Figure mythique traversant les siècles, Don Quichotte renaît dans une relecture éclatée, libre et résolument actuelle au Théâtre du Nouveau Monde. Avec Quichotte, l’autrice Rébecca Déraspe et le metteur en scène Frédéric Bélanger signent un spectacle total, à la croisée du théâtre, du cabaret et de la fable politique.
Ici, l’Espagne du 17e siècle laisse place à celle du 20e siècle, alors que la guerre civile s’installe et que la répression s’intensifie. Dans ce climat tendu, les artistes et intellectuel·les deviennent suspects. Alonso Quichano, professeur de littérature, trouve refuge dans un cabaret-bordel tenu par l’exubérante Madame Petit, véritable havre pour les marginaux et les esprits libres. Employé comme concierge, il y lit des ouvrages interdits aux pensionnaires, faisant de ce lieu clandestin un espace de résistance culturelle.
Mais lorsque la violence du monde extérieur menace de s’infiltrer jusque dans ce sanctuaire fragile, Quichano bascule. Porté par son imaginaire et un irrépressible besoin de justice, il se fait armer chevalier et devient Quichotte, redresseur de torts prêt à affronter l’intolérance. Peu importe que ses ennemis soient des illusions ou que les dames qu’il veut sauver soient des filles de joie : sa quête, elle, est bien réelle.
Plus qu’une adaptation de l’œuvre de Miguel de Cervantès, cette proposition en est une réinvention audacieuse. On y retrouve l’esprit des dialogues savoureux entre le chevalier à la triste figure et son fidèle Sancho, la folie lumineuse de l’un et la sagesse pragmatique de l’autre. Mais le tout est propulsé dans un univers scénique foisonnant, rythmé par des numéros de cabaret, des chorégraphies et une trame musicale électrisante signée Gustafson.

Fidèle à l’écriture de Déraspe, la pièce n’hésite pas à aborder des thèmes contemporains avec une sensibilité aiguë : violence, rapports de pouvoir, marginalité. Des enjeux lourds, toujours traversés par un humour salvateur et une capacité à créer de l’empathie sans jamais tomber dans le didactisme. Cette tension entre gravité et dérision donne à Quichotte toute sa profondeur.
Sur scène, la distribution impressionne par sa cohésion et son audace. Normand D’Amour incarne un Quichotte habité, à la fois fragile et incandescent. Benoit McGinnis surprend dans un contre-emploi savoureux en Sancho, tandis que Debbie Lynch-White campe une Madame Petit flamboyante et charismatique. À leurs côtés, Marie-Pier Labrecque et Marie-Andrée Lemieux enrichissent cette galerie de personnages avec intensité et nuance.

© Julie Artacho

© Julie Perreault

© Annie Diotte
Cette troisième collaboration entre Déraspe et Bélanger, après leurs adaptations remarquées de Orgueil et préjugés et de La Nuit des rois, confirme leur talent à faire dialoguer les classiques avec notre époque. En brouillant les frontières entre les genres et en mettant en lumière des identités marginales, Quichotte rejoint une sensibilité profondément queer, où la liberté d’être, de désirer et de rêver devient un geste de résistance.
Festif, irrévérencieux et résolument vivant, Quichotte s’impose comme une célébration éclatée de l’imaginaire et de l’insoumission.
INFOS | Quichotte – du 5 mai au 6 juin 2026 au Théâtre du Nouveau Monde, en coproduction avec Théâtre advienne que pourra
RÉSERVATIONS sur tnm.qc.ca ou 514.866.8668

