Mercredi, 19 janvier 2022
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    Platonov de Tchékhov revient au théâtre Prospéro

    En 2018, la metteure en scène Angela Konrad proposait une adaptation de Platonov, la toute première pièce de Tchekhov. Loin de s’inscrire dans la tradition qui présentait un portrait de la société bourgoise russe désabusée et repue d’une aristocratie déchue, Angela Konrad a très vite compris la force obscure de la pièce. Platonov n’est plus un illuminé impertinent, mais un révélateur de toutes les mesquineries, les bassesses et et les lâchetés de cette société vautrée dans son confort et ses privilèges. En cette fin de siècle russe, l’empire se fissure et Dieu se meurt, et la bourgeoisie gavée paresse et s’ennuie.

    Angela Konrad reprend la pièce au théâtre Prospero en conservant la mise-en-scène mais a fait appel à Michel Tremblay pour l’adaptation. «Michel Tremblay avait vu la pièce en 2018 et il avait aimé, confie Angela, ce qui m’a poussé à lui demander d’adapter la pièce en Québécois d’aujourd’hui, tel qu’on le parle actuellement, je souhaite que chacun parle de la place d’où il vient».

    Angela Konrad a eu la chance de pouvoir retrouver la même équipe de comédien.ne.s qu’en 2018 qui sont donc rompus aux personnages de Tchekhov et de vision que la metteur-en-scène à d’eux. Une vision qui s’éloigne largement des habituelles représentations de Platonov, où l’on s’ingénie à tenter de recréer cette russie fin de siècle dans des datcha où des privilégié.e.s témoignent du désintérêt pour un monde qu’ils et elles ne reconnaissent plus avec nostalgie mais sans aucun désir de réagir. «J’ai voulu les présenter les personnages de façon clinique, montrer ce qui se dit et se joue à travers leur silence, et les drames qui les habitent, continue Angela Konrad, Platonov est celui qui explose qui pourfend l’hypocrisie et le comportement de ses contemporains, mais il y a aussi le silence assourdissant des autres personnages que l’on peut entendre». 

    Les conventions surranées qui lient alors le groupe réuni ne peuvent plus cacher leur propre mal de vivre, leur questionnement, et leurs espoirs plus rêvés que possibles d’une autre vie. Et si l’on entend bien, leurs propos banals, voire clichésques, laissent entendre dans les silences l’écho des propos de Platonov, et l’on perçoit tragiquement que le déni dans lequel les un et les autres s’enferment n’est plus qu’un vernis qui se fissurent et les laisse dans une profonde et dramatique solitude sans aucune issue. 

    Les comédien.ne.s sont remarquables, que ce soient Pacale Drevillon, Violette Chauveau, Olivier Turcotte, Diane Ouimet, Samuël Côté, Marie-Laurence Moreau, Debbie Lynch-White. De son côté, Renaud Lacelle-Bourdonincarne un Platonov démesuré, perdu, qui se débat par les mots, irritant, percutant mais aussi terriblement attachant. 

    Platonov Amour Haine et Angles Morts bouscule notre conception du théâtre russe de cette époque charnière et vient comme un énorme coup de poing nous obliger à regarder notre propre réalité, qui a des allures de fin de siècle même si nous en sommes qu’au début.

    INFOS | Platonov Amour Haine et Angles Morts
    Adaptation du texte de Tchékhov par Michel Tremblay
    Mise en scène : Angela Konrad


    du 23 novembre au 11 décembre 2021
    au Théâtre Prospero theatreprospero.com

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