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Eurovision 2027 : cinq artistes en lice pour représenter le Canada, dont la chanteuse queer Rêve

Le Canada s’apprête à faire ses premiers pas à l’Eurovision, en mai 2027, en Bulgarie. Pour cette participation historique, CBC/Radio-Canada a retenu cinq artistes aux univers bien différents : William Cloutier, Josiane, Rêve, Talk et Tyler Shaw. C’est maintenant au public de choisir qui défendra les couleurs canadiennes dans ce concours musical international dont la communauté LGBTQ+ constitue depuis longtemps l’un des publics les plus fidèles. Parmi les finalistes, la Montréalaise Rêve, ouvertement queer, possède un univers musical particulièrement proche de la culture des clubs et de l’esprit festif de l’Eurovision.

Pour la première fois, le Canada aura son propre représentant au Concours Eurovision de la chanson. L’événement, qui se tiendra en Bulgarie en mai prochain, offrira à l’artiste choisi une vitrine internationale considérable, dans une compétition où la performance vocale compte autant que la personnalité, la mise en scène et la capacité à marquer les esprits en quelques minutes.

Les cinq finalistes ont été dévoilés le 27 octobre par CBC/Radio-Canada, au terme d’un processus de sélection qui a suscité un intérêt notable dans l’industrie musicale canadienne. Pas moins de 325 artistes ont soumis leur candidature entre le 31 août et le 9 septembre. Une première sélection de 15 noms a ensuite été effectuée par les équipes musicales du diffuseur public, avant qu’un jury de professionnels ne retienne les cinq finalistes.

Les candidatures ont été évaluées selon plusieurs critères : la qualité et la maîtrise vocales, les aptitudes scéniques, l’expérience artistique, la vision musicale, la disponibilité et la capacité à livrer une prestation convaincante devant un public international.

Le choix final appartient désormais aux Canadiennes et aux Canadiens, qui peuvent voter sur le site de Radio-Canada jusqu’au 5 novembre 2026, à 23 h 59, heure du Pacifique. Chaque personne peut attribuer jusqu’à dix votes à son artiste préféré pendant toute la période de votation. Le résultat sera annoncé d’ici la fin novembre.

Rêve : la culture queer des clubs comme ADN musical

Parmi les cinq artistes, Rêve, de son vrai nom Briannah Donolo, apparaît comme une candidature particulièrement intéressante pour le public LGBTQ+. Originaire de Montréal et aujourd’hui installée à Toronto, la chanteuse a construit son identité artistique à la croisée de la dance-pop, du R&B et de l’Eurodance des années 1990.

Ouvertement queer, elle revendique l’influence des communautés LGBTQ+ sur son parcours, autant dans sa musique que dans sa conception de la scène. Les boîtes de nuit montréalaises ont joué un rôle important dans son développement artistique, tout comme cette culture du dancefloor où la musique devient à la fois un espace de liberté, de rencontres, de célébration et d’affirmation de soi.

Ce rapport à la piste de danse n’est pas anodin. La musique dance contemporaine doit une part considérable de son histoire aux communautés noires, latines et LGBTQ+, particulièrement aux scènes disco et house qui ont émergé dans les clubs américains. Rêve s’inscrit dans cet héritage, en y ajoutant une sensibilité pop actuelle et une énergie résolument tournée vers le plaisir.

Depuis ses débuts en 2021, elle a accumulé plus de 175 millions d’écoutes à travers le monde grâce à des chansons comme CTRL + ALT + DEL, Big Boom, Contemporary Love et Whitney, cette dernière ayant atteint la première place des radios dance américaines.

Son univers a également trouvé un écho auprès des publics queers : sa musique a notamment été utilisée dans Canada’s Drag Race, en plus d’apparaître dans les émissions Love Island et Canada Shore, ainsi que dans les jeux vidéo Just Dance, EA SPORTS FC et The Crew Motorfest.

Lauréate d’un prix SOCAN Dance Music en 2022, elle a remporté le JUNO de l’enregistrement dance de l’année en 2023.

Dans ses chansons comme dans ses prises de parole artistiques, Rêve défend l’individualité, la liberté d’expression et la possibilité de transformer la vulnérabilité en force. Une philosophie qui rejoint directement plusieurs des valeurs associées à l’Eurovision.

Son expérience de la musique électronique, son sens des refrains accrocheurs et son identité visuelle pourraient constituer de solides atouts dans un concours où les propositions les plus mémorables ne sont pas nécessairement les plus conventionnelles.

William Cloutier : de Star Académie à Starmania

Bien connu du public québécois, William Cloutier possède un parcours qui l’a déjà amené des plateaux de télévision aux grandes scènes européennes.

Passionné de musique depuis l’enfance, il se fait remarquer à 12 ans dans La Cour des grands, puis remporte Mixmania à 16 ans. Après une formation en théâtre, il revient à la chanson et gagne l’édition 2021 de Star Académie, une victoire qui donne un nouvel élan à sa carrière.

L’année suivante, il participe à la version française du film Lyle, le crocodile, en assurant la voix chantée du personnage principal, interprété par Shawn Mendes dans la version originale. Il se distingue également à la cinquième saison de Chanteurs masqués, avant de participer à Big Brother Célébrités en 2026, où il reçoit le prix Coup de cœur du public.

Ses deux albums, On ira et L’amour, lui ont permis de consolider sa place dans la pop québécoise. On ira lui vaut une nomination à l’ADISQ en 2022 dans la catégorie Album de l’année, tandis que sa chanson Où on dansait autrefois figure parmi les succès populaires de 2026.

Au-delà des chansons d’amour, William Cloutier s’intéresse également aux attentes sociales imposées aux hommes. Il s’est notamment exprimé sur la masculinité toxique et sur la nécessité de remettre en question certains modèles masculins traditionnels. Dans Comme des cons, une chanson tirée de son premier album, il aborde ces comportements et les contradictions d’une masculinité qui laisse parfois peu de place à la vulnérabilité et à l’expression des émotions.

Mais c’est surtout son passage dans Starmania qui pourrait lui servir à l’Eurovision. Dans le rôle de Johnny Rockfort, il a donné plus de 360 représentations en Europe et au Québec, devant plus d’un million de spectateurs.

Cette expérience lui a permis de développer une présence scénique adaptée aux grandes productions, où la voix, le jeu dramatique et la chorégraphie doivent fonctionner ensemble. Avec quelque 500 000 personnes qui le suivent sur les réseaux sociaux, il bénéficie également d’une importante communauté de fans.

Josiane : une voix acadienne entre deux langues

Josiane Comeau, qui se produit sous le nom de Josiane, apporte une autre couleur à cette sélection. Originaire de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, la chanteuse acadienne évolue naturellement entre le français et l’anglais, avec un accent chiac qui fait partie de sa signature.

Révélée au grand public par sa victoire à La Voix en 2020, elle signe ensuite avec Musicor et Parlophone France, une filiale de Warner Music. Sa musique, qui navigue entre la pop contemporaine et les ballades plus intimistes, lui permet de rejoindre un public au Canada comme en Europe.

Sa chanson Lose It All, qui a dépassé les six millions d’écoutes, illustre bien sa démarche artistique. Elle y aborde la nécessité de rester fidèle à soi-même, même lorsque cela implique de renoncer à une relation ou de traverser une rupture douloureuse.

Cette volonté de se choisir constitue également le fil conducteur de son premier album, Take care, paru en mars 2026. À travers des chansons parfois lumineuses, parfois vulnérables, elle explore les relations difficiles, la reconstruction personnelle et la recherche de sa propre valeur.

Avec sa voix puissante et nuancée, Josiane pourrait miser sur une approche plus émotionnelle de l’Eurovision, un concours où les ballades intenses ont aussi leur place. Son bilinguisme et son identité acadienne ajouteraient une dimension culturelle intéressante à une première représentation canadienne.

Talk : l’excentricité et le sens du spectacle

Avec ses tenues colorées, sa personnalité flamboyante et son goût pour les univers décalés, Talk, de son vrai nom Nicholas Durocher, semble déjà posséder plusieurs des ingrédients qui peuvent attirer l’attention à l’Eurovision.

Originaire d’Ottawa, il connaît un succès fulgurant en 2021 avec Run Away to Mars, une chanson écrite au milieu d’une nuit solitaire qui devient rapidement un phénomène international.

Son premier album, Lord of the Flies & Birds & Bees, atteint le statut multiplatine et lui ouvre les portes d’une tournée mondiale à guichets fermés. Il se produit notamment à Lollapalooza, à Osheaga et au festival RADAR en Suisse, ainsi que lors d’événements sportifs comme le Match des étoiles de la LNH et le Grand Prix de Formule 1 à Montréal.

En 2024, il remporte le JUNO de la Révélation de l’année et le prix Canadian Sync Artist of the Year. Il signe également la chanson-thème originale de la série télévisée Tracker.

Au-delà de sa musique, Talk cultive une image flamboyante qui s’éloigne des représentations traditionnelles de la masculinité dans le rock. L’artiste a déjà évoqué publiquement son rapport parfois difficile à son apparence physique et l’importance d’apprendre à s’accepter. Parmi ses grandes influences figurent Freddie Mercury et Elton John, deux figures emblématiques de la musique populaire et de la culture LGBTQ+. Sans avoir publiquement revendiqué d’identité queer, Talk possède un univers visuel et scénique qui pourrait trouver un écho particulier auprès du public de l’Eurovision.

Son prochain album conceptuel, The Ballad of Ozzy Moon, attendu au début de 2027, racontera l’histoire d’un musicien raté devenu lutteur amateur en quête de rédemption. Son premier extrait, Time Machine, a occupé la première place des palmarès radiophoniques canadiens pendant neuf semaines à l’été 2026.

L’exubérance visuelle de Talk pourrait parfaitement convenir à l’Eurovision, qui a souvent récompensé des artistes capables de créer un univers immédiatement reconnaissable. Son sens du spectacle et sa capacité à conjuguer émotion, humour et extravagance pourraient constituer de sérieux atouts sur cette scène internationale.

Tyler Shaw : une pop canadienne déjà bien implantée à l’international

Le cinquième finaliste, Tyler Shaw, mise sur une pop mélodique qui lui a permis de bâtir une carrière internationale depuis plus d’une décennie.

Originaire de Vancouver et Canadien d’origine chinoise, il se fait connaître en 2012 avec Kiss Goodnight, une chanson certifiée platine qui figure parmi les succès canadiens les plus diffusés à la radio durant la première moitié des années 2010.

Nommé au JUNO de la Révélation de l’année en 2014, il lance son premier album, Yesterday, en 2015. Son troisième album studio paraît en 2021, tout comme son album des Fêtes, A Tyler Shaw Christmas, qui lui permet de décrocher trois succès numéro un à la radio et une nouvelle nomination aux JUNO.

En 2022, sa reprise Love You Still (abcdefu Romantic Version), inspirée du succès de GAYLE, devient virale et lui ouvre de nouveaux marchés. Selon les données communiquées par Radio-Canada, ses chansons et ses vidéos totalisent aujourd’hui plus de 692 millions d’écoutes et 7,6 milliards de visionnements de vidéos courtes à travers le monde.

Il a obtenu des certifications Or à Singapour et en Malaisie, ainsi que Platine au Canada, en Inde et à Taïwan.

Sa collaboration avec le producteur et DJ polonais Gromee sur Fire, en 2025, lui permet d’atteindre la première place des palmarès en Pologne. En 2026, il entreprend sa première tournée européenne, avec des concerts à guichets fermés en Allemagne, en Autriche et au Royaume-Uni.

Cette expérience des marchés étrangers pourrait représenter un avantage appréciable dans une compétition où l’artiste doit séduire des publics qui ne le connaissent pas nécessairement.


L’Eurovision, une histoire intimement liée aux communautés LGBTQ+

Si l’Eurovision est d’abord une compétition musicale, sa place dans la culture LGBTQ+ dépasse depuis longtemps le simple divertissement. Avec ses costumes extravagants, ses chorégraphies spectaculaires, son goût pour la théâtralité et son mélange de pop, de kitsch et de glamour, le concours est devenu un rendez-vous incontournable pour une partie importante des communautés queers européennes.

Cette relation ne repose toutefois pas uniquement sur l’esthétique. Au fil des décennies, l’Eurovision a offert une visibilité internationale à des artistes LGBTQ+ et à des performances qui ont contribué à faire évoluer les représentations de la diversité sexuelle et de genre dans la culture populaire.

En 1998, la chanteuse trans israélienne Dana International remporte le concours avec Diva, devenant l’une des premières grandes figures trans à connaître une telle consécration médiatique internationale. Sa victoire marque un tournant dans l’histoire de l’événement.

En 2014, l’artiste autrichienne Conchita Wurst, personnage scénique créé par Thomas Neuwirth, remporte le concours avec Rise Like a Phoenix. Sa barbe, sa robe de soirée et sa performance deviennent les symboles d’une affirmation publique de la diversité des expressions de genre, dans une Europe où les droits LGBTQ+ demeurent très inégaux.

Dix ans plus tard, en 2024, Nemo remporte l’Eurovision pour la Suisse avec The Code, une chanson abordant notamment son parcours d’affirmation d’une identité non binaire. Cette victoire confirme que les questions d’identité et de genre peuvent occuper une place centrale dans une compétition suivie par des millions de personnes.

L’Eurovision n’a cependant jamais été à l’abri des tensions politiques. Les débats sur la participation de certains pays, les manifestations et les controverses entourant la liberté d’expression rappellent que son image de grande fête inclusive cohabite avec des réalités géopolitiques parfois difficiles. La célébration de la diversité ne fait pas disparaître ces contradictions.

Pour les artistes queers, le concours demeure néanmoins une plateforme rare, capable de transformer une performance de trois minutes en phénomène culturel international.

Dans ce contexte, la présence de Rêve parmi les finalistes canadiennes et canadiens possède une résonance particulière. Sans présumer du choix du public, son parcours témoigne des liens profonds entre les cultures musicales LGBTQ+ et l’univers de l’Eurovision.

Une première canadienne qui pourrait ouvrir des portes

Même si le Canada participera officiellement pour la première fois en 2027, plusieurs artistes d’ici ont déjà marqué l’histoire de l’Eurovision. La plus célèbre demeure évidemment Céline Dion, qui avait remporté le concours pour la Suisse en 1988 avec Ne partez pas sans moi.

L’entrée officielle du Canada est devenue possible après l’adhésion de CBC/Radio-Canada à titre de membre à part entière de l’Union européenne de radio-télévision, en juin 2026. Le pays sera le premier nouvel arrivant au concours depuis l’Australie, en 2015.

La 71e édition se déroulera à Bourgas, en Bulgarie, avec les demi-finales les 11 et 13 mai et la grande finale le 15 mai 2027. Le représentant canadien devra d’abord franchir l’étape des demi-finales pour accéder à la finale.

La compétition représente une occasion de rayonnement considérable. Selon CBC/Radio-Canada, l’édition 2026, présentée à Vienne, a attiré plus de 130 millions de téléspectateurs dans 35 marchés. Sur les réseaux sociaux, les contenus liés au concours ont également généré des centaines de millions de visionnements.

Autre particularité de la démarche canadienne : le public choisit d’abord l’artiste, et non la chanson qui sera présentée à l’Eurovision. Une fois le représentant désigné, CBC/Radio-Canada collaborera avec lui et des professionnels de l’industrie musicale pour développer la chanson et la prestation qui seront proposées au concours.

Un jury de professionnels, puis le vote du public

Les cinq finalistes ont été sélectionnés lors d’une réunion tenue à Toronto le 8 octobre par un jury composé de Maurin Auxéméry, directeur principal de la programmation du Festival international de jazz de Montréal, des Francos et de Montréal en lumière; Sam Chouinard, chorégraphe et metteur en scène collaborant notamment avec le Cirque du Soleil; Orin Isaacs, compositeur, producteur et directeur musical; Shawn Myers, stratège et spécialiste de l’Eurovision; et Élisabeth St-Gelais, soprano de réputation internationale. Dany Meloul, vice-présidente principale de Radio-Canada, et Douglas Smith, vice-président principal de CBC, participaient également au jury.

La firme PricewaterhouseCoopers LLP agit comme vérificatrice officielle du processus, notamment pour assurer l’intégrité du système de vote et le dépouillement sécurisé des résultats.

Le public peut visionner les prestations des cinq finalistes et voter sur radio-canada.ca/eurovision, jusqu’au jeudi 5 novembre à 23 h 59, heure du Pacifique, soit le vendredi 6 novembre à 2 h 59 au Québec.

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