Vendredi, 19 juin 2026
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    Alex Viens explore les violences de l’été

    Certaines personnes se réveillent la nuit pour détester l’été. À leurs yeux, les canicules, la peau moite, les insectes indésirables et les déménagements qui détruisent le dos justifient leur haine. Pourtant, il y a bien plus. Dans son premier recueil aussi sensible que percutant, Je veux toujours mourir l’été, Alex Viens aborde de front ce que révèle le saison chaude : inégalités sociales, pauvreté, injonction à la nudité partielle, troubles alimentaires et détresse psychologique.

    Fais-tu partie des gens heureux qu’on annonce un été moins chaud que la moyenne?
    Alex Viens : Crisse oui! En même temps, ce n’est jamais un soulagement quand on nous
    annonce que c’est moins pire que les dernières fois. C’est juste un petit sursaut avant l’inévitable réchauffement climatique dans lequel on est déjà. Même si la moyenne de l’été sera moins chaude, les étés commencent plus tôt et les automnes plus tard. On est en marche vers quelque chose de plus grand et de catastrophique.

    Après avoir publié deux romans (Combustion libre, Les pénitences), qu’est-ce qui t’a donné envie de nous offrir de la poésie?
    Alex Viens : Je voulais écrire deux romans en bonne et due forme, avant de me donner la liberté de faire un projet qui me permettrait de décloisonner mon écriture. J’avais aussi envie d’un processus d’édition plus rapide et que ça sorte dès que possible. Mes études en cinéma m’ont permis de comprendre que je pourrais m’approprier la poésie, pour en faire quelque chose qui explore un concept, plutôt que de raconter une histoire. Je voulais me libérer de l’idée de construire un univers en respectant une logique de progression.

    À quel point calques-tu le joual de ton père, sa musicalité et ses manières de dire?
    Alex Viens : Il m’a laissé beaucoup de choses que je dois dénouer en thérapie… et une manière de parler. Quand j’ouvre la bouche, les gens m’écoutent. Je rejoins les gens quand je prends parole, parce que je tiens à m’exprimer avec ce que j’ai dans le cœur. Je veux trouver les bons mots, sans sacrifier là d’où je viens. J’ai envie de toucher les gens et que mes paroles les remuent. Dans la langue de mon père, il y a un charisme et une intelligence, même s’il n’était pas un homme qui avait eu accès à des études.

    Ton livre est-il un wake-up call pour les personnes qui ne voient pas les petites et grandes horreurs de l’été?
    Alex Viens : J’espère que c’est un wake-up sur le fait que tout devient plus chaud et plus cher. C’est difficile de trouver les vêtements appropriés pour l’été quand tu es « fat » et que tu ne rentres pas dans les tailles régulières. C’est difficile de te loger quand tu travailles au salaire minimum, quand les loyers augmentent sans arrêt et quand tu te fais exproprier. Pour moi, en été, tout est dans ta face. Plus rien n’est caché. On voit encore plus la pauvreté, les inégalités, les violences sociales, les corps atypiques.

    Tu évoques l’injonction de se dénuder. En quoi l’été peut-il exacerber les standards de beauté et les troubles alimentaires?
    Alex Viens : Quand la canicule te coupe l’appétit, si tu souffres le moindrement d’un trouble alimentaire, tu vas te féliciter d’avoir réussi à skipper un repas. C’est aussi une saison durant laquelle les corps sont exposés. À l’adolescence, j’ai passé tellement d’étés à porter des jeans, plusieurs couches de camisole et un cardigan pour me couvrir. Dans les dernières années, j’ai pris du poids et j’ai dû trouver un moyen d’être confortable pour sortir dehors. Je devais me confronter au mouvement de se déshabiller l’été et accepter de quoi j’ai l’air. Mon corps est le véhicule avec lequel j’expérimente la vie et on s’en câlice qu’il y ait du jiggle.

    Tu écris que c’est plus facile être trans quand t’es mince. Pourquoi?
    Alex Viens : Autour de moi, certaines personnes ont fait des transitions, alors que la mienne tardait à venir. Plusieurs choses auxquelles j’aurais voulu avoir accès m’étaient empêchées en raison de mon poids. Les barrières d’accès aux chirurgies sont discriminatoires. J’ai fait des demandes pour une mastectomie et j’ai eu beaucoup de choses à prouver au niveau de ma santé pour démontrer que j’étais apte à recevoir la chirurgie, alors que si je demandais de me faire brocher l’estomac, je n’aurais aucun mal à l’obtenir. Les préoccupations sur ma santé en lien avec une anesthésie n’existent pas si c’est pour maigrir… Donc, une personne trans mince aura moins de mal à accéder aux soins et à faire une transition pour que les gens soient suffisamment convaincus de sa transition.

    Dans ton recueil, tu identifies aussi l’été comme la saison durant laquelle sont apparues des envies de mort et cette impression qu’il fait plus beau quand tu t’effaces. Comment as-tu décidé d’aborder ces thèmes importants en lien avec l’été?
    Alex Viens : Pour ce livre-là, je voulais parler du corps, de déménagement, de bibites et de pauvreté. Les parties qui parlaient plus frontalement de la dépression et d’envies suicidaires, à un moment donné, ça s’est imposé. Je parlais de tout ce qui contribue à ce que la santé mentale prend un coup durant l’été, mais il y avait quelque chose à aborder plus frontalement.

    On s’évertue à croire que la pauvreté est un trauma et que ça affecte la santé mentale, mais moi, j’ai fait des dépressions majeures l’été, en raison de toutes ces choses-là combinées : le fait de ne pas pouvoir sortir de chez moi, de sentir que je passais à côté de ma vie ou que je n’avais pas les moyens d’accéder à la joie que je voyais tout le monde expérimenter, parce que ça prend des sous pour profiter de l’été.

    C’était des saisons très solitaires. Je me sentais délaissé-e. Si tu n’as pas de famille ou qu’elle est dysfonctionnelle, et si les gens autour de toi n’ont pas la même définition d’une structure familiale choisie, on peut facilement se sentir laissé-es en arrière. Il y avait des liens évidents à tracer avec des étés difficiles à traverser.

    INFOS | JE VEUX TOUJOURS MOURIR L’ÉTÉ, de Alex Viens, Éditions Poètes de Brousse, 2026.

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