Je n’ai jamais été un très grand fervent des différentes liesses annuelles. Et surtout, que l’on me presse pour que je sois dans cet esprit. Et ce, depuis tout petit. Avant même d’être en âge de risquer une quelconque analyse.
Les anniversaires, les fêtes de fin d’année m’ont toujours trouvé ailleurs, perdu, voire désemparé de ne pas être dans le mood. Et la Saint-Valentin n’échappe pas à la règle. Bien sûr, je me suis prêté au jeu. Du bout des lèvres, du bout du cœur, du bout de l’esprit. Bien sûr, je ne crache pas dessus en tentant des explications, certes qui ont du sens, mais qui ne résument pas ce que je peux ou pas ressentir. Disons que j’ai une ambivalence quant à sa finalité. Je pourrais avancer que ce n’est qu’une histoire de marketing, jouer sur l’amour pour vendre. Mais ce serait un peu court. En revanche, sur une note plus positive, je suis conscient que la Saint-Valentin est l’occasion de resserrer les liens du couple. Réaffirmer du lien, comme avec la famille et les ami.es au moment de Noël ou du jour de l’an, ou encore avec le groupe lors d’une fête de quartier, ou même autour d’une identité commune lors d’une fête nationale.
Mais cela n’explique toujours pas mon incompréhension face à ce que je ressens. C’est pour moi comme une obligation à laquelle je ne peux me soumettre naturellement. Au risque de jouer les trouble-fêtes, les casseurs de parties. Pire, c’est quand j’ose demander à mon entourage ce que cela représente profondément pour eux et elles, ce type d’événements. Je passe alors pour un empêcheur de tourner en rond, ou encore celui qui cherche toujours à couper les poils de cul en quatre pour tenter de comprendre.
La Saint-Valentin ne cesse donc de m’interroger dès que je vois apparaître, dans les vitrines, des petits cœurs rouges trônant sur des boîtes de chocolat. Et rien à voir avec le fait que je sois seul, ou officiellement célibataire. Même quand j’étais en couple, en trouple, en groupe, rien ne m’était plus étranger que de vouloir fêter la ou les relations que j’entretenais. De les souligner artificiellement par des gestes spéciaux, cadeaux, confiseries, souper au restaurant un jour J. Pourquoi le 14, et pas le 13 ou le 15 février ? Pour faire comme tout le monde ? Peut-être ai-je fait mien, très jeune, que pour vivre heureux, il fallait vivre caché. Mes amours (j’inclus les amitiés) n’avaient pas à s’inscrire dans une démonstration collective, pour faire comme tout le monde.
Cependant, je me réjouis pour celles et ceux et celleux qui voient dans cette journée un moment de réjouissance et de partage avec leur ou leurs partenaires ou leurs ami.e.s. Il m’arrive même de les envier. D’envier la joie et le plaisir qu’ils, elles et iel.les ressentent. D’envier comment ils, elles et iel.les vont se mettre en quatre pour dénicher le cadeau, choisir le restaurant ou préparer un bon petit plat. Et de ressentir un réel plaisir d’être de la danse.
L’occasion de faire une fête
Plusieurs m’ont déjà souligné que c’était simplement une occasion de faire une fête. Un peu court, puisqu’on n’a absolument pas besoin de rappels du calendrier pour en organiser une. Et j’ai tous les jours de l’année pour rappeler, à celles, ceux et celleux qui me sont chèr.e.s, que je les aime, et pour rappeler leur importance dans ma vie.
Sans attendre le détour du calendrier pour m’en souvenir. Je n’aime pas être soumis à des injonctions sociales, même si elles se jouent sur un mode plaisant, sympathique, voire joyeux, comme la Saint-Valentin. Comme chaque année, je regarderai les semaines qui précèdent l’événement avec mes lunettes d’explorateur, scrutant comment mes semblables vivent, tentant de comprendre. J’écouterai les commentaires, les questionnements (qu’est-ce que je vais lui offrir, ou est-ce que l’on invite machin ou machine, peser le pour et le contre entre un petit souper aux chandelles ou dans l’intimité du chez-soi), sans oublier celles, ceux et celleux qui laissent échapper que cela représente, somme toute, un fardeau.
Je sais, j’ai l’impression d’être un éteignoir. Mais ce qui m’allume ne s’est jamais trouvé du côté de ces conventions sociales. Attention, je peux me prêter au jeu. Des années de pratique pour me fondre dans les moules ont porté leurs fruits. Je peux donner parfaitement le change, interagir en respectant tous les codes exigés, prononcer les mots attendus dans ce genre de circonstances et taire en moi tout ce que cela peut représenter d’étrange, de bizarre, sachant que je suis peut-être un des seuls à me poser la simple question : pourquoi ?
D’ailleurs, c’est ce que je fais en vous souhaitant, très sincèrement, une très bonne Saint-Valentin, et un clin d’œil empathique et solidaire à ceux, celles et celleux qui, comme moi, se sont toujours senti étrangèr.es à cette grande et artificielle célébration de l’amour.

