Nouveau maître à Révolution, Vincent Noiseux impressionne avec sa bienveillance, sa douceur et sa franchise. Après avoir dansé avec les plus grands noms de la pop — Janet Jackson, Beyoncé, Shania Twain, Jennifer Lopez, Katy Perry, Christina Aguilera et Sabrina Carpenter — ainsi que lors de plusieurs événements planétaires, dont le Super Bowl, les Oscars et les Grammy Awards, le Québécois n’a rien d’une prima donna inaccessible. Entrevue avec un vrai gentil.
Comment la danse est-elle entrée dans ta vie?
Vincent Noiseux : Plus jeunes, mes parents faisaient du ballroom. Ma sœur faisait du ballet.
J’essayais de copier ce qu’elle faisait, sans être conscient que je dansais. Un jour, ma mère et une de ses collègues m’ont surpris au sous-sol en train de faire un show : je mettais de la musique,
je sautais sur les murs et je faisais des acrobaties. Sa collègue a suggéré que j’essaie la danse. À neuf ans, mes parents m’ont proposé de m’inscrire à un cours de jazz-funk. À la seconde où j’ai essayé, le déclic a été instantané.
Un garçon passionné de danse, c’était perçu comment?
Vincent Noiseux : Si mes parents avaient voulu m’inscrire au ballet, ma réticence aurait probablement été trop grande. À l’époque, la connotation négative associée aux gars qui dansent était forte. Comme je faisais un style qu’on voyait dans les clips à MusiquePlus avec des danseurs, ça rendait ça plus acceptable dans ma tête. Par contre, je suis resté discret sur le fait que je dansais jusqu’au secondaire. Quand on m’en parlait, les ados pensaient que je faisais du ballet en collants. Et lorsqu’ils me voyaient faire des danses plus hip-hop, le jugement était un peu moindre.
Est-ce que ça a changé au cégep?
Vincent Noiseux : Je dansais le classique et le moderne. Quand on faisait des classes ouvertes en présence des parents, le jugement des pères de certaines filles était flagrant. C’est moins pire aujourd’hui, car la danse est plus présente et accessible. On voit plus d’hommes en faire. Mais c’est encore quelque chose qui est considéré comme féminin. Pourtant, quand des athlètes essaient des cours de danse ou de pilates, ils réalisent à quel point c’est athlétique et exigeant.
Quand as-tu commencé à rêver d’une carrière en danse?
Vincent Noiseux : À 13 ans, quand j’ai vu un spectacle de Janet Jackson à la télévision. J’ai réalisé l’ampleur de ce qu’on pouvait accomplir en danse. Je ne réfléchissais pas tant aux étapes pour me rendre là, mais j’étais ultra passionné, carrément un « dance geek ». J’étais prêt à tout faire et à suivre tous les cours pour me rendre là. Je rêvais de danser avec Janet. C’était mon objectif ultime. Je cherchais le nom de ses danseurs, leurs origines, leurs parcours.
Qu’est-ce qui te fait vibrer le plus dans ton parcours?
Vincent Noiseux : Les gens s’attendent peut-être à ce que je nomme un contrat en particulier, comme le fait de danser avec Janet, mais je suis surtout fier d’avoir gardé le cap malgré l’intimidation, les commentaires et le jugement, tout en restant aussi passionné. Quand je danse, je suis la meilleure version de moi-même.

Vis-tu encore à Los Angeles?
Vincent Noiseux : Ma résidence principale est encore là-bas, mais ça fait presque six ans que je reviens fréquemment. Durant les premières années, j’avais peur de quitter L.A., parce que je ne voulais pas manquer d’opportunités et je voulais construire quelque chose là-bas. Puis, au milieu de la trentaine, je me suis permis de choisir les contrats qui m’interpellaient davantage et de suivre là où mon cœur me disait d’aller. Quelques fois, c’était de revenir travailler au Québec avec la communauté de danse et ma meilleure amie Kim Gingras, avec qui je collabore souvent.
Tu as été en couple avec Kim avant de faire ton coming out. Peux-tu nous parler de cette période?
Vincent Noiseux : On s’est rencontrés au Québec dans le milieu de la danse. On a déménagé en Californie en 2011. Cette relation-là est l’une des grandes raisons qui m’ont aidé à vivre ce déménagement. C’était une expérience intense, mais super belle. Après six ans de couple, Kim a commencé à réaliser certaines choses. Moi, je m’étais déjà questionné. En étant dans le milieu de la danse et en me faisant constamment demander si j’étais gai, c’était difficile d’ignorer ça et de ne pas me poser de questions.
Étais-tu dans le déni?
Vincent Noiseux : Exactement. Puisque je dansais et que c’était déjà perçu très négativement, ça passait mieux si je disais que j’étais hétéro. Dès que j’essayais de me poser la question, j’imaginais que c’était impossible. Je ne voulais tellement pas que ce soit ça, ma réalité… J’avais déjà eu un avant-goût de l’intimidation parce que je dansais, alors si on rajoutait une autre couche avec l’homosexualité, ça me semblait inconcevable. Au fond, je n’essayais pas de creuser la question.
Mais Kim t’a encouragé à y réfléchir.
Vincent Noiseux : Après six ans, on était bien, on s’aimait beaucoup, on parlait de mariage et d’avoir des enfants, mais elle ne voulait pas aller plus loin si mon questionnement pouvait ressurgir cinq ou dix ans plus tard. On a mis fin à notre relation. Ça a été extrêmement difficile. J’avais le cœur brisé. J’avais peur de perdre Kim complètement. Je n’étais pas prêt mentalement à explorer l’homosexualité. J’ai passé un an en dépression.
Quel a été le point tournant?
Vincent Noiseux : J’ai décroché un contrat qui m’a apporté beaucoup de bonheur, ce qui réparait certaines choses en moi. Je retrouvais mon plaisir de vivre et de danser. Sur ce contrat, j’ai aussi rencontré quelqu’un avec qui j’ai vécu ma première expérience. La première fois qu’on s’est embrassés, j’ai eu cinq minutes de panique : j’ai réalisé tout ce que je venais de traverser, j’étais rendu à 28 ans et je me suis demandé si j’allais traîner ça encore longtemps. Ce jour-là, dans ma tête, j’ai décidé de vivre et de me libérer.
Vivre ses débuts queer à Los Angeles, c’était comment?
Vincent Noiseux : Un peu intimidant. J’étais comme un morceau de viande frais qu’on lançait aux lions… En même temps, comme j’avais 28 ou 29 ans, j’étais assez ancré dans ma vie, avec un cercle d’amis proches. Je ne sortais pas intensément dans les clubs. Un de mes meilleurs amis est gai : il m’a pris par la main et il m’a guidé dans cette nouvelle vie.
On a regardé Queer as Folk ensemble. On est allés aux bons endroits. J’étais bien entouré et ça m’a aidé à ne pas être englouti par toute cette intensité. C’était aussi une chance de vivre cet éveil dans une ville où c’est tellement accepté.
À Révolution, cette année, Parker et Alex ont présenté leur histoire d’amour en mouvements. Ça t’a fait quoi de voir ça?
Vincent Noiseux : Ça m’a beaucoup touché. On a vu des danseurs gais et des partenariats homme-homme, mais voir de jeunes danseurs avec une telle connexion, qui ont envie de présenter ça au public, c’est le genre d’authenticité qui me fait vibrer. Ils avaient le désir et le courage de partager ça. Je ne sais pas si j’aurais eu le guts de faire ça à leur âge, si j’avais été hors du placard.
Pourquoi as-tu accepté de devenir maître à Révolution?
Vincent Noiseux : J’avais regardé l’émission, parce que les autres maîtres sont des amis. Je connais Mel et Lydia depuis 20 ans. Jean-Marc Généreux a fait partie de ma carrière : il m’a jugé à So You Think You Can Dance en 2008. Plusieurs danseurs que j’ai côtoyés sont passés par Révolution. Je trouvais le rôle de maître vraiment génial. Quand j’ai reçu le premier appel, je trouvais le timing impeccable. À 40 ans, je danse encore, mais j’ai plus que jamais le désir de faire des choses connexes à la danse. Je veux donner au suivant, être là pour les nouvelles générations et essayer de les élever. Je me sens solide, ancré, heureux et bien dans ma peau. C’était évident que j’allais dire oui.
Désires-tu contrebalancer certains tempéraments dénués d’humanité dans les arts?
Vincent Noiseux : Oui, très honnêtement. Comme j’ai vécu des expériences moins jolies, je pense qu’il n’y a rien de mieux que le renforcement positif. Tout peut être dit, mais ça dépend de la façon de le communiquer. Je veux les encourager et être honnête avec eux.
La méchanceté pour faire comprendre quelque chose, ça ne fait pas partie de ma nature. Je n’ai pas été élevé comme ça. Mes parents nous disaient les vraies affaires, mais ça restait empreint d’énormément d’amour. C’est ce que je valorise. Parfois, en classe, je deviens plus ferme et je pousse les danseurs, mais je précise toujours que ça vient d’une bonne place.
Certains danseurs professionnels n’apprécient pas Révolution, le format ou la compétition. Comment décris-tu la perception du milieu face à l’émission?
Vincent Noiseux : Il y a toujours eu une séparation entre la danse commerciale et celle des compagnies. Révolution tombe dans la catégorie commerciale, mais encore plus parce que c’est un concours télévisé avec un aspect téléréalité. Donc, il y a toujours une connotation négative. Moi, j’aime Révolution. J’apprécie que le public ne soit pas impliqué dans les choix. Ce n’est pas automatiquement mauvais que le public puisse voter, comme je l’ai vécu à So You Think You Can Dance. Mais, à Révolution, ce sont des gens de l’industrie qui ont de l’expérience. On guide le talent avec des juges qui ont les deux pieds dans le milieu. Ça demeure centré sur la danse, le talent, l’interprétation et la façon d’émouvoir, parce qu’on connaît le métier. Également, on serait hypocrite de ne pas voir l’impact de Révolution au Québec : ça offre une plateforme d’une grande envergure pour la danse. Ça fait découvrir la danse à tellement de gens qui ne pensaient pas aimer ça.
INFOS | Pour suivre Vincent Noiseux sur Instagram: https://www.instagram.com
Pour visionner en raffale la 7e édition de RÉVOLUTION https://www.tvaplus.ca

