Samedi, 2 mai 2026
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    Milano Cortina 2026, ces athlètes LGBTQ+ qui feront rayonner l’hiver 

    Du 6 au 22 février 2026, Milan et Cortina d’Ampezzo deviendront, pour deux semaines, la plus grande vitrine mondiale des sports d’hiver. Mais au-delà des médailles et des records, Milano-Cortina 2026 s’inscrit déjà dans une continuité bien précise : celle d’une visibilité LGBTQ+ désormais impossible à reléguer aux marges du récit olympique.

    Les jeux passés
    Aux Jeux de Paris 2024, on parlait d’un record historique, avec 193 athlètes ouvertement LGBTQ+, selon un décompte largement repris dans les médias. Les Jeux d’hiver suivent la même trajectoire. À Pékin 2022, au moins 36 athlètes ouvertement LGBTQ+ avaient pris part à la compétition — près du double des Jeux de 2018 —, avec le Canada en tête du contingent, fort de 10 athlètes. Des figures marquantes comme le patineur artistique français Guillaume Cizeron, la patineuse de vitesse néerlandaise Ireen Wüst, le snowboarder Gus Kenworthy (représentant alors la Grande-Bretagne), ou encore les hockeyeuses canadiennes Erin Ambrose et Jamie Lee Rattray, ont contribué à inscrire cette présence queer au cœur même de la narration olympique. Ces Jeux ont aussi été marqués par la visibilité de couples d’athlètes, attirant autant l’attention que les performances sportives — pensons notamment aux skeletonneurs Kim Meylemans et Nicole Silveira. Une preuve supplémentaire que l’affirmation identitaire et l’excellence sportive ne s’excluent plus, même si la participation d’athlètes transgenres faisait déjà partie de la réalité olympique.

    Pride House
    Cette visibilité accrue s’incarne aussi dans les lieux. À Milano Cortina 2026, la Pride House — espace sécuritaire, festif et politique dédié aux athlètes, bénévoles et spectateurs LGBTQ+ — s’inscrit dans une tradition désormais bien établie du mouvement olympique. C’est aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver, en 2010, qu’a été inaugurée la toute première Pride House de l’histoire des Jeux, marquant un tournant majeur dans la reconnaissance institutionnelle des réalités LGBTQ+ dans le sport de haut niveau. Pensée à l’origine comme un lieu de rassemblement et de soutien dans un contexte encore marqué par l’homophobie et la transphobie dans le milieu sportif, la Pride House de Vancouver a ouvert la voie à une présence queer assumée, visible et revendiquée au sein des Olympiades. Quinze ans plus tard, celle de Milano Cortina témoigne du chemin parcouru, tout en rappelant que la lutte pour des Jeux véritablement inclusifs demeure indissociable de leur héritage.

    Le patineur artistique Eric Radford, double médaillé olympique et champion du monde, la skieuse acrobatique britannique Makayla Gerken Schofield et le patineur de vitesse olympique Javier Raya seront de la partie à Pride House Milano 2026, qui prendra place au MEET Digital Culture Center, un centre international dédié à l’art et à la culture numérique, au cœur de Milan. Ouvertement LGBTQ+, ces athlètes de haut niveau incarnent une nouvelle génération de modèles alliant excellence sportive et engagement pour l’inclusion. Avec une programmation mêlant sport, droits LGBTQIA+ et culture, Pride House se veut bien plus qu’un lieu événementiel : un espace où l’on peut célébrer, débattre, se rassembler — et surtout exister sans avoir à se surveiller — en réunissant athlètes en compétition, communautés LGBTQ+ locales et visiteurs du monde entier autour des valeurs de fierté, de visibilité et du pouvoir rassembleur du sport.

    Gus Kenworthy

    En route vers Milano-Cortina 2026
    À l’aube de Milano Cortina 2026, plusieurs figures queer sont déjà qualifiées ou officiellement nommées au sein de leur équipe nationale, tandis que d’autres — véritables stars établies — arrivent en Italie avec l’étiquette de quasi incontournables. Tour d’horizon, sport par sport, de celles et ceux qui pourraient bien voler la vedette… en restant pleinement eux-mêmes. Le contingent canadien à Milano Cortina 2026 devrait, une fois de plus, compter sur des athlètes ouvertement LGBTQ+ qui ne se contentent pas de participer aux Jeux, mais qui en façonnent activement le récit.

    Le hockey féminin : un espace de normalisation queer
    Comme lors des Jeux précédents, c’est toutefois du côté du hockey féminin que la présence LGBTQ+ canadienne s’annonce la plus marquée. La formation canadienne regroupe plusieurs joueuses ouvertement queer qui incarnent à la fois l’excellence sportive et une culture d’équipe où l’identité n’est plus un tabou. Marie-Philip Poulin, Laura Stacey, Erin Ambrose, Emily Clark, Emerance Maschmeyer et Micah Zandee-Hart forment un noyau de championnes habituées aux projecteurs olympiques — et conscientes de l’impact symbolique de leur visibilité.
     
    Dans un sport historiquement perçu comme conservateur, ces athlètes contribuent à normaliser la diversité sexuelle et de genre simplement en étant là : performantes, décorées… et out. À Milano Cortina, le Canada ne défendra pas seulement ses chances de podium : il portera aussi, sans grand discours mais avec beaucoup de puissance, l’image d’un sport d’élite où l’on peut gagner sans cacher qui l’on est.
     
    Outre la participation queer féminine canadienne, il faut noter des athlètes des États-Unis, de la Finlande et de la Suède. Les États-Unis ont déjà dévoilé leur formation olympique. À sa tête : Hilary Knight, capitaine et légende vivante, qui disputera des Jeux historiques (un record de participations côté hockey américain) — tout en étant publiquement out. Autour d’elle, Alex Carpenter et Cayla Barnes s’inscrivent dans cette vague de visibilité qui, depuis quelques cycles, transforme le hockey féminin en espace de reconnaissance.
     
    Et puis il y a l’histoire que les médias adorent — parce qu’elle est vraie : Anna Kjellbin (Suède) et Ronja Savolainen (Finlande), deux hockeyeuses fiancées, pourraient se croiser sur la route des médailles. Elles résument leur dynamique avec une phrase parfaite : sur la glace, c’est business — “l’ennemie”, même — et après, c’est la vie.
     
    Le silence persistant du hockey masculin
    Il faut toutefois le souligner sans détour : du côté du hockey masculin olympique, aucun joueur n’est actuellement ouvertement LGBTQ+. Ce contraste frappant ne tient ni au hasard ni à un simple décalage générationnel. Il révèle plutôt la persistance d’une culture où l’hypermasculinité, la peur du jugement et la pression des vestiaires continuent de rendre le coming out pratiquement impensable au plus haut niveau. Ce silence n’indique pas une absence de joueurs gais ou bisexuels, mais bien une absence de conditions sécuritaires pour être visible. Tant que le hockey masculin n’aura pas créé un environnement où l’authenticité n’est plus perçue comme un risque professionnel, l’égalité de représentation restera incomplète.

    Patinage artistique : des corps libres sur la glace
    Paul Poirier – figure incontournable du patinage artistique canadien
    Il est l’un des patineurs ouvertement gais les plus respectés de sa génération. Aux côtés de Piper Gilles, il a contribué à redéfinir la danse sur glace par une approche résolument contemporaine, axée sur la musicalité, la théâtralité et une lecture moins genrée du mouvement. Multiple champion canadien et médaillé mondial, Poirier arrive à Milan avec l’étiquette d’un athlète mature, assumé et techniquement redoutable. Sa visibilité, discrète mais constante, joue un rôle essentiel dans un sport où l’hétéronormativité demeure souvent implicite, surtout dans les catégories jugées.

    Amber Glenn (États-Unis) — patinage artistique (simple dames)
    Elle arrive à Milan avec une trajectoire qui dépasse le cadre des triples sauts. Amber Glenn, 26 ans, est ouvertement bisexuelle et pansexuelle, et elle a été nommée à l’équipe olympique américaine pour Milano Cortina. Dans un sport longtemps obsédé par l’image “parfaite”, Glenn s’impose comme une athlète qui refuse de se rapetisser : elle parle d’identité, de santé mentale, et de ce que ça coûte — et libère — d’être visible quand les projecteurs brûlent.

     Lewis Gibson (Grande-Bretagne) — danse sur glace
    Côté danse sur glace, Lewis Gibson (ouvertement gai) est lui aussi au centre du récit :
    officiellement nommé au sein de l’équipe britannique, il assume pleinement sa place dans l’écosystème de Pride House Milano, auquel il a été associé comme visage/ambassadeur. Sa présence rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’élégance, la performance et la masculinité ne se mesurent pas à l’hétéro-normativité.

    Curling
    Bruce Mouat, quand “sortir du placard” fait tomber les barrières…
    et grimper au classement Médaillé d’argent à Pékin, le skipper écossais Bruce Mouat est ouvertement gai — et il en parle comme d’un tournant sportif, pas seulement intime. Dans un témoignage repris par les canaux olympiques, il explique comment le fait d’être out l’a aidé à se sentir plus solide, plus libre… et meilleur sur la glace. À Milan, l’objectif est clair : ajouter une (ou deux) médailles à un palmarès déjà imposant.

    Conor McDermott-Mostowy

    Patinage de vitesse
    Conor McDermott-Mostowyne qualification en poche et une fierté en bandoulière.
    Dans la catégorie “confirmation qui donne des frissons”, il y a Conor McDermott-Mostowy, patineur de vitesse ouvertement gai, qui a gagné le 1000 m aux essais américains et s’est ainsi assuré un billet pour ses premiers Jeux olympiques. Son histoire a aussi le goût d’un retour : après des années à pousser, rater de peu, revenir, il arrive enfin au bon moment… au bon endroit.
     
    Ski acrobatique
    Gus Kenworthy, le retour d’un pionnier
    Impossible de parler de visibilité queer aux Jeux d’hiver sans nommer Gus Kenworthy. Sorti publiquement en 2015, il demeure une figure phare — sportive et culturelle — du monde du freestyle. En 2026, il tente un retour qui pourrait le mener à un quatrième Jeux, cette fois avec l’équipe de Grande-Bretagne. Qu’il se qualifie ou non, sa simple présence dans la conversation rappelle à quel point l’athlétisme peut être un lieu de récit queer assumé, spectaculaire et populaire

    Du côté de la France…
    Champion olympique en 2022, Guillaume Cizeron a fait son retour cette saison avec une nouvelle partenaire de danse sur glace: Laurence Fournier Beaudry. Le nouveau couple ne s’entraîne ensemble que depuis un an mais vise tout de même le podium aux JO de Milan-Cortina. Guillaume Cizeron, a fait son coming out en mai 2020 à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie.

    Le français Kevin Aymoz sera aussi présent aux JO de Milano Cortina 2026. Il a été sélectionné dans l’Équipe de France de patinage artistique après avoir remporté les Championnats de France en décembre 2025  Et la dimension “spectacle” des Jeux ajoute sa propre couche de pop culture : l’ouverture au stade San Siro annonce des performances d’Andrea Bocelli et de Mariah Carey. Autrement dit : entre les athlètes out sur la glace et la culture grand public dans les gradins, Milan promet un mélange explosif de performance et de visibilité.
     
    Et la suite?
    On peut s’attendre à ce que d’autres athlètes s’ajoutent à la liste au fil des derniers
    ajustements d’équipes et des sélections finales. Mais ce qui est déjà clair, c’est ceci : à Milano Cortina, la présence LGBTQ+ ne sera pas une note de bas de page. Elle sera dans les médailles, dans les caméras, dans les histoires d’équipe — et dans ce moment rare où, pendant quelques jours, le monde entier regarde le sport… et peut, parfois, regarder autrement.

    BRUCE MOUAT

    INFOS | https://www.olympics.com
    https://www.milanopride.it

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