Figure bien connue du milieu drag montréalais, Jessie Précieuse n’est pas uniquement reconnue pour ses performances, mais aussi — voire surtout — pour son travail d’animation et de production. Depuis quelques années, elle produit le Grand Championnat national de drag de Montréal, désormais intégré au tout nouveau Grand Festival national de drag de Montréal, dont la première édition a eu lieu en mai. Fin juillet, elle donnera en quelque sorte le coup d’envoi de Fierté Montréal en animant Drags en folie!, un spectacle conceptualisé par Barbada.
Ton spectacle a lieu lors de la première soirée du festival. Est-ce que tu sens une pression particulière?
Jessie Précieuse : Moi, ça fait 13 ans que j’anime, je n’ai plus vraiment de pression! (Rires)
Je fais de la drag parce que j’ai du fun à faire de la drag, puis tous ces shows-là, pour moi, c’est du plaisir. J’ai quand même une pression parce que je suis extrêmement exigeante envers moi-même. La confiance que Barbada a en moi pour faire ce show-là, ça me motive justement à offrir un show excellent. Puis je suis probablement la queen des autobus! (Rires) D’ailleurs, je trouve ça fun de pouvoir ouvrir la Fierté puis montrer à quel point cette scène-là est spéciale, le fun et unique, pour nous, à Montréal.
Qu’est-ce qui fait que tu aimes animer?
Jessie Précieuse : Parler. (Rires) J’ai fait mes études en radio parce que je voulais faire de la radio toute ma vie, puis je voulais animer toute ma vie. Je trouve que l’échange est le fun. Je trouve ça le fun de pouvoir amener ce professionnalisme-là à l’animation en drag. Puis j’aime ça jaser avec le monde. J’ai tendance à dire que tu ne sais pas c’est quoi une bonne animation tant que tu n’as pas entendu quelqu’un qui anime bien. Je ne sais pas si c’est clair, mais… comme… il y a des drags qui savent parler dans un micro, puis il y a des drags qui savent animer, mettons.
À quoi doit-on s’attendre de ce spectacle?
Jessie Précieuse : J’ai parlé aux artistes pour qu’on utilise bien les autobus, qu’on fasse vraiment une soirée qui dépasse les attentes. Parce que, l’an passé, les gens performaient surtout sur le bus ou devant le bus. Mais là, moi, j’ai décidé qu’on allait utiliser tout l’espace. Donc, ça va être quand même des numéros impressionnants. Moi, je fais un numéro d’environ 7 minutes 50, en plein soleil, sur le bus. Ça va être un beau mélange de petits numéros punchés et de plus longs numéros. Un artiste de cirque va être là. On a des artistes de France, des artistes franco-ontariens. C’est une belle brochette d’artistes de la relève et d’artistes plus établis. Ça va vraiment être un show qui va bien représenter la communauté drag de Montréal, d’après moi.
Comment s’est passée la première édition du Grand Festival national de drag de Montréal?
Jessie Précieuse : Ça a été au-delà des attentes. On a vu, avec le championnat des dernières années, que c’était populaire, que les gens sortaient pour venir le voir. Mais là, on se disait : « Trois jours, est-ce que c’est trop? Est-ce qu’on aurait dû le faire plus petit? Est-ce que les gens vont venir? »
Finalement, ça a été un succès sur toute la ligne. Les gens sont venus, les gens sont sortis, ils sont restés malgré la pluie, malgré tout. Ils sont venus aussi pour tous les événements, que ce soit les shows de drag, les enregistrements de balados, etc. Ç’a été, du côté du public, merveilleux. Je n’ai vraiment rien à redire. Puis, du côté des artistes, j’ai vraiment été touchée de voir que toute notre communauté a décidé de mettre la main à la pâte et de faire en sorte que cette première édition soit une réussite, pour qu’on ait justement un bijou qu’on puisse garder pour les prochaines années. Même les gens qui n’étaient pas bookés sur des shows venaient voir les drags, venaient voir les spectacles, encourageaient les artistes. Je n’y crois pas encore. Ça a vraiment été trois jours merveilleux puis… probablement à l’année prochaine!
Les drag queens sont de plus en plus visibles dans la sphère publique. Trouves-tu qu’il est plus facile ou plus difficile de trouver des opportunités, de tirer ton épingle du jeu, depuis?
Jessie Précieuse : C’est une bonne question. Je suis… je ne sais pas, je ne veux pas dire égoïste, mais je pense à mes affaires, puis je pense moins à ce qui se passe autour, mettons. Je me suis toujours donné le défi, autant quand je suis arrivée dans le monde de la télé avant la drag que quand j’ai commencé la drag, que ma voix serve à aider ma communauté, puis à toujours montrer le talent qu’on a dans notre communauté. Venant du monde des médias et des arts, j’ai comme toujours eu à me battre pour faire ma place quelque part. On dirait que c’est rendu intégré en moi. C’est plus facile d’avoir des opportunités parce qu’il y en a plus, mais ce n’est pas plus facile pour autant parce qu’on est plus nombreuses et nombreux aussi. Il va toujours y avoir de nouvelles drags, il va toujours y avoir des drags qui vont s’en aller.
Il va toujours y avoir des drags qui vont accepter un contrat à 50 piastres parce qu’elles commencent et qu’elles aiment ça, tandis que le reste de la communauté essaie d’obtenir de meilleurs cachets. C’est comme une game qui se joue en permanence entre deux réalités. Mais c’est ça, au fil du temps, tu finis par avoir tes contrats récurrents, puis des contrats que tu sais que tu aimes. Je ne peux pas parler de ce qui se passait il y a 10 ans parce que je n’étais pas là, mais je pense qu’à l’époque c’était beaucoup moins structuré. Il y a toujours moyen de s’en sortir, de tirer son épingle du jeu, si tu penses à toi puis que tu ne regardes pas constamment ce qui se passe autour.
INFOS | https://fiertemontreal.com
À ne pas manquer avec Jessie Précieuse pendant Fierté Montréal 2026 : 31 juillet, 17 h à 19 h – Des livres et des paillettes (Fierté littéraire) à la Place du Village, où Jessie participe à l’événement littéraire consacré à la littérature queer et à l’art drag.
31 juillet, 20 h 30 – Drags en folie!, sur la scène Loto-Québec (MIX BUS), spectacle conçu par Barbada et animé par Jessie Précieuse, qui lance la programmation des spectacles de Fierté Montréal.

