Dimanche, 16 juin 2024
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    Huang Jie, la première élue lesbienne au parlement de Taïwan, veut ouvrir la voie

    La députée Huang Jie, 31 ans, première élue ouvertement lesbienne au parlement de Taïwan, se réjouit de son élection « incroyable » malgré les obstacles et espère donner confiance à la communauté LGBT+, dans un entretien.

    Taïwan, l’une des sociétés les plus libérales d’Asie, est vue comme un bastion des droits LGBT+ pour avoir été pionnière dans la région en matière de légalisation du mariage entre personnes du même sexe en 2019.

    « J’espère que (mon élection) donnera du courage à beaucoup de gens, car j’ai démontré que j’y suis arrivée en montant en première ligne », souligne Huang Jie, qui a prêté serment jeudi dernier.

    Son parcours vers le parlement de l’île autonome convoitée par la Chine n’a cependant pas été facile : cible d’attaques discriminatoires en raison de son identité LGBT+, elle a aussi dû se battre contre les préjugés sur sa jeunesse.

    Son élection le 13 janvier face à des rivaux plus établis pour représenter la ville de Kaohsiung (sud) a été une surprise. « Je trouve cela incroyable. Je pense que la politique est pleine de surprises et qu’il y a beaucoup de changements inattendus », indique l’élue lors d’un entretien téléphonique.

    L’ancienne journaliste et assistante parlementaire est entrée en politique en 2018 comme élue au conseil municipal sur la liste du modeste Parti du nouveau pouvoir.

    Réélue, en tant que conseillère municipale indépendante en 2022, elle a ensuite rejoint le Parti démocrate progressiste au pouvoir en août dernier. Puis elle a été enrôlée pour remplacer un député démissionnaire après un scandale lié à une relation extraconjugale.

    « Je n’avais que 70 jours pour faire campagne après avoir été nommée et j’ai dû surmonter de nombreux défis », dit-elle. « Je ne me présentais pas dans ma propre circonscription et on posait des questions sur mon jeune âge, et ma carrière politique de cinq ans seulement. »

    Certains commentateurs lui donnaient « une très faible chance » de gagner, en raison du poids des groupes religieux et anti-LGBT dans sa circonscription.

    « Méfiance »

    En campagne à Kaohsiung, dans des temples et sur des marchés elle a expliqué « ne pas avoir mis l’accent »sur son orientation sexuelle.

    Si quelques représentant·es ouvertement LGBT avaient déjà été élus au niveau municipal, elle juge sa victoire au parlement comme un « résultat positif » et note « certains progrès dans la société taïwanaise ».

    Quand elle s’est lancée en politique à 25 ans, elle dit avoir été « considérée comme une enfant » par certains électeurs. « Mon âge mettait les gens mal à l’aise et suscitait la méfiance ».

    En 2021, l’orientation sexuelle de Huang Jie a fait d’elle la cible d’attaques constantes, mais elle réussit à survivre à un vote visant à l’évincer du conseil municipal.

    « Les groupes qui demandaient mon départ ont distribué des tracts pour me calomnier et se moquer de moi. Les commentaires en ligne étaient encore plus extrêmes, par exemple qu’être gay, c’était comme être malade mental », a-t-elle expliqué.

    Lors de la campagne législative, les critiques sur son identité sexuelle sont restées largement en ligne.

    « Beaucoup à faire »

    Huang Jie fait partie des 47 femmes qui forment près de 42 % des 113 sièges du parlement, une proportion à peu près inchangée par rapport à la précédente législature.

    Malgré ce chiffre encourageant, il reste encore beaucoup à faire pour la parité en politique, estime-t-elle.

    « La politique est un monde masculin et notre genre est un désavantage car (…) il est plus difficile pour les femmes de convaincre », note-elle. « Certains électeurs m’ont dit que “les droits des femmes sont trop importants maintenant”, cela montre qu’ils n’acceptent pas, dans leur cœur, que les femmes aient les mêmes droits».

    En tant que plus jeune élue du parlement, elle veut promouvoir l’égalité des sexes et les droits humains, la « justice générationnelle et distributive » pour les jeunes qui se sentent laissés pour compte, à cause de bas salaires et d’un écart de richesse croissant entre les générations.

    Il reste également beaucoup à faire pour faire progresser les droits LGBT+ après la légalisation des mariages des couples de même sexe, pense-t-elle, comme réviser la loi sur la procréation assistée pour inclure les femmes célibataires et les familles de même sexe.

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