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In the Grey (En zone grise) : deux hommes qui partagent bien plus que l’amour du risque !

Une avocate spécialisée dans le recouvrement de dettes met en place une équipe pour récupérer une somme de un milliard, volée par un criminel retranché sur une île fortifiée. À la tête du groupe de mercenaires, deux hommes aussi téméraires au combat qu’à cœur ouvert l’un envers l’autre !

Lorsque Manny Salazar (Carlos Bardem) refuse de rembourser sa dette, l’avocate Rachel Wild (Eiza González) fait appel à deux opérateurs clandestins d’élite : Sidney, incarné par Henry Cavill, et Bronco Beauregard, interprété par Jake Gyllenhaal. Ces derniers évoluent dans une zone grise (d’où le titre) entre légalité et criminalité, utilisant la surveillance, le sabotage, l’infiltration et une bonne dose de violence pour arriver à leurs fins. L’intrigue n’est d’ailleurs pas sans rappeler les meilleurs moments des films et de la série Mission impossible.

Passé presque inaperçu lors de sa sortie en mai 2026, le film s’est rapidement retrouvé sur diverses plateformes de diffusion en continu, dont Prime Video. L’indifférence a toutefois peu à peu laissé place à la curiosité lorsque des rumeurs ont commencé à circuler selon lesquelles les colosses Sidney et Bronco y formaient un couple gai. À l’origine de ces spéculations, une petite scène où l’un présente l’autre comme son mari. Mais le film offre-t-il plus que cette chétive mention ? Eh bien, oui ! Bien avant cette scène, qui pourrait passer pour une simple boutade, de nombreuses répliques laissent entendre que les deux hommes sont bien plus que de simples collègues, même en l’absence de scènes passionnées.

Entre piques affectueuses, sous-entendus et regards complices
Le film multiplie d’abord des allusions très inhabituelles pour un film d’action, un genre généralement très hétérocentré. Ainsi, tandis que Sid et Gucci — un complice au surnom inspiré de la mode italienne — tentent de soudoyer un employé du port, l’échange suivant a lieu : « Sid : Le directeur de ce port ne peut résister à l’appel du bon vieux cash. […] J’attends de voir son pouce levé : un seul… et il est partant ; deux pouces… et il te sucera. [Le directeur lève deux pouces] Eh bien, c’est ton jour de chance, Gucci. »

Lorsque Sid retrouve Bronco, il complimente sa tenue d’un admiratif » : « Belle chemise ». Son compagnon lui répond : « C’est d’la soie, comme mes draps ». Plus tard, alors qu’ils sont coincés dans un embouteillage, l’un glisse à l’autre sur un ton taquin : « Le temps semble se figer quand je suis avec toi ». Enfin, tandis que l’un tente d’enfoncer un micro dans le cul d’une sculpture de singe, l’autre l’encourage d’un « Allez, enfonce-le ! », ce qui lui vaut un « Je sais c’que j’fais ! » bien senti.

Alors qu’ils se quittent pour exécuter leur plan, l’un souffle à l’autre : « Et n’oublie pas, je t’aime. » Lorsque Sid évoque la menace que représentent leurs adversaires, il lance à Bronco : « Toi, ils te mangeraient tout cru », ce à quoi celui-ci réplique du tac au tac : « Ouh ! Maintenant que tu dis ça ». Plus tard, alors que les deux hommes tracent un plan dans le sable, la caméra recule pour révéler le dessin d’un énorme phallus.

Bref, une ou deux répliques équivoques auraient pu laisser place à l’interprétation, mais leur accumulation ne laisse guère de doute : la relation entre les deux hommes dépasse largement la simple homosocialité. Fait étonnant, le film évacue également les habituelles intrigues sentimentales hétérosexuelles propres à ce genre de production, au point où l’en vient à se demander si tous les mercenaires ne sont pas queers. Rachel, la seule femme du groupe, ne semble entretenir une relation émotionnelle (imprécisée) qu’avec une autre femme. Quant aux autres mercenaires, dont le bien nommé Gucci, ils suivent ses ordres sans que surgisse la moindre tension sexuelle avec cette dernière. Là encore, un fait rarissime dans un film d’action standard.

Et le film dans tout ça ?
Comme dans tous les films de Guy Ritchie, la mise en scène privilégie des personnages hauts en couleur, des plans sophistiqués, des casse-têtes criminels à résoudre, des réparties cinglantes et un montage nerveux. Porté par un rythme haletant du début à la fin, le film tient en haleine avec une première moitié qui est consacrée à l’élaboration du plan et une seconde qui en suit l’exécution et les dérapages.

Comme les personnages sont entièrement absorbés par la préparation et les péripéties de leur mission, le scénario ne révèle presque rien de leur vie privée : les liens sont déjà établis et personne ne ressent le besoin de les expliquer. Il en va de même pour Sid et Bronco, qui se touchent à peine et dont l’intimité s’exprime surtout à travers des paroles et des regards.

Faute d’une représentation explicite, toute interprétation relève évidemment d’une lecture LGBTQ du scénario. Cela dit, l’accumulation des références semble éliminer la possibilité d’un travers de lecture : l’intention semble claire. Aurait-on souhaité des scènes plus passionnées ? Sans aucun doute. Ai-je passé un excellent moment devant mon écran, cramponné à mon siège, craignant pour la vie de tous les personnages ? Certainement ! Suis-je demeuré attentif à la moindre des répliques pour décoder ce qui habite Sid et Bronco ? Absolument ! Est-ce que je veux une suite ? Tout à fait !

Le film In the Grey (En zone grise, au Québec, ou Les spécialistes, en France) est offert en anglais et dans un excellent doublage français réalisé au Québec sur Prime Video.

Benoit Migneault

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