populaire du Québec et de Présence Québec. Le questionnaire a été transmis plus tardivement à Osons Québec, le 8 septembre, et une réponse était toujours attendue au moment de la mise à jour de la page.
Au-delà des différences de programme, l’exercice de la COCQ-SIDA permet ainsi de mesurer le degré de précision avec lequel les formations politiques abordent des dossiers qui touchent directement la santé et les conditions de vie de milliers de personnes : prévention du VIH, accès aux médicaments, surdoses, réduction des méfaits, services adaptés aux communautés LGBTQ+ et avenir du réseau communautaire.
La COCQ-SIDA invite d’ailleurs les électrices et électeurs à consulter les réponses intégrales avant le scrutin du 5 octobre 2026.

