Malgré les importantes avancées des dernières années, il faut reconnaître que certaines inégalités persistent au sein des communautés LGBTQ+. Aujourd’hui encore, une personne qui assume pleinement son orientation sexuelle ou son identité de genre s’expose à des risques. Rejet de la cellule familiale, difficultés sur le marché du travail, iniquité dans l’accès à certains soins, discrimination répétée : voilà autant de facteurs qui peuvent affecter non seulement son bien-être, mais aussi ses perspectives financières.
Selon Pascal Vaillancourt, ancien directeur général d’Interligne – un organisme qui soutient, informe et accompagne les personnes LGBTQ+ partout au Québec, et dont Desjardins est partenaire –, les inégalités rencontrées prennent généralement racine bien avant l’âge adulte. « L’exclusion commence souvent à l’école, où les mots “fif” et “tapette” demeurent des insultes courantes », dit-il.
Quand la discrimination s’invite à l’école
Lorsqu’un milieu scolaire n’est pas sécuritaire ni propice à l’épanouissement, des jeunes peuvent en venir à se décourager et abandonner leurs études. Au-delà de la souffrance vécue, la situation peut avoir des répercussions durables sur leurs perspectives professionnelles et financières.
Et malgré toute la sensibilisation faite dans les écoles, notamment par l’organisme Interligne lui-même, des jeunes de la diversité sexuelle et de genre sont toujours victimes d’intimidation. « Sur notre ligne d’écoute, il y en a qui nous disent qu’ils ont été obligés de lâcher l’école, qu’ils n’étaient plus bien et qu’ils pensaient au suicide à force de violences répétées », rapporte M. Vaillancourt.
En s’appuyant sur son expérience à la tête d’Interligne, et sur sa plus grande réalisation au sein de l’organisme, il rappelle qu’une démarche d’inclusion bien pensée peut donner accès à une aide adéquate ou renforcer le sentiment d’appartenance, à l’école comme ailleurs :
« Avant de passer de l’appellation “Gai Écoute” à l’appellation “Interligne”, nous avons d’abord pris soin de représenter la diversité des communautés LGBTQ+ à l’intérieur même de nos murs. Nous avons transformé nos pratiques en matière d’intervention et de ressources humaines, et avons adopté un conseil d’administration paritaire. Une fois le virage complété, on a relevé un volume d’appels de 30 % supérieur à la moyenne et une clientèle bien plus diversifiée qu’auparavant. »
Avant le filet social, la famille
Si des membres de la communauté LGBTQ+ trouvent auprès de leurs proches l’ouverture et le soutien dont ils et elles ont besoin, d’autres peuvent subir à divers degrés le rejet de leur famille ou de leur entourage.
Une personne qui fait son coming out à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, par exemple, pourrait perdre le soutien financier sur lequel elle comptait pour poursuivre ses études, se loger ou intégrer le marché du travail. Cette situation pourrait engendrer une précarité financière importante.
D’ailleurs, les personnes s’identifiant comme membres de la communauté LGBTQ+ sont plus susceptibles de vivre une première situation d’itinérance plus tôt dans leur vie. En effet, l’exercice national Tout le monde compte 2024 démontrait que 52 % des répondants LGBTQ+ ont vécu leur première perte de logement avant l’âge de 25 ans, comparativement à 38 % des personnes ne faisant pas partie de cette communauté1.
Bien que les conséquences puissent être plus marquées à l’adolescence, la marginalisation, l’exclusion et le rejet peuvent entraîner de la détresse, des troubles liés à l’usage de substances psychoactives ou de la précarité à toutes les étapes de la vie. Ces effets peuvent notamment toucher nos aînées et aînés, qui sont plus susceptibles de vivre de l’isolement. C’est pourquoi les organismes communautaires jouent un rôle essentiel et porteur auprès d’une grande variété de personnes.
« Je me souviens d’une grand-mère qui nous a appelés pour nous remercier d’avoir sauvé sa famille. Elle avait fait appel à nos services quelques mois plus tôt pour mieux comprendre la réalité de sa petite-fille et savoir comment elle pouvait l’aider. C’est sur sa recommandation que la jeune fille nous contactait, à son tour, quelques semaines plus tard », raconte M. Vaillancourt.
Égalité des chances : du travail reste à faire
Même si les personnes LGBTQ+ évoluent aujourd’hui plus librement dans de nombreux milieux, notamment sur le marché du travail, M. Vaillancourt estime qu’il faut poursuivre les efforts de sensibilisation. Il observe d’ailleurs que certaines organisations ont réduit leurs investissements ou leur visibilité en matière d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI) depuis la pandémie.
« Nous craignons qu’il y ait davantage de discrimination envers les communautés LGBTQ+, particulièrement envers les personnes trans, dont le chemin est aujourd’hui moins pavé que celui des gais et lesbiennes », reconnaît-il.
Malgré leurs compétences et leur formation, certaines d’entre elles rapportent avoir plus de difficultés que les personnes cisgenres et hétérosexuelles lorsqu’elles sont en recherche active d’emploi ou lorsqu’elles souhaitent faire évoluer leur carrière. « Une double maîtrise ne suffit pas toujours à compenser les préjugés que des personnes trans peuvent rencontrer, surtout si leur transition s’est faite sur le tard », souligne M. Vaillancourt, en citant le cas d’une personne qu’il connaît.
« Lorsque nous les accompagnons, notre objectif est de leur redonner le pouvoir d’agir sur leur situation. Souvent, on va essayer de le faire en travaillant sur leur sentiment d’acceptation de soi. Parce qu’une personne LGBTQ+ qui s’accepte, qui est capable de se libérer un peu de l’opinion des gens autour d’elle, a plus de chances d’avancer et de réussir », explique-t-il.
Ses propos rappellent que l’inclusivité ne se limite pas au respect des différences. Elle crée aussi des conditions propices au développement des personnes. Des milieux de travail inclusifs, par exemple, soutiennent le déploiement des compétences, nourrissent le sentiment d’appartenance et favorisent la rétention des talents.
L’incidence de la santé mentale
Si l’inclusion favorise la réalisation de soi et le mieux-être, les effets de l’exclusion demeurent toutefois bien présents. La détresse psychologique est d’ailleurs plus élevée chez les membres de la communauté LGBTQ+ que dans la population en général, ce qui est susceptible d’affecter leur situation financière. Pensons aux baisses temporaires de revenus, aux frais de consultations psychologiques ou encore au recours à des soins spécialisés lors d’un processus de transition.
M. Vaillancourt souligne d’ailleurs que le terme « soins » n’est pas anodin puisqu’un tel processus vise souvent à atténuer une détresse psychologique persistante. Toutefois, comme ces soins demeurent limités au Canada, des personnes trans sont contraintes de suspendre ou d’abandonner leur démarche. Et si la médecine privée et les soins offerts à l’international constituent des options, ils ne sont pas à la portée de tout le monde.
Ces réalités démontrent que le coût de l’authenticité peut prendre des proportions et des formes variables, d’où l’importance de développer des solutions flexibles. Les changements législatifs des dernières années, qui reconnaissent entre autres les familles homoparentales, illustrent bien la portée positive que peuvent avoir de telles avancées.
Le pouvoir des modèles positifs
La présence de personnes LGBTQ+ dans l’espace public et le monde des affaires est aujourd’hui plus marquée, ce qui contribue à élargir les horizons. « Les modèles, ça vient montrer que tout est possible », souligne Pascal Vaillancourt. Il ajoute : « Les jeunes qui se reconnaissent dans des parcours inspirants sont plus aptes à se projeter dans leur avenir, à poursuivre leurs études ou à lancer un projet entrepreneurial, par exemple. »
Il précise toutefois que les acteurs de l’ombre, tels que les organismes, les employeurs et les institutions qui créent des milieux plus inclusifs, constituent aussi des vecteurs de changement importants.
L’inclusion, un moteur de prospérité
Derrière chaque parcours LGBTQ+, une même aspiration : celle de pouvoir être soi-même sans avoir à en payer le prix. C’est dans cet esprit que Desjardins soutient ses équipes à l’interne et des organismes qui contribuent à bâtir une société plus inclusive, dont Interligne. Grâce à l’appui financier de Desjardins, l’organisme a notamment pu développer ses programmes jeunesse, en plus de poursuivre ses efforts de sensibilisation par le biais de deux événements d’envergure : la Journée du chandail rose et La Grande Démesure, qui se tiendra le 13 novembre 2026.
« Quand une organisation comme Desjardins soutient publiquement la diversité et l’inclusion, elle envoie un message fort : celui que chaque personne mérite d’être considérée, accueillie et respectée dans son unicité. Ce type d’engagement fait une réelle différence dans nos communautés. »
– Pascal Vaillancourt
Besoin d’aide ou de soutien?
L’organisme Interligne offre de l’information, de l’accompagnement et un service d’écoute 24 heures sur 24 aux personnes concernées par la diversité sexuelle et la pluralité des genres, de même qu’à leurs proches. Que vous souhaitiez obtenir du soutien ou trouver les bonnes ressources, l’organisme œuvre partout au Québec. Pour en savoir plus sur ses services, visitez interligne.co
Source :
- Logement, Infrastructures et Collectivités Canada. Tout le monde compte 2024 : rapport sur les faits saillants, partie 2 – Sondage sur les personnes en situation d’itinérance, décembre 2025, 45 p. https://publications.gc.ca/collections/collection_2026/licc-hicc/T94-54-2025-2-fra.pdf (consulté en 2026).
INFOS | En savoir plus sur l’équité, la diversité et l’inclusion chez Desjardins
https://www.desjardins.com/lgbtq
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