Sorti en 1982, Personal Best occupe une place particulière dans l’histoire du cinéma lesbien. À une époque où les relations amoureuses entre femmes étaient encore rarement représentées dans les productions hollywoodiennes, Robert Towne racontait avec une étonnante franchise la passion de deux athlètes de haut niveau. Quarante-quatre ans plus tard, ce film sensuel, parfois controversé, revient sur grand écran au festival image+nation, dans la section rétrospective RE RETRO QUEER.
Chris Cahill (Mariel Hemingway) est une jeune athlète prometteuse qui peine à atteindre son plein potentiel. Lors des sélections olympiques de 1976, elle rencontre Tory Skinner (Patrice Donnelly), une pentathlète expérimentée qui vient de se qualifier pour les Jeux de Montréal. Une complicité immédiate s’installe entre les deux femmes, bientôt suivie d’une relation amoureuse.
Tory prend Chris sous son aile et l’encourage à rejoindre son équipe d’entraînement, dirigée par l’exigeant Terry Tingloff (Scott Glenn). Les deux femmes partagent désormais leur quotidien, leurs ambitions et leur intimité. Mais à mesure que Chris progresse, leur relation se complique. Celle qui admirait sa partenaire devient progressivement une concurrente capable de la surpasser.
Leur histoire se déroule sur fond de préparation aux Jeux olympiques de Moscou de 1980, auxquels les États-Unis refuseront finalement de participer en raison du boycott décrété par le président Jimmy Carter.


Une histoire d’amour inhabituelle pour Hollywood
Lors de sa sortie, Personal Best détonne dans le paysage cinématographique américain. Robert Towne, scénariste oscarisé de Chinatown (1974), signe ici son premier long métrage comme réalisateur et choisit de placer une relation entre deux femmes au centre d’un drame sportif destiné au grand public.
La sensualité du film retient particulièrement l’attention. Les scènes d’intimité entre Chris et Tory sont filmées avec une liberté peu commune pour l’époque. Leur première nuit ensemble, précédée d’un bras de fer improvisé, demeure l’une des séquences les plus mémorables du film.
Towne accorde aussi beaucoup d’importance à la dimension physique de l’athlétisme. Les entraînements, les vestiaires, les corps en plein effort et les compétitions occupent une place considérable à l’écran. Le désir amoureux et la rivalité sportive se développent dans un univers où les protagonistes connaissent parfaitement les capacités et les limites du corps de l’autre.
Le choix de Patrice Donnelly, véritable athlète olympique devenue comédienne, contribue à l’authenticité des séquences sportives. Face à elle, Mariel Hemingway, révélée quelques années plus tôt dans Manhattan de Woody Allen, incarne avec sensibilité une jeune femme qui découvre simultanément ses capacités athlétiques et son autonomie affective.
Un classique qui continue de susciter le débat
Si Personal Best est aujourd’hui considéré comme un classique du cinéma lesbien, certains aspects de son récit ont suscité des réserves, notamment l’évolution de la vie sentimentale de Chris, qui amorce ensuite une relation avec un homme.
À sa sortie, cette orientation narrative avait déçu une partie du public lesbien, qui y voyait une manière de ramener le personnage vers l’hétérosexualité. D’autres lectures y reconnaissent plutôt une représentation de la fluidité du désir et de la bisexualité, rarement abordées avec autant de naturel dans le cinéma commercial de cette période.
Le regard masculin de Towne sur les corps des athlètes a également alimenté les discussions. Sa caméra célèbre leur puissance et leur beauté, mais s’attarde parfois sur leur sensualité d’une manière qui peut aujourd’hui paraître insistante.
Ces ambiguïtés participent à l’intérêt d’une redécouverte du film. Malgré ses limites, Personal Best demeure une œuvre marquante pour la place qu’elle accorde à l’amour entre femmes, à la compétition sportive et à l’émancipation personnelle.
Sa présentation à image+nation offre l’occasion de revoir sur grand écran un film qui a contribué, à sa manière, à élargir les représentations des relations entre femmes dans le cinéma américain.
INFOS | PERSONAL BEST Film de Robert Towne, États-Unis, 1982, 124 minutes. Avec Mariel Hemingway, Patrice Donnelly, Scott Glenn et Kenny Moore. Ce classique du cinéma sera présenté au 39e festival de films LGBTQ+ image+nation, le jeudi 26 novembre 2026, à 20 h 30, dans la section RERETRO QUEER. Cinéma du Parc, Montréal.