Près de quatre décennies après leur disparition, les saunas gais pourraient faire leur retour à New York. Des élus de l’État souhaitent abroger une loi héritée des années 1980 qui interdit, dans les faits, l’exploitation de ces établissements, considérés à l’époque comme un risque pour la santé publique en pleine crise du sida.
Le sénateur de l’État de New York Erik Bottcher et le député Tony Simone, qui représentent tous deux des circonscriptions de Manhattan comptant une importante population LGBTQ+, pilotent cette initiative législative.
Une loi héritée de la crise du sida
Au plus fort de l’épidémie de VIH/sida, de nombreuses villes américaines ont ordonné la fermeture des saunas et bains publics destinés à une clientèle homosexuelle. Les autorités sanitaires de l’époque estimaient que ces établissements contribuaient à la propagation du virus, privilégiant leur fermeture plutôt qu’un encadrement plus strict de leurs activités.
À New York, cette politique s’est traduite par l’adoption d’une loi qui interdit tout établissement « mis à la disposition du public dans le but d’y pratiquer des activités sexuelles, notamment des relations anales, vaginales ou des fellations », les qualifiant de « menace pour la santé publique ».
Cette disposition demeure toujours en vigueur aujourd’hui.
Une mesure jugée dépassée
Pour les promoteurs du projet de loi, cette réglementation ne correspond plus aux réalités actuelles en matière de santé publique ni aux avancées réalisées dans la prévention du VIH.
Ils estiment que l’interdiction repose sur une vision héritée d’une période marquée par la peur et la stigmatisation des hommes gais, alors que les connaissances scientifiques sur le virus étaient encore limitées.
Selon eux, il serait désormais plus pertinent d’encadrer ces établissements, notamment en favorisant les campagnes de prévention, le dépistage et l’accès aux traitements, plutôt que de maintenir une interdiction vieille de près de 40 ans.
Un lieu emblématique de la culture LGBTQ+
Au-delà de leur fonction récréative, les saunas ont longtemps occupé une place importante dans la vie sociale de la communauté LGBTQ+ new-yorkaise.
Avant leur fermeture, ils constituaient des lieux de rencontre, de socialisation et de solidarité, particulièrement à une époque où les espaces sécuritaires pour les personnes LGBTQ+ étaient beaucoup plus rares.
Le débat dépasse donc la simple question des établissements pour adultes : il soulève aussi des enjeux de mémoire, de santé publique et de reconnaissance du patrimoine culturel queer.
Si le projet de loi est adopté, New York tournerait officiellement la page sur une politique emblématique de l’ère du sida et ouvrirait la porte au retour de ces établissements, désormais dans un contexte marqué par des stratégies modernes de prévention du VIH et de santé sexuelle.

