Les fans du succès surprise de Crave Heated Rivalry, maintenant diffusé sur HBO Max, pourraient être étonnés d’apprendre que cette romance de hockey « ennemis à amants » n’a rien de fictif. Bien avant que le public ne découvre la relation aussi torride que contrariée entre Shane et Ilya, une histoire d’amour bien réelle se jouait déjà sur la glace internationale.
Cette histoire, est celle de l’Américaine Julie Chu et de la Canadienne Caroline Ouellette — deux Olympiennes, capitaines d’équipe rivales, et porteuses du même numéro de chandail.
Leur romance est redevenue virale ces derniers jours grâce à l’historienne queer Amanda W. Timpson, qui anime le compte Instagram Yesterqueers, consacré à la mise en lumière de fragments méconnus de l’histoire LGBTQ+. Dans une vidéo publiée mercredi, Timpson retrace les parcours croisés — sportifs et personnels — de Chu et Ouellette, toutes deux quadruples olympiennes et parmi les joueuses les plus décorées de l’histoire du hockey féminin. Chu est quintuple championne du monde, tandis qu’Ouellette a remporté le titre à six reprises.


Les deux athlètes se sont affrontées pour la première fois en 2002, mais ce n’est qu’en 2005, lors d’un camp de hockey estival en Ontario, qu’elles se sont véritablement rapprochées. D’abord amies, puis meilleures amies, elles sont ensuite devenues partenaires, tout en continuant à se mesurer l’une à l’autre au plus haut niveau. Au fil des ans, elles se sont retrouvées face à face lors de deux finales olympiques et de huit finales de championnats du monde.
« La rivalité entre les équipes canadienne et américaine de hockey féminin est extrêmement intense. C’était donc une sorte de Romy et Juliette », explique Timpson dans la vidéo. « Elles ont fait face à plusieurs des mêmes défis que ceux qu’on voit dans Heated Rivalry : peu de temps pour se voir, la nécessité de concilier leur relation avec des carrières sportives exigeantes, et l’impossibilité d’être pleinement out. »
Cela dit, Timpson précise que Chu et Ouellette n’étaient pas aussi profondément dans le placard que les personnages fictifs de la série. Si leur relation est longtemps demeurée discrète, elle n’a jamais été complètement cachée.
Bien que Timpson ne le mentionne pas dans sa vidéo, les deux joueuses portaient toutes deux le numéro 13 sur leur chandail respectif — un détail que nous avons déjà rapporté et qui alimente depuis longtemps l’imaginaire des amateurs et amatrices de hockey. Aujourd’hui mariées, Chu et Ouellette sont mères de deux enfants, Liv et Tessa.

Si elles figurent parmi les premiers exemples médiatisés de relations amoureuses entre rivales de pays différents dans le hockey féminin, elles ne sont toutefois pas les seules. En 2018, la capitaine d’Équipe États-Unis Meghan Duggan a épousé la vedette canadienne Gillian Apps, entourées de plusieurs de leurs coéquipières à titre de demoiselles d’honneur.
De même, en 2015, la médaillée d’or olympique canadienne Jayna Hefford a accueilli un deuxième enfant avec Kathleen Kauth, une ancienne joueuse d’Équipe États-Unis avec qui elle partageait sa vie depuis une dizaine d’années. Comme Chu et Ouellette, elles se sont affrontées à plusieurs reprises aux Jeux olympiques et lors de compétitions internationales majeures.
Le hockey féminin regorge ainsi d’histoires d’amour sapphiques bien réelles — des récits qui mériteraient largement d’être portés à l’écran.
On ne peut malheureusement pas en dire autant du hockey masculin, du moins publiquement. En 2025, aucun joueur ouvertement gai ne évolue dans la LNH. Luke Prokop, sous contrat avec les Predators de Nashville lorsqu’il a fait son coming out en 2021, n’a jamais disputé de match dans la ligue et joue actuellement dans la Ligue américaine de hockey, le circuit mineur de la LNH.
Sur la glace comme ailleurs, ce sont donc encore les femmes qui ouvrent la voie.

