Samedi, 20 juin 2026
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    Alex Guay-Bastien change le visage de la télé québécoise

    Attachant, souriant, énergique et résilient, Alex Guay-Bastien a fait taire ceux qui tentent de réduire les personnes trans à une vision négative, en devenant le tout premier homme trans à compétitionner dans une téléréalité québécoise, lui qui a atteint le top 6 de la quatrième saison de Survivor Québec.
     
    Après ton élimination, tu as mentionné que les personnes trans existaient depuis toujours, que vous ne vous en alliez nulle part et que les gens doivent s’habituer à vous voir dans leur télé. Pourquoi était-ce important pour toi de passer ce message ?
    Alex Guay-Bastien : En ce moment, je vois tellement de personnes qui essaient de nous effacer, de nous faire croire qu’on est tellement différent.e.s et qu’on ne mérite pas les mêmes droits que tout le monde. C’est cru et très sévère. Moi, je voulais envoyer un message de bonté. Au fond, je me fous un peu de ce que les transphobes pensent, parce qu’on existe et on est là pour rester, alors c’est plus à eux de s’habituer. En participant à Survivor, je voulais quasiment que les gens oublient ma trans identité au fil des épisodes, qu’ils se laissent porter et réalisent qu’ils m’aiment bien, même s’ils n’avaient jamais vu de trans avant.

    Qu’est-ce qui t’a donné envie de participer à Survivor Québec ?
    Alex Guay-Bastien : Je voulais cocher un élément sur ma bucket list. Dans la vie, je cherche l’adrénaline et les émotions fortes. Dès que j’ai vu qu’il y aurait une édition québécoise de l’émission, je rêvais d’y participer. J’étais dans un moment de ma vie où j’avais besoin d’un grand coup pour me faire du bien et me rendre fier. J’avais besoin de dépassement de soi. Et je voulais présenter un renouveau de moi-même.

    Quelles étaient tes craintes face à l’aventure ?
    Alex Guay-Bastien : Il y en avait peu… J’étais prêt mentalement à dormir à la belle étoile avec les bibites, ne pas assez manger et participer à un jeu de stratégie difficile mentalement. La seule chose qui me rendait appréhensif, c’était le chantage émotionnel que j’allais vivre et les trahisons humaines qu’on allait se faire subir. Je ne suis pas comme ça dans la vie.

    Je suis tellement un livre ouvert que ça peut me mettre dans le pétrin, parce que je prends tout avec un grain de sel. J’avais peur de mal comprendre ce que je pouvais dire, d’avoir l’air niaiseux et de tougher deux secondes dans le jeu.

    Tu es non seulement la première personne trans à jouer à Survivor Québec, mais aussi l’un des premiers hommes trans à participer à une téléréalité ici. À quel point ton coming out trans auprès des autres participant.e.s était une étape stressante ?
    Alex Guay-Bastien : J’ai détesté faire ça ! Je ne fais plus de coming out : dans mon entourage, tout le monde le sait. Je ne me cache pas. Alors, j’avais hâte de sentir le bon moment pour en parler. J’étais irrité à chaque heure qui passait sans l’avoir dit. Dans un jeu stratégique où tu ne connais personne, le fait d’ouvrir une partie intime et vulnérable de toi, ça vient quand même avec une réflexion : il ne faut pas que les gens pensent que c’est une façon d’attirer la sympathie pour te sauver ou qu’ils s’en servent contre toi. Un matin, j’ai décidé que ça allait se passer, parce qu’ils essayaient de m’éliminer depuis le jour un et je ne voulais pas partir sans que personne ne le sache.

    Était-ce vertigineux de te montrer torse nu avec tes cicatrices visibles devant tout le monde ?
    Alex Guay-Bastien : J’étais prêt à être vu comme ça. Avec la température du Panama, je savais que ça arriverait plus tôt que tard. Pour les personnes trans, c’est souvent une expérience stressante ou euphorique. Moi, enlever mon chandail, ça me fait triper maintenant ! Faire le ménage, torse nu, en sweatpants, c’est malade ! Donc, le faire dans le contexte de Survivor, c’était euphorique. Je n’avais pas encore dit aux autres que je suis trans, mais j’avais déjà enlevé mon chandail. Les autres concurrents voyaient mes cicatrices, mais personne n’a été intrusif.

    Pourquoi as-tu choisi d’être un joueur sans alliance ?
    Alex Guay-Bastien : Je ne l’ai pas tant choisi ; on me l’a imposé dès le premier jour. Comme on a commencé avec trois tribus de six personnes, dès qu’un joueur agissait un peu en solo, ça devenait facile de l’écarter. Puisque j’ai cherché une clé tout seul dans la forêt, c’est devenu leur excuse pour me mettre à part. Rapidement, j’ai compris que j’étais en périphérie des duos et des trios qui se formaient. J’ai réalisé que c’était plus avantageux pour moi, car je savais qu’à six joueurs, il y aurait des trahisons assez rapidement. Donc, ce n’était pas si con d’être un vote pivot. En tant que personne trans, je m’entends aussi bien avec un gym bro qu’une girlie pop. Je pouvais jouer sur les deux tableaux assez facilement. Et je l’ai assumé sans savoir que ça me suivrait toute la saison.

    Durant l’épisode où Patrice Bélanger vous questionnait sur la source de votre résilience, tu as évoqué l’adversité vécue avec ta famille quand tu leur as parlé de ta trans identité. Que s’est-il passé ?
    Alex Guay-Bastien : Mes parents étaient mes grands amis depuis ma naissance. On était très proches. Même durant mon université, au lieu de prendre un appart, je vivais avec eux. On allait au chalet, on buvait et on festoyait ensemble. C’était vraiment de bonnes personnes que j’ai appréciées presque toute ma vie. Depuis mon enfance, je me questionnais sur mon identité de genre : ce n’était donc pas une surprise. Mais quand j’ai communiqué que je voulais essayer les pronoms masculins pour voir comment je me sentirais, ils ont tellement mal réagi que ça a entraîné une séparation quasi instantanée.

    Ils ont rejeté totalement qui tu es ?
    Alex Guay-Bastien : Oui. Ils ont prononcé des paroles très difficiles : à quel point c’était décevant pour eux d’apprendre ça, qu’ils étaient fiers de qui j’étais avant, qu’ils me connaissaient mieux que moi-même. Ironiquement, ils étaient fiers de la fille lesbienne forte que j’étais à un certain moment. Mais là, ils étaient quasi répugnés que je m’identifie comme un garçon. Ils ne voulaient pas l’accepter.

    Les choses ont-elles évolué avec le temps ?
    Alex Guay-Bastien : Il y a eu beaucoup d’échanges nocifs, toxiques et traumatiques : des mots que personne ne devrait entendre de leurs parents. J’ai essayé pendant un an de les convaincre que j’étais la personne qu’ils ont élevée, mais je me faisais claquer la porte au nez chaque fois. Ils étaient deux contre moi tout le temps. Ils disaient avoir de la peine à cause de moi et qu’ils avaient dû prendre une retraite anticipée à cause de la situation…

    Finalement, ils m’ont envoyé une lettre en me souhaitant « bonne vie » avec leur prénom au-dessus de leur signature de travail, comme si c’était un contrat.

    Pourtant, tu as longtemps cru qu’ils étaient très ouverts d’esprit.
    Alex Guay-Bastien : Complètement ! Ils travaillaient en communications marketing et en arts. Ils rejetaient les idées très conservatrices, après avoir eux-mêmes travaillé avec des personnes trans. Le fait que ça arrive dans leur famille et de ne pas l’avoir anticipé, alors que tous les signes y étaient, ça a tout changé entre nous.

    INFOS | Pour voir ou revoir en raffale les épisodes de SURVIVOR QUÉBEC : https://www.crave.ca

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