Jeudi, 28 mai 2026
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    Alexis et Joephillip : un amour à la croisée des cultures

    La relation entre Alexis Cousineau et Joephillip Lafortune est émouvante. Malgré la distance souvent imposée par leurs métiers, malgré les différences marquées de leurs origines culturelles, malgré le fait que l’un se décrive comme un enfant de la mélancolie et l’autre comme un garçon au bonheur facile, les amoureux se rejoignent avec une humanité inspirante.

    Quand vous êtes-vous rencontrés ?
    Joe : Le 23 janvier 2025. On échangeait depuis deux semaines sur Hinge. J’étais à Québec,
    car je jouais au théâtre dans Les gens, les lieux, les choses, et je revenais à Montréal pour une fin de semaine.

    Alexis : Je n’avais pas dormi depuis 48 h. Ça faisait deux jours qu’on organisait des raves à l’espace dont je suis responsable. J’étais au bout de ma vie. Joe m’a dit qu’il était en ville pour 24 h et qu’il aimerait me rencontrer. Je me sentais beaucoup trop fatigué. Il a insisté en précisant qu’il avait fait un cours de massothérapie et qu’il pourrait m’offrir un massage pour décompresser. J’ai fini par accepter, en lui disant qu’il devrait partir à 22 h 30.

    Joe : Je suis arrivé chez lui avec deux bouteilles de vin. Quand on s’est vus, il y a eu une seconde de flottement : on s’est regardés en appréciant ce qu’on voyait. On a discuté. Je lui ai massé les pieds.
    Alexis : Il m’a aussi dit qu’il avait menti et qu’il n’avait pas suivi de cours en masso.

    Joe : Je suis quand même un bon masseur.

    Comment avez-vous compris qu’il se passait quelque chose de sérieux ?
    Alexis : Quand je suis allé le voir jouer à Québec. J’adore le théâtre, la pièce me parlait et j’avais envie de le voir en action. Sur scène, je l’ai vu dans son élément. Je sentais qu’il s’était trouvé, qu’il était enligné et sur le chemin d’un certain épanouissement. Il était sur X, content d’être là et content de me voir.

    Joe : Je ne comprenais pas pourquoi Alexis était autant investi, alors qu’il ne me connaissait pas. Chaque fois qu’on échangeait, il était franc par rapport à ce qu’il disait. Ses actions suivaient toujours ses paroles. À Québec, il m’a apporté des fleurs à la dernière représentation. J’étais sur le cul. C’était un vent de fraîcheur, après les relations que j’avais eues, de voir quelqu’un qui n’avait pas peur d’être présent et transparent sur comment il se sentait et ce qu’il avait envie de vivre. Ça m’a happé.

    Alexis : Le 5 mars 2025, Joe était chez moi, sur le divan. Je me suis installé à cheval sur lui, je l’ai regardé et j’ai dit : « Ça te tente-tu d’être mon copain officiellement ? »

    Joe : On s’était déjà dit qu’on allait bien ensemble et qu’on était exclusifs. On sentait que quelque chose s’installait.

    Alexis : J’ai quand même tenu à ce qu’on vive dans le monde du « dit ».

    Qu’est-ce qui vous séduit chez l’autre ?
    Alexis : Son écoute, sa réceptivité, son désir de faire mieux pour lui-même et pour l’autre. Je n’avais jamais été dans des relations où les personnes avaient autant envie d’être là. Je suis charmé par sa capacité d’émerveillement. On rit vraiment beaucoup. On est deux gamins ensemble.

    Joe : Alexis est présent émotionnellement, physiquement et mentalement, peu importe ce que je lui partage. Il m’accueille tout le temps, sans interpréter, en me laissant exprimer ce que je ressens. Je n’avais jamais connu ça dans ma famille et dans mes relations. Aussi, je n’avais jamais croisé quelqu’un qui était plus content que moi pour mes succès. Je ne savais pas qu’on avait le droit de se réjouir comme ça pour nos victoires. Il me refait découvrir les petites émotions de base. Alexis a le bonheur facile et je suis un enfant de la mélancolie. C’est plaisant de vivre avec quelqu’un qui te rappelle que les choses peuvent être simples et douces.

    Alexis est pêcheur d’oursins et doit souvent s’absenter de Montréal. Comment composez-vous avec ça ?
    Alexis : Comme Joe n’a jamais fait partie de ma vie à la pêche, je retombe dans une routine où il n’a jamais été présent. Mes relations sont établies là-bas. Il n’y a pas de changement, outre le fait qu’il soit loin. C’est plus facile pour moi à départager, car il appartient à Montréal.

    Joe : On ne va pas se le cacher, Alexis fait partie intégrante de mon quotidien. Quand il part, c’est difficile, les premières semaines, de ne pas avoir mon confident de tous les jours. Cela dit, chaque fois qu’il quittait, c’étaient des périodes de grand travail pour moi, avec des tournages ou des répétitions. J’avais moins le temps de me laisser submerger par la mélancolie.

    Alexis, tu as une fibre artistique. Comment composes-tu avec un amoureux qui vit de son art ?
    Alexis : Je me sens choyé de partager ce qu’il vit. Comme je connais la mise en scène
    et les rapports entre artistes, ça me permet d’être plus à l’écoute. Cela dit, j’ai mon espace de diffusion à Montréal qui m’occupe à l’année : si je n’avais pas ça, peut-être que ça me gosserait qu’il soit artiste à temps plein.

    Joe : On n’évolue pas dans les mêmes sphères artistiques, alors il n’y a pas de compétition entre nous.
    Alexis : S’il était un artiste visuel, peut-être qu’on irait plus dans les comparaisons.

    Joe : Je sens que mon métier a redonné du feu à Alexis pour replonger dans sa photo, son dessin et ses projets d’arts visuels. Moi, quand je le vois à la pêche, ça me rappelle qu’il y a autre chose que le théâtre, la télé et le cinéma.

    À quel point sentez-vous que vous venez de milieux culturels différents ?
    Joe : Je suis un immigrant de deuxième génération, né à Montréal dans une famille haïtienne religieuse. Mon éducation et ma vie familiale sont presque complètement à l’opposé de celles d’Alexis. Ma mère n’est pas super accueillante face à ma sexualité. Dès que mes projets parlent de queerness, je n’ai pas de soutien de ma famille. Ma mère est venue voir Corps fantômes et ça s’est très mal passé. On est en froid depuis. Je n’ai pas passé Noël avec elle à cause de ça, notamment. Alexis a un parrain gai, des parents super accueillants, sa sœur l’adore et ils m’accueillent pleinement. Je trouve ça très confrontant de voir ces deux côtés de la médaille. Je réalise à quel point je n’ai pas été entouré et que je ne viens pas d’une place de bonheur et d’acceptation. Sa famille remplie d’amour me rappelle à quel point j’en ai manqué. C’est difficile à accepter.

    Alexis : On a aussi entendu nos premiers commentaires homophobes criés dans la rue, en voyage en Martinique dernièrement.

    Joe : Dans les Antilles, c’était terriblement homophobe. Partout où on allait, on se faisait dévisager, même si on n’exprime pas notre affection en public. Des gangs de messieurs nous pointaient et se parlaient en créole en disant : « Regarde le gars noir avec sa petite copine blanche ». C’est tout juste s’ils n’ont pas craché par terre quand on est passés.

    Alexis : On sentait plusieurs regards parce qu’on est un couple biracial, alors que les Blancs et les Noirs ne se mélangeaient pas beaucoup dans la rue.

    Joe : Comme j’ai grandi en développant mon hypervigilance, je suis plus alerte à tout ça. Quand j’en parlais à Alexis, il a commencé à en prendre conscience. Ce n’est pas un reproche du tout. J’avais la boule au cœur en lui parlant, car ça venait teinter son voyage de devoir faire attention à ces regards-là.

    Alexis : Ça nous a fait réaliser à quel point on est chanceux d’être au Québec. On est bien
    à Montréal.

    Vous pouvez suivre : Joepjillip Lafortune au instagram.com
    Alexis Cousineau au instagram.com

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