Des vampires autochtones, des amours saphiques, un trouple brésilien confronté au vieillissement, des rencontres entre hommes et des histoires trans qui échappent aux conventions : la 39e édition d’image+nation fait une large place aux courts métrages. Une programmation qui passe de la comédie à l’horreur, du documentaire à l’expérimentation, avec des œuvres venues du Québec et d’ailleurs.
Le court métrage occupe depuis toujours une place importante à image+nation. Moins soumis aux contraintes commerciales, il offre aux cinéastes une liberté précieuse pour aborder des sujets rarement explorés au cinéma, expérimenter avec la forme ou raconter des histoires personnelles sans avoir à les étirer sur 90 minutes. Cette année, le festival propose une série de programmes thématiques présentés au Cinéma Public, à PHI et à la salle Alanis-Obomsawin de l’Office national du film du Canada (ONF).
Queerment Québec : des histoires d’ici
La production québécoise se distingue par son éclectisme. Dans La mue, Jean, abandonné par son amoureux acteur au profit de sa propre doublure, se retrouve entraîné dans un tournage où fiction et réalité se confondent. Smoker raconte pour sa part l’attirance entre deux combattants de muay-thaï appelés à s’affronter sur le ring. Pour séduire son rival, l’un devra d’abord le battre.
El Film transforme une cérémonie traditionnelle du thé à la menthe dans un riad marocain en exploration queer de la masculinité et du sacré. Une sélection complémentaire offerte en ligne comprend notamment Anyway, j’pisse assis, dans lequel Sasha, en convalescence après une chirurgie d’affirmation de genre, retourne à la plage de son enfance avec deux amis, espérant enfin pouvoir s’y baigner torse nu.
Voix autochtones : identités et transmission
Le programme Voix autochtones accorde une place particulière aux perspectives bispirituelles et aux récits de cinéastes autochtones LGBTQ+. Les questions d’identité, de culture, de transmission et d’appartenance y occupent une place centrale. Ces œuvres permettent d’aborder des réalités longtemps absentes des écrans, à travers les regards de celles et ceux qui les vivent.
Lesboqueer : récits saphiques
Les relations entre femmes sont explorées sous différents angles dans Lesboqueer : récits saphiques. Dans 2, deux ramasseuses de balles d’un prestigieux tournoi de tennis passent de la rivalité à l’attirance. Conversations on a Boat suit deux femmes dans la cinquantaine qui se retrouvent sur un bateau, au milieu d’un fjord norvégien. Leur rencontre fait ressurgir les sentiments d’une histoire inachevée.
L’humour s’invite avec How’s Archie?, où deux ex-amoureuses doivent négocier la garde partagée de leur chien. Plus expérimental, High Femme Labrys revisite plusieurs décennies de culture lesbienne, en puisant notamment dans le cinéma, la littérature et la musique.
Entre hommes : attirances et contradictions
Les rencontres masculines prennent des formes très différentes dans Entre hommes. Chulo suit Gael, de retour à Porto Rico pour l’été, où sa rencontre avec Mateo bouleverse ses vacances. Dans Vocabulary, un jeune Chinois nouvellement installé à Londres découvre les codes de la scène gaie locale à travers trois rendez-vous sexuels. Entre différences culturelles, racisme et désir, il cherche sa place.
Nikola, Nikola adopte un ton plus inquiétant. Un adolescent de 17 ans rencontre un homme de 40 ans connu en ligne, mais leur escapade nocturne dans une forêt isolée prend une tournure troublante. Dans Distance, un jeune Suisse-Tunisien tente de renouer avec ses parents malgré les tensions entourant son homosexualité.
En devenir : les identités trans à l’écran
Les neuf films réunis sous En devenir abordent les expériences trans et non binaires à travers la fiction, le documentaire, l’animation et la performance.
Dans Some Other Place, Esther retourne dans sa ville natale de l’Utah afin de récupérer les documents nécessaires au changement légal de son nom et de son genre, avant qu’une nouvelle interdiction ne l’en empêche.
Sur un ton plus léger, How to Tie a Tie transforme un simple tutoriel pour apprendre à nouer une cravate en véritable catastrophe, lorsque les maladresses et les erreurs de genre s’accumulent. I’ve Never Met Myself suit une artiste drag qui, après un spectacle, retire progressivement son maquillage tandis que remontent des souvenirs douloureux.
Frissons Queer : l’horreur sort du placard
Présenté en collaboration avec le Festival de films Fantasia, Frissons Queer rassemble huit films où l’horreur côtoie le fantastique et l’humour noir.
Dans Lethal Ethel, une vampire naskapie défend son territoire et sa culture avec des méthodes radicales. La Hère entraîne un jeune garde-forestier québécois dans un rituel d’initiation qui tourne mal, alors qu’une créature mythique rôde dans les bois.
Pack revisite le mythe du loup-garou à travers Syd, qui tente de dissimuler sa transformation à ses camarades d’une colonie de vacances. Malheureusement pour elle, ses nouvelles amies sont des chasseuses de loups-garous. Quant à Scissors, il renverse les codes du slasher lorsqu’un tueur en série s’attaque à un groupe d’amis queers beaucoup moins vulnérables que prévu.
Docuqueer : parcours singuliers et mémoire collective
Six documentaires composent Docuqueer : histoires queer. Born Kicking retrace le parcours de Jill Posener, photographe et militante lesbienne qui a documenté le féminisme radical londonien et la culture lesbienne de San Francisco.
Dans Charlottetown’s Cowboy, Ricky Lee, 63 ans, quitte le Texas pour l’Île-du-Prince-Édouard, où il découvre la possibilité de vivre ouvertement son homosexualité.
Le documentaire québécois La renaissance d’Ema et de Port-Alfred suit en parallèle l’affirmation de l’identité non binaire d’Ema et la transformation d’une ancienne taverne du Saguenay en lieu culturel et brassicole. Eroded s’intéresse pour sa part à la disparition progressive d’une plage queer historique de Toronto, menacée par la montée des eaux.
Brésil en bref : cinq histoires, cinq univers
Le cinéma queer brésilien est représenté par cinq courts métrages aux tonalités contrastées. Dans Blow (Sopro), un enfant de sept ans étouffe sous les attentes familiales et les conventions de genre. Le vœu formulé devant son gâteau d’anniversaire pourrait bien changer les choses.
Captain Lima raconte l’histoire d’un homme vivant dans un futur privé de liberté, qui retourne dans le passé pour revivre son premier baiser avec un garçon, mais se trompe d’année.
Plus émouvant, Morpheus and Charon suit trois hommes queer âgés qui partagent leur vie. Lorsque l’un d’eux développe une démence, ses deux partenaires l’accompagnent dans la maladie, entre souvenirs, rêves et rythmes de samba.
Made au Canada : d’un océan à l’autre
Réparti en deux programmes, Made au Canada : histoires d’ici témoigne de la diversité des productions canadiennes.
The Fruit Machine: A Space Opera utilise la science-fiction pour revenir sur la « Fruit Machine », un dispositif employé au Canada dans le cadre des campagnes de surveillance et de persécution des personnes soupçonnées d’homosexualité.
Dans Never Sleep, Muna, une personne adolescente non binaire capable de communiquer avec les esprits pendant son sommeil, refuse désormais de dormir après la mort de son père.
Swimmers raconte une romance estivale entre deux jeunes hommes en formation pour devenir sauveteurs, tandis que Marked, tourné sur pellicule Super 8 et 16 mm, explore la visibilité et l’effacement de l’intimité queer à travers les corps de deux hommes enlacés.
Queer Comedy en courts : l’art de rire de soi
Avec Queer Comedy en courts, les situations embarrassantes, les rencontres qui dérapent et les malentendus amoureux deviennent matière à comédie. La sélection joue notamment avec les lendemains de rencontres sexuelles compliquées et propose une relecture queer de Sherlock Holmes.
L’humour, parfois absurde, parfois mordant, sert ici à détourner les stéréotypes et à s’amuser des contradictions de la vie sentimentale LGBTQ+.
La soirée étudiante : la relève queer et féministe
De retour pour une deuxième année, La soirée étudiante rassemble dix courts métrages provenant de six universités et cégeps du Québec.
Dans Bestiaire, une souffleuse de cristal et une nouvelle venue dans un village se rapprochent autour d’une mystérieuse légende. Nothing Else Matters raconte le parcours intérieur d’une femme trans retenue captive, tandis que Stretto donne la parole à trois personnes trans qui réfléchissent aux significations de leur prénom de naissance et de leur prénom choisi.
Plus insolite, Teeth Don’t Have Sex met en scène une adolescente qui reçoit un message d’une femme dont la tête est une dent.
La soirée comprend également une activité de réseautage destinée aux cinéastes de la relève.
Kino Queer : créer sans attendre
Né à Montréal en 1999, le mouvement Kino revient à image+nation avec douze films provenant du Québec, de France, d’Allemagne, du Burkina Faso et d’Ukraine.
Dans Comme un éclat, un adolescent endeuillé découvre une nouvelle façon d’exprimer son identité en essayant la perruque de chimiothérapie de sa mère disparue. Ngaou, tourné autour d’une nuit à Ouagadougou, montre deux jeunes femmes qui échangent un baiser dans un bar.
Nicky Gee dresse le portrait d’une figure de la Basse-Ville de Québec qui utilise la musique pour exprimer ses émotions et dénoncer les discriminations. Enfin, Everything Must Go, mon amour suit un jeune homme et son amoureux confrontés à la démolition du cinéma de quartier où leur histoire a commencé.
Une sélection fidèle à la devise de Kino : « faire quelque chose de bon avec rien, faire mieux avec peu, mais le faire maintenant ».
Aussi accessibles en ligne
Tous les programmes de courts métrages seront également proposés en ligne, partout au Québec et au Canada, permettant aux cinéphiles qui ne peuvent se rendre aux projections montréalaises de profiter de cette programmation.
Avec ses récits intimes, ses comédies insolentes, ses documentaires et ses incursions dans le fantastique, le court métrage demeure l’un des territoires les plus libres du cinéma LGBTQ+. Et cette année encore, image+nation lui réserve une place de choix.
INFOS | image+nation, 39e édition, du 19 au 29 novembre 2026. Projections au Cinéma Public, à PHI et à la salle Alanis-Obomsawin de l’ONF. Programmation complète et courts métrages : image-nation.org.