Samedi, 10 Décembre 2022
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    Le sérotriage comme moyen de prévention?

    Si, au niveau national, les Américains ont connu 11% d’augmentation des contaminations chez les gais (dans les États où le comptage a été fait, ce qui exclut des villes comme New York ou San Francisco), la ville de San Francisco montre un profil moins décourageant. D’après le dernier bilan épidémiologique qui concerne l’année 2003, l’épidémie a pris un nouveau virage dans cette ville. Auparavant, on observait une résurgence de la transmission du VIH chez les gais, soit dans les dernières années de la dernière décennie.

    Mais les conclusions étaient fondées sur les tendances à l’augmentation des comportements sexuels à risques, des infections sexuellement transmissibles et de l’incidence VIH elle-même (le nombre de nouveaux cas de contaminations par an) qu’on trouvait dans certaines études. Les auteurs du présent rapport détectent maintenant une forme plus complexe de l’épidémie. Les dernières données montrent en effet que l’incidence VIH s’est tassée ces dernières années. S’il y a eu un pic d’infections en 99, depuis et jusqu’en 2003, l’incidence s’est stabilisée. 

    Par contre, les gonorrhées rectales et la syphilis ont augmenté. Ces augmentations vont de pair avec l’augmentation des relations non protégées. L’augmentation de la pratique du sérotriage (le fait de chercher des partenaires sexuels du même statut sérologique que soi) pourrait expliquer l’apparente contradiction entre l’augmentation des IST (infections sexuellement transmisibles) et des comportements à risques, et l’incidence VIH qui reste stable. Selon le rapport, les données comportementales soutiennent cette hypothèse. Bien qu’il y ait plus de gais ayant des rapports non protégés en 2003, les relations avec un partenaire de statut inconnu sont, elles, en diminution. Les données suggèrent aussi que les gais ont moins de partenaires pour lesquels une transmission VIH pourrait advenir et qu’ils utilisent des préservatifs quand le partenaire a un statut sérologique différent ou inconnu. Et puis, on observe une diminution de la proportion des séronégatifs déclarant une pénétration non protégée avec une personne qu’ils savent séropositive.

    Mais cela seulement en cas de pénétration réceptive. C’est donc de la sélection du partenaire qu’il s’agit, comme stratégie complémentaire de prévention aux côtés de l’usage du préservatif et du choix des pratiques sexuelles suivant le statut du partenaire. Par ailleurs, les auteurs du rapport suggèrent que la large utilisation des thérapies antivirales peut aussi avoir amorti l’incidence VIH, la faible charge virale se traduisant en un risque moindre de transmission. Mais ces stratégies ne sont pas parfaites, puisqu’elles dépendent de la connaissance de son propre statut sérologique et de celui de ses partenaires, concluent-ils. (notons que durant la même période, les relations non protégées avec partenaire de statut inconnu ont augmenté en Angleterre.) Les pistes d’explication du présent rapport nous montrent bien que les gais de San Francisco sont clairement dans des stratégies de réduction de risques, en utilisant notamment le sérotriage, pratique qui reste largement suspecte pour bien des militants et bien des organismes de prévention au Canada.

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