La Queer Palm 2026 a récompensé jeudi à Cannes un film audacieux et profondément queer, confirmant une fois de plus la place grandissante des récits LGBTQIA+ dans le cinéma international contemporain. Attribué en marge du Festival de Cannes, ce prix indépendant célèbre chaque année les œuvres abordant les questions liées aux identités de genre, aux sexualités et aux réalités queer. Pour cette édition, le jury a couronné Teenage Sex and Death at Camp Miasma, de la réalisatrice américaine Jane Schoenbrun.
Présenté dans la section Un Certain Regard, le film détourne les codes classiques du cinéma d’horreur — plus particulièrement ceux du slasher — afin de proposer une relecture queer et trans du genre. Là où ces productions ont longtemps été associées à des représentations stéréotypées ou marginalisantes, l’œuvre choisit plutôt de mettre au centre les questions de corps, d’identité et de réappropriation.
Le jury a salué un cinéma « populaire, jubilatoire » qui transforme un genre souvent perçu comme conservateur en espace de réparation et d’émancipation.
« Le cinéma est un outil puissant : les films colonisent nos imaginaires — parfois malgré nous, parfois contre nous — mais ils peuvent aussi devenir le lieu de leur propre réparation », a souligné le jury dans son texte officiel.
« Plutôt que condamner, la réalisation propose de réparer. De se réapproprier un genre relégué en marge du cinéma pour en faire un outil contemporain, dégagé d’un formatage hétéronormatif et hétérocentré. »
Le jury a également salué une œuvre capable de reconnecter le cinéma d’horreur « à d’autres récits, d’autres corps et d’autres parcours », notamment celui « de deux femmes sur le chemin de la réconciliation avec leur sexualité ».
Et dans une conclusion beaucoup plus festive, les membres du jury ont aussi vanté « le sang le plus pailleté de l’histoire du cinéma d’horreur » ainsi qu’une bande sonore « remplie de bangers ».
Une présence queer de plus en plus forte à Cannes
Au total, 22 films étaient admissibles cette année à la Queer Palm, un chiffre record qui témoigne de la présence grandissante des récits LGBTQIA+ dans le cinéma mondial.
Le jury était coprésidé par l’actrice Anna Mouglalis et le metteur en scène Thomas Jolly. Ils étaient accompagnés notamment de la musicienne et comédienne Jehnny Beth, de l’artiste Raya Martigny et du programmateur André Fischer.
Plusieurs films présentés cette année à Cannes — autant en compétition officielle que dans les sections parallèles — abordaient des thèmes liés à la transidentité, à l’homoparentalité, à la fluidité de genre ou encore aux discriminations vécues par les communautés queer.
Dans un contexte mondial marqué à la fois par des avancées importantes des droits LGBTQIA+ et par une recrudescence de discours hostiles dans plusieurs pays, cette visibilité accrue prend une dimension particulièrement politique.
Le fait qu’un festival aussi influent que Cannes mette de l’avant ces récits envoie un signal culturel fort à l’industrie cinématographique internationale.
Une nouvelle récompense pour les voix émergentes
L’édition 2026 marque également une nouveauté importante avec la création d’un prix de la révélation.
Cette première distinction a été remise au film français Du fioul dans les artères, afin de souligner l’émergence de nouvelles voix dans le cinéma queer francophone.
Créée en 2010, la Queer Palm ne fait pas partie du palmarès officiel du Festival de Cannes, mais elle occupe aujourd’hui une place incontournable dans l’écosystème cinématographique international.
Au fil des années, le prix a permis de mettre en lumière des œuvres qui peinent parfois à trouver leur place dans les circuits plus traditionnels, tout en contribuant à normaliser la diversité des représentations à l’écran.
Avec ce palmarès 2026, la Queer Palm confirme surtout une évolution importante : le cinéma queer ne se limite plus aux récits intimistes ou aux drames identitaires.
Il investit désormais tous les genres — y compris les plus populaires comme l’horreur — afin de raconter autrement les expériences, les désirs et les réalités LGBTQIA+.

