Vendredi, 23 janvier 2026
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    Le Mardi Gras de Sydney critiqué pour avoir refusé de placer les droits trans au cœur de l’édition 2026

    Les organisateurs du Sydney Gay and Lesbian Mardi Gras essuient une vague de critiques après avoir refusé d’appuyer une motion demandant que l’édition 2026 mette explicitement en avant les droits des personnes trans et non binaires. 

    Selon un communiqué publié mardi 20 janvier, le conseil d’administration de cette grande célébration LGBTQ+ australienne — l’une des plus importantes du pays, organisée chaque février et née dans les années 1970 — a décidé de ne pas retenir une série de résolutions « opérationnelles » proposées lors de l’assemblée générale annuelle, tenue en novembre dernier.

    « Embrace trans rights, not Trump »

    Parmi les textes rejetés, une résolution intitulée « embrace trans rights, not Trump » (« embrasser les droits trans, pas Trump ») invitait le Mardi Gras à faire des droits des personnes trans et non binaires un axe central de l’édition 2026. Le document suggérait notamment d’encourager les chars et groupes participant au défilé à afficher leur soutien à la communauté trans, tout en condamnant le président américain Donald Trump.

    La direction a cependant refusé cette proposition — comme deux autres résolutions — au motif qu’une telle orientation risquerait de restreindre la « direction créative » des participants au défilé. Le conseil affirme aussi que ces mesures seraient « incompatibles avec le processus de candidature standard » qui encadre la participation des groupes et organisations.

    Dans son communiqué, le conseil explique vouloir préserver la cohérence entre les « valeurs », les « priorités stratégiques » et la « viabilité à long terme » de l’événement.

    Le conseil dit soutenir les personnes trans, mais refuse une consigne politique

    « Mardi Gras se tient fièrement aux côtés des communautés trans et des personnes aux identités de genre diverses. Nous sommes, et nous resterons, des alliés visibles et actifs », assure un porte-parole. La décision, ajoute-t-il, reflète la responsabilité du conseil de « respecter l’indépendance et la diversité des participants au défilé », d’éviter que la participation soit « utilisée pour obtenir des résultats politiques », et d’agir conformément à une gouvernance jugée responsable ainsi qu’à la charte éthique de l’organisation.

    Le communiqué évoque aussi le climat tendu ayant suivi l’assemblée de novembre. L’organisation affirme que des membres du conseil et du personnel auraient été la cible de commentaires « personnels et nuisibles » en ligne, et mentionne une « campagne coordonnée de courriels » qui aurait cherché à influencer la prise de décision. « Cibler, intimider ou tenter de faire pression sur le personnel ou le conseil n’est pas acceptable », indique encore la direction, y voyant une attitude contraire aux valeurs communautaires qu’elle défend.

    Les militants dénoncent une « attaque » et un renoncement politique

    La réaction ne s’est pas fait attendre. Evan Gray, porte-parole du collectif Pride in Protest — à l’origine de la résolution — accuse le conseil d’administration de retourner le débat contre la communauté trans en la présentant comme menaçante. Selon lui, l’organisation « attaque » les personnes trans en suggérant que leurs revendications seraient une « imposition », et en laissant entendre que la défense de leurs droits serait contraire à « la nature » même du Mardi Gras.

    Même tonalité du côté de Charlie Murphy, femme trans et ancienne membre du conseil, qui voit dans ce refus un choix politique lourd de sens. La décision, dit-elle, revient à « abandonner délibérément la communauté trans sur le plan politique », alors que les droits des personnes trans « sont en recul » en Australie. Elle reproche aussi au conseil de défier sa base militante : « Mardi Gras choisit de désobéir à ses membres et aux motions adoptées », affirme-t-elle, rappelant que par le passé l’organisation aurait, au moins partiellement, donné suite à certaines résolutions de ce type.

    Murphy va plus loin : elle affirme que, durant son mandat, des membres auraient fait l’objet de « mesures disciplinaires » en raison de leur participation à des actions politiques. Elle dit elle-même avoir été écartée du conseil après avoir pris part à une manifestation pour les droits queer en 2021.

    « Risque de gouvernance » ou mise au pas politique?

    L’ancien directeur du conseil, Luc Velez, critique lui aussi la décision. À ses yeux, le conseil serait soit « ignorant » de l’histoire récente de plaidoyer du Mardi Gras, soit en train de « déformer la démocratie interne » en présentant les résolutions comme un « risque de gouvernance », au service d’intérêts politiques — notamment ceux de responsables travaillistes.

    Velez accuse en particulier le conseil de chercher à ménager les autorités, en permettant au premier ministre australien Anthony Albanese de défiler à nouveau lors de la prochaine parade, comme l’an dernier, malgré un manque présumé d’engagement réel « pour défendre la communauté ».

    De leur côté, les coprésidents du Mardi Gras, Kathy Pavlich et Mits Delisle, soutiennent que la décision vise d’abord à réduire les « défis pratiques » liés à l’organisation du défilé, et à protéger l’événement de risques « juridiques, financiers ou réputationnels ». Ils ajoutent que certaines résolutions auraient pu avoir un « double effet » : favoriser l’inclusion tout en créant un mécanisme susceptible de « faire honte » ou de pénaliser les participants qui ne se conformeraient pas aux attentes.

    Une fracture qui révèle un débat plus large

    Au-delà du cas de Sydney, l’affaire met en lumière une tension récurrente au sein des grands événements de la Fierté : jusqu’où une organisation peut-elle — ou doit-elle — aller pour assumer un positionnement politique explicite, sans perdre sa capacité de rassemblement? Et, surtout, comment concilier l’affirmation d’un soutien aux personnes trans avec le refus d’en faire une priorité structurante, à un moment où ces droits deviennent, dans de nombreux pays, le terrain privilégié des offensives réactionnaires?

    À Sydney, la controverse risque de laisser des traces. Entre la direction, qui invoque la neutralité organisationnelle et la protection de la parade, et des militants qui y voient un renoncement face à l’urgence, le Mardi Gras se retrouve sommé de répondre à une question devenue centrale dans le mouvement LGBTQ+ : l’allié « visible » suffit-il, quand les droits reculent?

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