Le procureur général du Texas, Ken Paxton, figure majeure de la droite conservatrice américaine et acteur central des offensives contre les soins destinés aux jeunes trans, provoque une nouvelle controverse après avoir qualifié son adversaire démocrate James Talarico de « bizarre » parce qu’il soutient les enfants trans. Paxton a tenu ces propos le 26 mai dernier à la suite de sa victoire à la primaire républicaine contre le sénateur John Cornyn.
S’en prenant directement au représentant démocrate texan, il a déclaré : « Quand on lui demande ce qu’il aime en dehors de sa famille et de ses amis, sa première réponse est : les enfants trans. C’est bizarre. Et c’est un radical. »
Le procureur général a ensuite poursuivi ses attaques lors de son discours de victoire, multipliant les commentaires moqueurs sur Talarico : « C’est un végan qui pense que Dieu est non binaire et qu’il existe six sexes biologiques », a lancé Paxton. « C’est difficile d’imaginer quelqu’un de plus radical que ça. »
Une nouvelle étape dans les attaques anti-trans américaines
Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte politique américain où les enjeux trans sont devenus l’un des principaux champs de bataille des conservateurs républicains.
Au Texas, Ken Paxton est depuis plusieurs années l’un des visages les plus agressifs des politiques anti-LGBTQ+, particulièrement contre les personnes trans.
Il a récemment joué un rôle majeur dans l’arrêt des soins d’affirmation de genre pour les mineur·e·s au Texas Children’s Hospital, l’un des plus importants hôpitaux pédiatriques du pays. Cette décision découle d’une entente conclue avec le département de la Justice de l’administration Trump.
Selon Paxton, l’accord prévoit non seulement la fin de plusieurs traitements destinés aux jeunes trans, mais aussi le versement de 10 millions de dollars à l’État du Texas, le congédiement de cinq médecins ayant offert ces soins et la création de ce qu’il décrit comme la « première clinique de détransition » du pays.
Pendant ses cinq premières années d’existence, cette clinique devra offrir gratuitement des services aux personnes souhaitant interrompre ou renverser une transition de genre. Ni l’hôpital ni les autorités texanes n’ont toutefois détaillé précisément quels traitements ou services y seront proposés.
Les attaques de Paxton rappellent fortement celles formulées plus tôt cette année par Donald Trump lui-même. En mars, l’ancien président avait publié un message virulent sur Truth Social visant James Talarico : « Le démocrate qui se présente au Texas, James Talarico, est une FRAUDE! », écrivait Trump.
Il l’accusait notamment de croire « à six genres », de « manquer de respect envers Jésus », de ne manger « que de la nourriture végane » et d’avoir porté un masque en 2023 et 2024.
Un discours qui mélange volontairement guerre culturelle, attaques personnelles et rhétorique anti-trans — désormais devenue centrale dans plusieurs campagnes républicaines américaines.
Talarico nie être végan… et défend les personnes intersexes
Selon The New Republic, James Talarico a répondu avec humour à certaines accusations : «Notre campagne fonctionne essentiellement au barbecue ces temps-ci », a-t-il déclaré en niant être végan.
Quant à la controverse sur les « six sexes biologiques », elle découle d’une intervention faite en 2021 lors d’un débat sur les interdictions visant les athlètes trans dans le sport scolaire.
Talarico avait alors soulevé la question des personnes intersexes. « Il existe plus de deux sexes biologiques — en fait, il y en a six », avait-il affirmé, faisant référence aux différentes variations chromosomiques liées au sexe biologique.
Plusieurs spécialistes notent d’ailleurs que les réalités biologiques entourant le sexe sont beaucoup plus complexes que la vision strictement binaire souvent utilisée dans le discours politique conservateur.
Au-delà des attaques personnelles, cette controverse illustre surtout à quel point les jeunes trans sont devenus un enjeu politique majeur dans plusieurs États américains conservateurs.
Depuis quelques années, le Texas multiplie les restrictions visant les personnes trans, particulièrement les mineur·e·s : interdictions sportives, limitations des soins médicaux, restrictions scolaires et campagnes contre la reconnaissance des identités de genre.
Pour plusieurs groupes LGBTQ+, les propos de Ken Paxton démontrent comment le soutien envers les jeunes trans est désormais présenté par certains responsables politiques comme une position « radicale » ou « extrême ».
Une stratégie qui inquiète particulièrement les organismes de défense des droits humains, alors que les attaques contre les personnes trans continuent de s’intensifier à travers les États-Unis.

