On parle beaucoup d’inclusion, de diversité et d’accessibilité. Mais que signifient ces engagements pour les personnes qui vivent à la fois avec un handicap et une identité LGBTQ+? Entre les obstacles du quotidien, les préjugés entourant leur corps, les difficultés d’accès aux espaces communautaires et la recherche de relations affectives, leurs expériences demeurent peu présentes dans les conversations publiques. Une nouvelle série documentaire sonore leur donne la parole.
Lancée le 24 septembre 2026, Rien sur nous, sans nous propose six épisodes consacrés aux expériences de personnes handicapées issues de la diversité sexuelle et de genre. D’une durée d’environ 25 à 35 minutes, les documentaires sont diffusés toutes les deux semaines, jusqu’au 3 décembre, Journée internationale des personnes handicapées.
Le titre reprend une revendication historique du mouvement de défense des droits des personnes handicapées : les décisions qui concernent une communauté doivent être prises avec la participation des personnes directement touchées. Une exigence qui trouve également un écho dans les luttes LGBTQ+, où le droit de définir sa propre identité et de faire entendre sa voix occupe une place centrale.
Des expériences rarement racontées
La série privilégie les témoignages personnels. Les personnes participantes racontent leur quotidien, leurs relations, leurs difficultés et les stratégies qu’elles développent pour évoluer dans des environnements qui ne tiennent pas toujours compte de leurs besoins.
Le premier épisode, Prendre sa place, aborde l’identité, l’appartenance et les contradictions de l’inclusion. Tout doit être planifié s’intéresse ensuite à la préparation constante qu’exigent les déplacements et les activités quotidiennes lorsque l’accessibilité n’est pas garantie.
Avec Les espaces qui excluent, les témoignages se déplacent vers les établissements d’enseignement, les milieux professionnels et les espaces communautaires, où les obstacles peuvent être aussi bien matériels que sociaux.
Les trois derniers épisodes explorent des dimensions plus intimes ou ouvrent des perspectives de changement. Corps légitimes traite du rapport au corps, à la santé et à la reconnaissance. Être aimé·e s’intéresse aux relations amoureuses, à la sexualité et à la désirabilité. Enfin, Imaginer autrement porte sur les solidarités, les résistances et les possibilités de transformer les environnements existants.
Quand les discriminations se croisent
Les personnes handicapées LGBTQ+ peuvent rencontrer des obstacles particuliers dans les communautés auxquelles elles appartiennent.
Un organisme de défense des droits des personnes handicapées peut, par exemple, être mal préparé à accueillir une personne trans ou non binaire. À l’inverse, un événement LGBTQ+ peut se tenir dans un lieu difficilement accessible aux personnes à mobilité réduite ou sans aménagement adapté aux besoins sensoriels.
Ces situations illustrent ce que l’on appelle les discriminations croisées. L’orientation sexuelle, l’identité de genre et le handicap ne constituent pas des expériences indépendantes : elles peuvent interagir et influencer l’accès aux services, aux relations sociales et aux possibilités de participation.
Le capacitisme, qui repose sur des préjugés ou des pratiques discriminatoires envers les personnes handicapées, peut ainsi se conjuguer à l’homophobie ou à la transphobie. Il se manifeste parfois ouvertement, mais aussi dans l’organisation des espaces, les procédures administratives et les attentes envers les capacités physiques ou cognitives.
Au-delà des obstacles
L’intérêt de Rien sur nous, sans nous tient également à la place accordée aux dimensions personnelles de l’existence. Les personnes handicapées LGBTQ+ ne sont pas uniquement confrontées à des difficultés d’accessibilité. Elles entretiennent des relations, vivent des histoires d’amour, participent à la culture, développent des solidarités et revendiquent le droit de décider pour elles-mêmes.
La série permet d’aborder ces expériences sans les réduire à une seule dimension identitaire.
Produite par le Laboratoire Innovation, Technologie et Cognition du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, sous la direction du neuropsychologue Alexander Moreno, en collaboration avec Danie Royer, elle réunit notamment Samuel Chourot-Ferland et Carlota Caamano aux entrevues. Danie Royer assure la narration et participe à la conception sonore.
Le projet bénéficie du soutien financier de l’Office des personnes handicapées du Québec.
À travers ces six rendez-vous, Rien sur nous, sans nous documente les conséquences concrètes de décisions, de pratiques et d’aménagements qui continuent d’exclure une partie de la population. Les témoignages mettent aussi en lumière les initiatives personnelles et collectives qui permettent de résister à ces exclusions.
INFOS | ÉCOUTER LA SÉRIE — Rien sur nous, sans nous — six documentaires sonores, diffusés du 24 septembre au 3 décembre 2026. Écoute gratuite sur BaladoQuébec. Épisodes à venir : Prendre sa place (24 septembre), Tout doit être planifié (8 octobre) et Les espaces qui excluent (22 octobre), Corps légitimes (5 novembre), Être aimé·e (19 novembre) et Imaginer autrement (3 décembre).