À 16 ans, Felipe et Caio se voient contraints de partager la même chambre pendant les vacances des parents du second. Autrefois inséparables, ils sont désormais à couteaux tirés, et rien ne laisse présager le moindre rapprochement. Pourtant, les deux semaines à venir pourraient bien les surprendre tous les deux…
D’emblée, Felipe (Miguel Lallo) exprime le profond malaise qui l’habite : « Je suis gros. Je ne suis pas mignon, pas potelé. Non, je pèse lourd. Je prends de la place. » Dès son plus jeune âge, il choisit donc d’éviter l’endroit qui cristallise les moqueries et les jugements : la piscine, malgré son amour pour la natation. En s’en éloignant, il tourne aussi le dos à Caio (Diego Lira), dont la silhouette plus mince ravive constamment son sentiment de ne pas être à la hauteur et de ne pas correspondre aux normes auxquelles il se compare.
À l’approche des vacances, Felipe espère donc profiter d’un peu de répit loin des machos/idiots de son école. Ses plans tombent toutefois à l’eau lorsque Caio — ce parfait hétéro pour qui il a toujours eu le béguin — emménage chez lui pour ce qui s’annonce comme un « interminable calvaire » de 15 jours. Pour ne rien arranger, Caio exhibe constamment ses longues jambes au galbe parfait, ses muscles saillants et son nez mutin. Heureusement, Felipe peut toujours se réfugier dans les comédies musicales et les comédies romantiques où il s’attribue, bien entendu, le premier rôle. Le film en propose d’ailleurs plusieurs pastiches amusants, dont une reconstitution de la chanson « Good Morning Baltimore », tirée du film Hairspray, interprétée en anglais et en portugais.
À sa grande surprise, Felipe découvre que leurs parcours ne sont finalement pas si différents. Caio est, lui aussi, gai et subit la pression de parents qui ne tolèrent aucun écart par rapport aux sacro-saints clichés de la masculinité parfaite. Pour Felipe, cette révélation tient toutefois presque de la science-fiction : Caio ne peut tout simplement pas être gai, puisqu’il ne s’intéresse pas aux comédies musicales et que, ô horreur, il ne sait même pas qui est Meryl Streep ! Le plus étonnant reste toutefois à venir : Caio lui avoue qu’il le trouve beau et que leurs jeux d’enfance lui manquent, notamment lorsqu’ils s’amusaient à jouer aux sirènes dans la piscine. Mais Felipe peut-il vraiment se permettre de croire à cette déclaration ?
De son côté, Caio trouvera-t-il le courage d’affronter ses parents et de renoncer aux faux-semblants ?
Réalisé par Daniel Lieff, ce film brésilien aborde avec justesse la quête identitaire, l’acceptation de la différence et la difficulté de s’affranchir du regard des autres. Son traitement de la grossophobie est particulièrement rafraîchissant, puisque, contrairement aux clichés habituels, Felipe n’a jamais eu à transformer son corps pour mériter d’être aimé.
Bien sûr, le film demeure une comédie romantique et en reprend plusieurs codes, jusqu’à l’incontournable déclaration de dernière minute à la gare routière, mais évite néanmoins de sombrer dans la facilité grâce à son humour, à sa sincérité et à la tendresse qu’il porte à ses personnages.
Par moments, on ne peut s’empêcher de penser à Heartstopper, notamment en raison des thèmes abordés. La comparaison s’arrête toutefois là, puisque le film privilégie une approche plus légère et enjouée. C’est le genre de production dans laquelle on se lance un peu par hasard, sans trop savoir à quoi s’attendre, avant de se laisser gagner par son charme réconfortant et de la savourer jusqu’au déroulement du générique.
INFOS | Le film Quinze Dias (Quinze jours) est disponible, en portugais et dans un très bon doublage français, sur Netflix.

