Le film Arrêtez! Ce! Train! (Stop! That! Train!) pourrait difficilement avoir un titre aussi révélateur de son synopsis. Pastiche des comédies du style Y a-t-il un pilote dans l’avion? (Airplane!), ce film met en scène RuPaul Charles (qui joue la présidente des États-Unis), mais aussi d’autres drag queens comme Ginger Minj, Jujubee, Brooke Lynn Hytes et Latrice Royale. Nous avons parlé à son réalisateur, Adam Shankman, à qui l’on doit notamment Hairspray et Le Pacificateur.
D’abord, as-tu quelque chose à dire aux personnes qui n’écoutent pas RuPaul’s Drag Race, mais voudraient voir le film?
Tu n’as pas besoin d’être fan de Drag Race pour aimer ce film. En fait, j’ai assisté à de nombreuses projections où il y avait plein de gens qui ne connaissaient rien à Drag Race et qui ont trouvé le film hilarant. Ce film est tout simplement unique en son genre. Il n’a aucun rapport avec Drag Race : il y a simplement des participants de Drag Race qui y apparaissent, mais c’est là le seul lien. Installez-vous confortablement et préparez-vous à rire!


Comment en es-tu arrivé à réaliser ce film?
Je venais tout juste d’être juge invité à Drag Race. Randy Barbato, l’un des dirigeants de World of Wonder [la société qui produit Drag Race], est venu me voir. Il m’a dit : « Ru aimerait vraiment que tu lises ce scénario qu’on a. » Je savais que j’avais un autre film en chantier, mais j’ai répondu : « Bien sûr, pourquoi pas? » Je connais Ru depuis 1994; nous sommes amis depuis toujours. J’ai donc lu le scénario et je l’ai trouvé vraiment hilarant. Je n’avais pas envie de dire non. Ça m’a fait rire. Il y a si peu de choses qui me font rire ces derniers temps que ça m’a semblé très précieux. Ça n’a pas été difficile de me convaincre. Je pense que le plus compliqué a été de coordonner les dates de Drag Race avec mon emploi du temps, alors que je tournais The Man with the Bag, avec Arnold Schwarzenegger [qui sortira en décembre cette année].
Il existe une tonne de drag queens, mais tu as seulement dû en choisir une poignée pour ce film. Ça a été un processus difficile?
Je vais être honnête avec toi : ça n’a pas été un crève-cœur. Ça fait tellement longtemps que je fais ce métier que ça ne devient jamais personnel. Je suis un grand fan de Drag Race et de toutes les drag queens de l’émission, mais l’important, c’est que la bonne personne décroche le rôle. C’était simplement un processus d’audition normal.

En tant que réalisateur, as-tu senti une différence dans le fait de travailler avec des drags?
Je n’ai pas du tout trouvé ça différent. Ce sont des acteurs, et je les ai traités comme tels, pas comme des artistes drag. Ils sont arrivés sur le tournage en sachant exactement ce qu’on attendait d’eux. Ils sont tous incroyablement professionnels; ça n’a pas été chaotique du tout. Ce sont des pros chevronnés de la scène. C’était un nouveau médium pour eux, mais ils s’y sont adaptés très vite.
En fait, cela m’a semblé incroyablement héroïque. Le drag n’est pas confortable, le drag n’est pas facile. Et, pour le dire en termes très simples, une partie de leurs personnages drag devenait les personnages du film. Ils ont ajouté de nouvelles dimensions en tant qu’artistes, et mon respect ainsi que mon admiration pour eux et pour ce qu’ils font n’ont cessé de grandir.

Je me trompe peut-être, mais tu n’as jamais réalisé de films avec des personnes queer comme protagonistes. Est-ce exact?
Comme je suis queer, j’ai toujours l’impression que ce que je fais est un peu perçu à travers un prisme queer… mais tu as raison. Je n’ai rien fait qui me semble vraiment spécifique à la communauté queer. Ce qui s’en rapproche le plus, c’est quand même Hairspray, qui ne traitait pas du fait d’être queer, mais plutôt de l’altérisation et des préjugés.
Mais, dans ce film, aucun des personnages principaux n’incarne spécifiquement un personnage queer. La dimension queer est donc simplement intégrée à l’histoire. Ce n’est pas une histoire queer. Je ne sais pas exactement comment le dire, mais, pour moi, rendre ce film encore plus queer ou y introduire une réflexion sur la question aurait été un peu trop. J’avais l’impression que ça n’aurait pas servi les blagues, et c’est un film qui est simplement censé être joyeux et drôle.
Parlant de Hairspray, te rappelles-tu si le fait d’avoir choisi John Travolta pour interpréter Edna, la mère de Tracy, avait été controversé? Et aujourd’hui, as-tu eu vent d’une controverse concernant les drags d’Arrêtez! Ce! Train! (Stop! That! Train!)?
Je ne me souviens pas qu’il y ait eu de polémique à propos de John. C’était il y a vingt ans, mais je ne me rappelle pas avoir ressenti un tollé général. Je veux dire, on s’inspirait de la version de John Waters, avec Divine, qui jouait en drag, puis, dans la pièce, c’était Harvey Fierstein qui jouait aussi en drag. C’est donc une tradition dans Hairspray qu’un homme incarne Edna. Ça ne semblait pas bizarre et je ne me souviens pas qu’il y ait eu une grosse polémique à ce sujet.
Pour Arrêtez! Ce! Train!, je veux dire, quand on met RuPaul au centre de tout ça, je ne sais pas trop ce que les gens pourraient attendre d’autre. Je pense que les gens seraient plus surpris s’il n’était pas en drag.
D’ailleurs, c’est comment, travailler avec RuPaul?
Je trouve que RuPaul est brillant. Je trouve que RuPaul a un talent incommensurable. J’ai découvert chez lui un niveau de confiance et de ténacité tout à fait extraordinaire. Ce qui m’impressionne constamment, et parfois même me submerge, c’est le changement culturel que Ru a opéré, non seulement dans nos vies, mais aussi dans le monde en général, en faisant sortir le drag de la nuit pour l’amener à la lumière du jour. Et puis, Drag Race est désormais une émission qui peut s’écouter en famille. C’est assez impressionnant.
INFOS | STOP THAT TRAIN et la version française «Arrêtez! Ce! Train!», sort en salle le vendredi 12 juin, partout en Amérique du nord.

