Plus de 170 livres retirés des bibliothèques scolaires en Alberta

La croisade contre certains livres dans les écoles prend de l’ampleur en Alberta. Depuis l’entrée en vigueur de nouvelles normes imposées par le gouvernement provincial en 2025, plus de 170 ouvrages ont été retirés des bibliothèques scolaires à travers la province, plusieurs étant accusés de contenir du matériel jugé «sexuellement explicite».

La directive du ministre de l’Éducation, Demetrios Nicolaides, interdit désormais aux bibliothèques scolaires de la maternelle à la 12e année de conserver des livres contenant « toute représentation visuelle explicite d’un acte sexuel ». Le décret ministériel ne nomme toutefois aucun titre précis. Ce sont plutôt les commissions scolaires qui ont dû réviser leurs collections et déterminer elles-mêmes quels ouvrages contrevenaient aux nouvelles règles.

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Résultat : plusieurs classiques de la littérature graphique, des romans dystopiques et des œuvres LGBTQ+ reconnues internationalement ont disparu des rayons de nombreuses écoles publiques, privées, francophones, catholiques et indépendantes.

Les romans graphiques particulièrement visés
Parmi les livres les plus souvent retirés figure V for Vendetta, le célèbre roman graphique d’Alan Moore et David Lloyd, interdit dans 11 divisions scolaires. L’œuvre dystopique, qui dépeint une société fasciste, a pourtant été saluée comme l’un des plus grands comics du XXe siècle.

Les autorités scolaires ont surtout invoqué la présence de scènes à caractère sexuel pour justifier son retrait.

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Le roman graphique autobiographique Blankets, de Craig Thompson, a quant à lui été retiré dans neuf divisions scolaires. Le livre, récompensé par plusieurs prix Eisner et Harvey, raconte l’adolescence de l’auteur dans une famille chrétienne évangélique et son éveil amoureux.

Même sort pour Watchmen, autre œuvre culte d’Alan Moore, considérée comme l’un des romans graphiques les plus influents de l’histoire moderne.

La série The Sandman, de Neil Gaiman, a aussi été largement touchée. Plusieurs tomes ont été retirés dans différentes régions de la province, certains conseils scolaires n’ayant même pas précisé quels volumes avaient été interdits.

Des classiques littéraires dans la mire
La controverse prend une dimension encore plus politique avec le retrait d’adaptations graphiques de grands classiques de la littérature dystopique.

La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale), de Margaret Atwood, adaptée en roman graphique par Renée Nault, a été retirée dans sept divisions scolaires. Pourtant, lorsque des groupes de défense des libertés civiles avaient averti que la nouvelle réglementation pourrait mener à la censure d’œuvres majeures comme celles d’Atwood ou George Orwell, le ministre Nicolaides avait rejeté ces inquiétudes, les qualifiant de « trompeuses ».

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Or, l’adaptation graphique de 1984 de George Orwell figure aujourd’hui elle aussi parmi les ouvrages retirés dans plusieurs écoles albertaines.

Des livres LGBTQ+ particulièrement ciblés
Les œuvres abordant les réalités LGBTQ+ sont également nombreuses sur la liste des ouvrages bannis. Le roman graphique Gender Queer: A Memoir, de Maia Kobabe, retiré dans cinq divisions scolaires, raconte le parcours identitaire de son auteurice et son processus de coming out. Déjà au cœur de nombreuses campagnes de censure aux États-Unis, notamment en Floride et au Texas, le livre est devenu un symbole des batailles culturelles entourant les droits LGBTQ+.

Même constat pour Fun Home, d’Alison Bechdel, œuvre autobiographique acclamée qui explore les questions d’orientation sexuelle et de dynamique familiale. Le livre faisait partie des exemples publiquement dénoncés par le ministre Nicolaides lorsqu’il a défendu sa réforme des bibliothèques scolaires.

Le roman graphique Flamer, de Mike Curato, inspiré de son adolescence comme jeune homme gai dans un camp scouts, a aussi été retiré dans plusieurs écoles. L’ouvrage avait pourtant remporté un Lambda Literary Award, une distinction importante en littérature LGBTQ+.

Une tendance qui inquiète
Pour plusieurs défenseur·euse·s des libertés civiles et du milieu littéraire, cette vague de retraits soulève des inquiétudes importantes concernant la censure et l’accès à la diversité des voix dans les écoles.

D’autant plus que plusieurs des ouvrages visés sont des œuvres reconnues pour leur valeur littéraire, artistique ou éducative, et abordent des thèmes liés à l’identité, à la santé mentale, à la sexualité ou aux dérives autoritaires.

Alors que des mouvements similaires gagnent du terrain dans certains États américains conservateurs, plusieurs observateur·trice·s voient dans les décisions de l’Alberta un nouveau chapitre des guerres culturelles qui touchent particulièrement les contenus LGBTQ+ et les œuvres traitant de sexualité.

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