À l’approche du Mois de la Fierté, une nouvelle étude révèle qu’une proportion importante des personnes LGBTQ+ ne se reconnaît pas pleinement dans les célébrations qui occupent les rues et les espaces publics chaque mois de juin.
Défilés, festivals, fêtes et campagnes publicitaires aux couleurs de l’arc-en-ciel sont devenus des symboles incontournables de la Fierté. Pourtant, pour plusieurs membres de la communauté, cette visibilité accrue ne se traduit pas nécessairement par un sentiment d’inclusion.
Selon une enquête menée par l’application de rencontres LGBTQ+ Taimi auprès de 1 100 adultes LGBTQ+, seulement 59 % des répondants affirment se sentir au moins partiellement représentés par le Mois de la Fierté. À l’inverse, 17 % disent ne s’y être jamais reconnus, 14 % estiment être mal représentés et 9 % affirment ne pas être représentés du tout.
Ces résultats témoignent d’un malaise croissant face à une célébration que plusieurs perçoivent comme de plus en plus déconnectée de la diversité des réalités LGBTQ+.
Des communautés encore invisibilisées
L’étude révèle également que seulement un quart des personnes interrogées considèrent que les célébrations grand public de la Fierté sont véritablement inclusives.
De nombreux répondants estiment que certains groupes demeurent sous-représentés. Ainsi, 25 % jugent que les personnes LGBTQ+ racisées ainsi que les personnes trans et non binaires ne bénéficient pas d’une visibilité suffisante. De leur côté, 27 % croient que les personnes bisexuelles et pansexuelles sont marginalisées dans les célébrations, tandis que 29 % estiment que les membres de la communauté vivant à l’extérieur des grands centres urbains sont eux aussi largement oubliés.
Ces perceptions soulignent les défis persistants liés à la représentativité au sein même des événements censés célébrer la diversité des expériences queer.
Une méfiance envers le marketing de la Fierté
L’enquête s’est aussi intéressée aux campagnes promotionnelles menées par les entreprises durant le Mois de la Fierté.
Près du quart des répondants (23 %) affirment se méfier des marques qui lancent des initiatives ou des campagnes publicitaires aux couleurs de l’arc-en-ciel. Pour 19 % des personnes interrogées, ces démarches relèvent davantage de la performance marketing que d’un engagement réel envers la communauté.
Cette méfiance se traduit parfois par des comportements concrets : 9 % des répondants affirment éviter activement les entreprises qu’ils considèrent opportunistes, tandis que 16 % disent néanmoins apprécier la visibilité supplémentaire que ces campagnes procurent aux personnes LGBTQ+.
Une pression à « performer » son identité
L’étude met également en lumière un aspect moins souvent abordé des célébrations de la Fierté : la pression sociale ressentie par certaines personnes LGBTQ+.
Quarante et un pour cent des répondants affirment ressentir une forme de pression à adopter une attitude ou une image qui ne correspond pas à leur vécu durant les festivités. À peine 32 % disent considérer la Fierté comme une célébration qu’ils apprécient réellement sans réserve.
Certains témoignages recueillis illustrent ce malaise.
« J’ai l’impression d’être un singe de cirque qu’on exhibe en spectacle », a confié un participant.
Une autre personne a indiqué ressentir une pression venant même de ses alliés : « Je sens qu’on s’attend à ce que je sois plus stéréotypiquement gai pendant le Mois de la Fierté. »
Un contexte politique qui inquiète
L’environnement politique actuel influence également la façon dont certaines personnes vivent la Fierté.
Un répondant sur dix affirme éviter complètement les espaces publics LGBTQ+ durant cette période en raison du climat politique. Par ailleurs, 45 % disent être devenus plus prudents ou plus sélectifs quant aux lieux qu’ils fréquentent pendant les célébrations.
Alors que la visibilité LGBTQ+ fait l’objet de débats de plus en plus polarisés dans plusieurs pays, ces résultats suggèrent que la Fierté demeure un espace essentiel pour de nombreuses personnes, mais qu’elle soulève aussi des questions importantes sur l’inclusion, la représentation et le sentiment d’appartenance au sein même de la communauté.
Pour plusieurs observateurs, le défi des prochaines années sera donc de préserver la dimension festive et rassembleuse de la Fierté tout en veillant à ce qu’elle reflète davantage la diversité des expériences LGBTQ+, au-delà des grandes scènes, des commanditaires et des symboles arc-en-ciel.

