Dans la pénombre feutrée de la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal, les corps apparaissent lentement, presque en silence, comme éveillés par un souffle ancien. Ici, tout est écoute : des gestes retenus, des voix suspendues, une lenteur qui donne du poids à chaque mouvement. Les Veilleuses, création interdisciplinaire du chorégraphe Simon Renaud et du compositeur Romain Camiolo, brouille les frontières entre chant et danse, opéra et performance, intériorité et présence. Coproduit par les compagnies Amour Amour, Corpuscule Danse et Chants Libres, le spectacle se déploie en six tableaux contemplatifs où la fragilité du geste rencontre la puissance du silence.
Présentée dans un lieu à l’acoustique et à l’architecture intimistes, la pièce épouse l’esprit de la salle Bourgie : un espace de recueillement et de beauté, idéal pour la contemplation. Le 24 septembre, en pré-saison, dès 19 h 30, le public sera plongé dans un univers où danse et chant s’entrelacent. Neuf interprètes féminines, dont Marie-Hélène Bellavance, portent une œuvre qui réfléchit sur l’empathie. Elles deviennent successivement images de bienveillance, accompagnatrices dévouées ou témoins fragiles. Le chant et la danse dialoguent au fil de six tableaux qui composent une œuvre forte, complexe, radicale, mais profondément humaine.
Sur scène : Marie-Annick Béliveau, Salomé Karam, Kathy Kennedy, Elizabeth Lima, Hélène Picard et Ellen Wieser (chant), ainsi que Marie-Hélène Bellavance, Nasim Lootij et Ingrid Vallus (danse).
« Nous avons pensé amener la danse dans un lieu surtout consacré à la musique, explique Simon Renaud, fondateur de la compagnie Amour Amour. On s’est demandé : qu’est-ce qui serait le mieux pour cette salle, pour ce public ? J’aime travailler avec des artistes d’horizons différents, les faire se rencontrer. Ici, la lenteur donne au public le temps de vraiment voir chaque mouvement. La performance est construite autour de l’empathie, mais aussi comme une empathie envers le spectateur. Le jeu de miroir est essentiel. »
« La salle Bourgie n’a pas besoin de micro : son acoustique naturelle permet de rester dans une forme de chant a capella, ajoute Romain Camiolo. Je me suis inspiré des voix solistes, de leur grain unique. Les Veilleuses, c’est d’abord un travail sur la texture de la voix. » Ainsi, six voix et trois corps dialoguent, se répondent, s’observent. « Ce qui était important pour moi, précise Simon Renaud, c’est que ces neuf femmes amènent leur individualité, leurs expériences de vie, leurs voix et leurs corps différents. On les voit dans leur singularité, mais aussi dans un ensemble mouvant. »
Ont-ils des moments préférés ? Romain Camiolo cite la fin de Blanche comme la neige, une chanson médiévale française pour six voix : « Le dernier couplet, où la jeune fille se fait enlever par des chevaliers et feint la mort pour échapper au viol, me bouleverse. » Pour Simon Renaud, c’est le tableau Les Veilleuses éblouies : « Les corps deviennent extrêmement tendus, pris entre rires et pleurs. Elles s’amarrent les unes aux autres, il y a des frictions entre les groupes, chanteuses et danseuses. Cet entre-deux émotionnel, où le rire se transforme en sanglot, est pour moi un moment marquant. »
Il aura fallu cinq ans à Simon Renaud pour façonner cette œuvre. Entre-temps, il a rencontré Romain Camiolo lors de Fé.e.s sans foi, de Georges-Nicolas Tremblay. Leur complicité les a menés à concevoir ensemble Les Veilleuses.

Les deux créateurs
Romain Camiolo, compositeur franco-canadien, explore les zones frontières entre musique savante, spectacle vivant et expérimentation sonore. Formé au Conservatoire de Lyon puis à l’Université de Montréal, il écrit pour l’opéra, la danse, le cinéma et le concert contemporain. Son travail se distingue par une attention minutieuse au détail, au silence et à la dramaturgie sonore. Depuis 2022, il codirige la compagnie Amour Amour aux côtés de Simon Renaud.
Simon Renaud, originaire de Gatineau et installé à Montréal, est chorégraphe, interprète et fondateur d’Amour Amour. Formé entre le Canada et l’Europe, il développe depuis plus d’une décennie une recherche sur la lenteur, la vulnérabilité et le corps comme espace d’architecture en mouvement. Sa démarche, empreinte de douceur et de radicalité, se traduit par des œuvres épurées, sensibles et exigeantes. Avec Les Veilleuses, il signe une création où le geste devient souffle et présence.
La mission de Corpuscule Danse
Fondée en 2000 par France Geoffroy, Corpuscule Danse est la première compagnie professionnelle de danse inclusive au Québec. Elle réunit des interprètes avec ou sans handicap, visibles ou invisibles, au cœur de ses créations, de son enseignement et de ses actions de médiation culturelle. Aujourd’hui codirigée par Marie-Hélène Bellavance et Georges-Nicolas Tremblay, elle poursuit sa mission d’inclusion en valorisant la diversité corporelle et fonctionnelle, et en favorisant le mieux-vivre ensemble par les arts.
Pour l’instant, Les Veilleuses n’est présenté qu’une seule fois. Mais les deux créateurs espèrent une vie au-delà de la salle Bourgie. En attendant, Amour Amour proposera pour la Saint-Valentin CAROLINE, un triptyque interdisciplinaire mêlant danse, musique et vidéo, inspiré de Caroline Barrière, chercheuse en traitement automatique du langage. Simon Renaud s’appuie sur ses cours en ligne sur la théorie de Gestalt et ses lois de perception visuelle pour en extraire une mythologie singulière. La présentation, bénéfice pour Amour Amour, promet d’autres explorations à la frontière de l’intime et du conceptuel.
INFOS | LES VEILLEUSES, le 24 septembre dès 19 h 30 à la salle Bourgie, Musée des beaux-arts de Montréal, 1380, rue Sherbrooke Ouest, Montréal. T. 514-285-2000
https://www.mbam.qc.ca/fr/salle-bourgie | https://www.amouramourdanse.com

