Vendredi, 25 septembre 2026
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    Erdoğan défend à l’ONU sa vision de la «famille» sans LGTQ+

    Quelques jours après que l’ONU a demandé à la Turquie de libérer les personnes LGBT+ détenues dans le cadre d’une vaste opération, Recep Tayyip Erdoğan a défendu, mardi 22 septembre, devant l’Assemblée générale des Nations unies, sa conception de la famille et dénoncé les politiques de « neutralisation du genre ». Un discours prononcé alors que des dizaines de personnes étaient toujours privées de liberté en Turquie et qu’une mobilisation internationale dénonçait la répression visant les personnes LGBT+ et leurs soutiens.

    Les 12 et 13 septembre, les autorités turques ont lancé une vaste opération baptisée « Ailem Güvende »(« Ma famille est en sécurité »). Des perquisitions ont été menées dans plusieurs provinces, visant des associations et des militants LGBT+, mais aussi des lieux fréquentés par la communauté. Human Rights Watch a également fait état de descentes dans des organisations venant en aide aux personnes vivant avec le VIH.

    Les autorités avaient annoncé des procédures visant 162 personnes, neuf associations et 13 entreprises dans 15 provinces. Le ministre de la Justice, Akın Gürlek, avait présenté l’opération comme une mesure destinée à protéger les enfants, la famille et l’ordre social.

    À Ankara, huit membres de Kaos GL, dont sept responsables de l’organisation, ainsi qu’une journaliste, avaient notamment été placés en détention provisoire. Les procédures faisaient notamment référence à des publications sur les réseaux sociaux et à des accusations de diffusion de contenus jugés obscènes.

    Dans les jours suivants, le nombre d’arrestations avait continué d’augmenter. Le 22 septembre, Amnesty International faisait état d’au moins 116 arrestations et de 83 placements en détention provisoire dans le cadre de cette opération.

    La contestation s’était également rapidement organisée en Turquie. Le 15 septembre, plus de 100 personnes avaient été arrêtées à Istanbul lors d’un rassemblement contre les arrestations et les perquisitions. Les 106 manifestants interpellés devant le palais de justice avaient ensuite été libérés.

    Une mobilisation qui dépasse les frontières

    Le 18 septembre, une mobilisation internationale avait été organisée dans plusieurs villes, notamment à Paris, Bruxelles, Londres, Madrid, Berlin, La Haye, Oslo et Washington. Près de 60 rassemblements avaient été annoncés en Europe et au-delà, dont plusieurs devant des représentations diplomatiques turques.

    Cette mobilisation avait également suscité des réactions diplomatiques. Le même jour, l’Union européenne avait demandé aux autorités turques de garantir les droits de la défense, de libérer les personnes détenues arbitrairement et de mettre fin aux intimidations visant les personnes, associations et défenseur·es LGBT+.

    Mais quelques jours plus tôt, les Nations unies avaient déjà directement interpellé Ankara.

    L’ONU demande la libération des personnes détenues

    Le 17 septembre, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, s’était déclaré « très préoccupé » par les arrestations et détentions visant plus de 150 personnes LGBT+ et défenseur·es des droits humains.

    Le Haut-Commissariat avait appelé les autorités turques à respecter les droits fondamentaux sans discrimination fondée notamment sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, et à libérer immédiatement les personnes détenues arbitrairement.

    Cet appel n’avait toutefois pas mis fin aux procédures. Le 18 septembre, Human Rights Watch indiquait qu’au moins 82 personnes étaient encore détenues sur décision judiciaire, dont au moins 24 militants LGBT+, fondateurs ou responsables d’associations ciblées.

    Erdoğan défend sa conception de la famille à l’ONU

    Cinq jours après l’appel de Volker Türk, Recep Tayyip Erdoğan a pris la parole à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies.

    « Les politiques mondiales de neutralisation du genre se sont transformées en un siège visant les enfants et l’institution familiale », a-t-il déclaré, appelant à y répondre en protégeant « la famille composée d’une femme et d’un homme ».

    Le président turc a également affirmé que son pays poursuivrait ses initiatives pour protéger les familles et les enfants « malgré les attaques des lobbies ».

    Sans employer directement le terme LGBT+, Erdoğan a ainsi repris une rhétorique proche de celle utilisée par les autorités turques pour présenter l’opération « Ailem Güvende ».

    Une politique familiale au cœur du discours gouvernemental

    La défense d’une famille définie comme l’union d’un homme et d’une femme s’inscrit dans une politique plus large portée par le gouvernement turc. La « Décennie de la famille et de la population », lancée pour la période 2026-2035, associe notamment politique familiale, natalité et protection des enfants. L’opération « Ailem Güvende » avait officiellement été présentée dans ce cadre.

    Dans le même temps, les restrictions visant les organisations, les manifestations et l’expression LGBT+ se sont multipliées. Human Rights Watch et Amnesty International ont notamment documenté les poursuites engagées contre des associations et des militants, ainsi que les restrictions imposées aux rassemblements et à l’expression publique.

    Une séquence internationale qui se poursuit

    En quelques jours, la situation avait pris une dimension internationale. Suite aux opérations des 12 et 13 septembre, il y a eu des arrestations de manifestants le 15, une mobilisations dans plusieurs pays le 18 et l’appel de l’ONU à la libération des personnes détenues, avant le discours d’Erdoğan à New York le 22 septembre.

    À la veille de cette intervention, Volker Türk avait encore dénoncé depuis New York l’aggravation des attaques contre les droits des personnes LGBT+ dans plusieurs régions du monde. La situation en Turquie figurait alors parmi les préoccupations exprimées par le Haut-Commissariat.

    Dans les sources publiques consultées, aucune réaction spécifique du Haut-Commissariat aux droits de l’homme n’avait été publiée en réponse directe aux propos tenus par Erdoğan le 22 septembre. Sa position sur les arrestations en Turquie avait toutefois été clairement exprimée quelques jours auparavant.

    Au moment où le président turc s’exprimait à l’ONU, des dizaines de personnes visées par l’opération restaient donc placées en détention provisoire en Turquie.

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