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Neagley : « Ne cours pas après le brouillard avec un filet à papillons ! »

Complètement nu, un homme trouve la mort devant une rame de métro lancée à toute allure. Le constat est en apparence simple : la victime, Tommy, était droguée et s’est donc donné la mort. Neagley, amie d’enfance du défunt et détective privée, se lance dans une enquête où elle devra se colleter à une vaste conspiration, ainsi qu’à son propre passé.

Dérivée de Reacher, qui y fait d’ailleurs deux apparitions savoureuses, cette nouvelle série suit le parcours de Frances Neagley (Maria Sten), qui prêtait main-forte à Jack Reacher au cours des trois premières saisons : le personnage s’est révélé si marquant qu’il a eu droit à sa propre série. Neagley n’a pourtant rien de naturellement attachant ; on pourrait même dire qu’elle est carrément asociale. Mais c’est justement ce qui la rend si fascinante. Comme dans la série mère, ne vous attendez pas à une véritable représentation LGBTQ+. En revanche, Neagley met également en scène des personnages qui déjouent les stéréotypes masculins et féminins, à commencer par son héroïne, une véritable force de la nature.

Ne cours pas après le brouillard avec un filet à papillons !
Étrangement, cette première saison adopte la même prémisse que la quatrième de Reacher : un suicide dans le métro. Contrairement au très stoïque Reacher, cette nouvelle série n’hésite pas à sonder la psychologie de son personnage principal, en particulier son haptophobie, soit la peur de toucher ou d’être touchée. On pourrait croire qu’il s’agit d’un traumatisme artificiellement imposé à l’héroïne, mais il n’en est rien : cet élément nourrit un arc narratif passionnant et joue un rôle déterminant dans l’intrigue principale. Frances Neagley n’hésite pas à fouiller un passé qui lui échappe, malgré les nombreuses mises en garde qu’elle reçoit, lui indiquant qu’elle s’agrippe à du vent.

L’enquête la conduit vers une communauté/secte dirigée par l’inquiétant Lawrence Cole (Damon Herriman) et dans une affaire impliquant des expérimentations pharmaceutiques. Habituée à travailler seule, elle doit également se résoudre à collaborer avec une équipe improvisée : l’enquêteur de police Hudson Riley (Greyston Holt), Renee (Adeline Rudolph), qui aspire elle-même à devenir enquêtrice, et Keno (excellent Jasper Jones), un jeune itinérant qui cherche à échapper à son passé.

La série n’hésite pas à inverser plusieurs des conventions du genre : Frances n’est ni la partenaire sentimentale ni la protégée d’un héros masculin ; elle est, au contraire, le personnage le plus compétent et le moteur de l’action. À l’inverse, les hommes qui l’entourent ne sont pas diminués pour la mettre en valeur. Chacun possède des forces et des faiblesses qui contribuent à leur richesse et complexité. Ainsi, Hudson tente d’échapper à une réputation de ripou qui lui colle à la peau, parce que sa famille dirige le crime organisé. Keno a été ballotté d’une famille d’accueil à l’autre depuis sa naissance. Quant à Renee, elle cherche à s’imposer tout en composant avec la disparition de son frère. Chacun est donc habité de meurtrissures qui ne sont pas mises à l’avant-scène, mais qui ont un impact sur leurs décisions.

À cela s’ajoutent des antagonistes particulièrement retors, à commencer par Pierce Woodrow, un homme d’affaires froid et imperturbable auquel l’acteur Matthew Del Negro confère une présence glaçante. Alors qu’il assiste à une expérience qui a perdu tout contrôle, un assistant lui demande : « J’mets fin à l’orgie et je les ramène à leurs chambres ». Il jette un regard dédaigneux sur la salle et lance simplement : « Non, laisse-les finir ! »

Le rythme est soutenu, voire haletant, de la première à la dernière seconde, et les personnages extrêmement bien ficelés. La série affrontait un réel défi, celui de n’être qu’un sous-produit féminin de Reacher. Pari gagné, puisqu’on se trouve devant un personnage original, tiraillé par sa difficulté à créer des liens, son analyse froide des enjeux et sa propension à lever les poings. Tout au long des épisodes, la série nous maintient sur la corde raide, ce qui est révélateur d’un scénario bien ficelé où il n’y a pas ou peu d’intouchables. Une saison 2 est déjà annoncée et on l’attend avec une grande impatience.

INFOS : Les huit épisodes de la série Neagley sont disponibles, en anglais et dans deux doublages français, dont un excellent réalisé au Québec, sur Prime Video.

Benoit Migneault

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