Après quatorze ans d’absence, un jeune homme revient dans son village natal, sur une île isolée de la mer du Nord. Mais personne ne semble le reconnaître, pas même ses proches. Avec Trial of Hein (Der Heimatlose), le cinéaste allemand Kai Stänicke signe un premier long métrage intrigant, entre drame psychologique et fable queer, où les souvenirs, les secrets et les préjugés d’une petite communauté finissent par se confondre. Le film a remporté le prix du jury des Teddy Awards à la Berlinale 2026.
Hein (Paul Boche) revient sur l’île où il a grandi après avoir passé quatorze années sur le continent. Il espère retrouver les lieux de son enfance et renouer avec ses proches, notamment Friedemann (Philip Froissant), son ancien meilleur ami, avec lequel il entretenait une relation particulièrement étroite.
Mais son arrivée provoque la méfiance. Les habitants affirment ne pas le reconnaître et le soupçonnent d’être un imposteur. Même sa famille remet son identité en question. Pour déterminer s’il est réellement celui qu’il prétend être, la communauté organise un procès au cours duquel Hein devra prouver qu’il est bien l’enfant du village parti des années auparavant.


Des souvenirs qui dérangent
Au fil des témoignages, les contradictions se multiplient. Les souvenirs de Hein ne correspondent pas à ceux des villageois, qui semblent partager une version différente de leur passé commun. La suspicion grandit et les interrogatoires prennent une tournure de plus en plus inquiétante.
Derrière cette étrange procédure se dessinent progressivement les secrets d’une communauté soucieuse de préserver ses traditions et ses apparences. Le passé de Hein, notamment les sentiments homosexuels qui le liaient à Friedemann, vient troubler un équilibre que les habitants préféreraient ne pas remettre en question.
Le cinéaste s’intéresse aux mécanismes du rejet et à la manière dont les souvenirs peuvent être déformés, voire effacés, lorsqu’ils dérangent l’ordre établi. Le procès devient alors le révélateur des tensions et des non-dits qui traversent cette communauté isolée.
Kai Stänicke donne à son récit une esthétique inhabituelle. Les maisons du village sont représentées par des constructions rudimentaires rappelant les décors de Dogville de Lars von Trier. Les paysages venteux de la mer du Nord, la photographie aux couleurs atténuées et les décors dépouillés contribuent à créer une atmosphère étrange, presque intemporelle. L’île semble vivre à l’écart du monde, selon des règles que personne n’ose véritablement contester.
Déjà remarqué pour plusieurs courts métrages queer, Kai Stänicke poursuit ici son exploration des rapports entre homosexualité, identité et pression sociale. La relation entre Hein et Friedemann occupe une place importante dans cette histoire où les sentiments longtemps refoulés continuent de peser sur le présent.
Présenté en première mondiale à la Berlinale 2026, où il a remporté le prix du jury des Teddy Awards, Trial of Hein est un premier long métrage ambitieux, dont l’étrangeté et la tension psychologique accompagnent une réflexion sur les conséquences du silence et de l’intolérance.
INFOS | TRIAL OF HEIN (DER HEIMATLOSE) Film de Kai Stänicke, Allemagne, 2026. Avec Paul Boche, Philip Froissant, Emilia Schüle et Stephanie Amarell. 122 minutes.
Ce film sera présenté dans sa version originale allemande, sous-titrée en anglais, dans le cadre du 39e festival de films LGBTQ image+nation, le 21 novembre 2026, à 16:45, au Cinéma JA de Sève (LB-125). Concordia University1400 Boul. de Maisonneuve O. Montréal, QC H3G 1M8 (métro Guy-Concordia) BILLETS.
Billetterie : https://image-nation.org