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Confessions d’un enfant du siècle dernier : la (re)naissance de Michel Tremblay

Une nouvelle création. Une incursion dans la jeunesse d’un garçon né en 1942. Un aperçu du cheminement intérieur qui donnera naissance à l’auteur et l’amènera à assumer son homosexualité. Un texte tendre, drôle et touchant qui sera porté par cinq interprètes, Étienne Courville, Élie Dorval, Émile Ouellette, Nour Shoukry et Madani Tall, qui sont à la fois Michel Tremblay et tous les jeunes adultes qui se sentent différents. Quelques jours avant le début des représentations au TNM (du 10 novembre au 5 décembre), Fugues a eu l’occasion de lire la pièce et de s’entretenir avec notre auteur national et le metteur en scène René Richard Cyr.

Michel, quelle a été l’étincelle de ton inspiration?

Michel : Quand on est ado en 1955 et qu’on se découvre gai, c’est un cliché, mais on pense qu’on est tout seul et qu’on est un monstre. J’ai voulu traiter de ça à ma façon, prendre ce petit gars qui devient un homme et le multiplier par cinq, parce qu’il y en a 500 000 dans le monde comme lui. Ce sont de courts monologues joués par cinq personnes qui sont lui et qui pourraient être « n’importe qui ». Je trouve ça intéressant qu’il y ait de la diversité parmi les acteurs, parce que ça concerne la Terre entière.

René Richard, comment as-tu réagi au texte?

René : J’ai d’abord été touché de voir le personnage évoluer de 12 à 25 ans. J’aimais l’idée que la parole de notre auteur national soit portée par cinq acteurs qui n’ont pas encore trente ans. Je trouvais ça vitalisant. J’ai constaté que les acteurs se reconnaissaient dans le texte, même s’ils ne viennent pas de cette époque-là. Ils sont très investis.

Le texte est fait de plusieurs courtes phrases réparties entre cinq voix. Il n’y a aucune indication, aucune didascalie. Comment monter un (très bon) texte écrit ainsi?

René : Dès la première lecture, j’ai demandé la permission à Michel de rassembler plusieurs répliques pour permettre aux acteurs de s’envoler un peu plus, au lieu d’avoir une phrase à la fois, mais sans perdre la multiplicité des voix. Comme il y a cinq gars sur scène, j’ai décidé de m’entourer seulement de conceptrices. On a voulu créer un univers pas trop daté, pas trop situé non plus dans le temps et dans l’espace. Des décors qui ne prennent pas toute la place. Au fond, c’est la parole qui est mise de l’avant. Le but est de rester le plus humble possible devant cette écriture-là, de porter cette parole avec le plus de justesse. Et c’est un travail de mémorisation d’horreur pour les acteurs!

Michel, pourquoi le regard de René Richard était-il celui qu’il fallait pour ce projet?

Michel : Il a été celui qui m’a prouvé que je pouvais être monté par quelqu’un d’autre qu’André Brassard au Québec, en 1986-1987, de façon aussi intelligente, mais incroyablement différente. Plus rock’n’roll. Et j’ai adoré le spectacle. C’est là qu’on est devenus des amis. Il a monté plusieurs autres de mes pièces. En 1991, il a joué Hosanna : c’est un des plus grands que j’ai vus.

René : Je me rappelle quand Brassard était venu voir Bonjour, là, bonjour. J’étais tout énervé! Je lui avais demandé s’il avait aimé ça. Il avait répondu : « Oui, le monde aime ça. Mais t’sais, c’est difficile d’aimer la nouvelle blonde de son ancien chum. » Je trouvais ça tellement juste comme explication.

Parmi les thèmes abordés, j’ai vu deux trames principales évoluer en parallèle : la naissance de l’auteur et le processus pour assumer l’homosexualité. Est-ce que je suis dans le champ?

Michel : Ta lecture est très juste. Dans la vie de tous les jeunes gais, les deux se font en même temps. Au fur et à mesure que tu formes ton acceptation, tu formes aussi ce que tu vas devenir, parce que tes goûts sont souvent différents de ceux des autres. En découvrant tôt ton homosexualité, il y a moins de chances que tu décides de faire certains métiers. Comme moi, qui ai grandi dans le milieu ouvrier, ça devenait impensable de ressembler à mon père et à mes frères. Je ne pouvais pas suivre leurs traces. J’ai travaillé trois ans en imprimerie, mais ça ne pouvait pas durer.

Comment la culture pop a-t-elle été une révélation de ton homosexualité?

Michel : Quand j’étais petit et que je voyais des annonces de pâte à dents Ipana… Je me souviens d’une soirée en visite chez une de mes tantes où ça jouait aux cartes. Je m’étais couché dans les fourrures et elle avait collé au mur une affiche de la pâte à dents. On voyait un couple sur le point de s’embrasser et, à six ou sept ans, j’aurais voulu être à la place de la fille. C’est une des premières fois où j’ai senti ça.

À un moment donné, tu assumes ton orientation sexuelle. Tu te dis : ça va être ça. Mais tu crains de rester seul et paria toute ta vie, en raison des mentalités de l’époque. À quel moment as-tu compris que le vent tournait et que tu pouvais avoir des relations?

Michel : Quand j’ai rencontré mon premier chum, Jean Archambault. Avant ça, je couraillais partout et je faisais ce que je pouvais, avec ce que j’avais. Puis, quand j’ai rencontré Jean, j’ai vu que ça se pouvait, premièrement. Jean est d’ailleurs celui pour qui j’ai écrit Hosanna en cadeau d’adieu.

René : En 1991, quand j’ai joué Hosanna, Jean m’avait donné un laminage d’Elizabeth Taylor avec une note. Après ça, je l’ai donné à Benoît Brière. Ça s’est rendu jusqu’à Mado récemment.

Puisque Michel écrit souvent sur des éléments qu’il a vus et vécus, on peut avoir l’impression de tout connaître de lui. Pourtant, avec la pièce, j’ai eu l’impression d’en apprendre beaucoup. René Richard, qu’as-tu appris?

René : Tous ces souvenirs de jeunesse, son éveil sexuel, etc. C’est la naissance de l’artiste qui recopie des textes, qui s’intéresse à Jules Verne, qui s’ouvre à la culture. C’est plein d’éléments nouveaux qui approfondissent notre connaissance de Tremblay. Moi, je suis arrivé au théâtre beaucoup grâce à Michel, quand j’ai vu En pièces détachées à la TV, le 7 mars 1971. On avait l’habitude de voir du Camus ou du Marivaux, mais tout d’un coup, j’ai entendu : « Michel, Michel, rentre ton bicycle, y commence déjà à faire noir. » Wow! Ma vie pouvait avoir une noblesse artistique. Bref, sa nouvelle pièce m’a permis de mieux comprendre le chemin qui devait être parcouru à l’époque pour les gais. Chemin qui s’était un peu simplifié pour moi des années plus tard. Aujourd’hui, on parle de transphobie plus que d’homophobie en salle de répétition, parce que c’est la même chose, les mêmes schémas.

À tes débuts, Michel, l’acte d’écrire t’excitait et t’angoissait en même temps. Quelques décennies plus tard, est-ce encore le cas?

Michel : Oh oui! Le plus beau moment de ma journée et le plus épouvantable, c’est quand je m’installe devant mon ordinateur chaque matin. Je sais toujours ce que je vais écrire durant ma journée, mais je ne sais pas comment ça va sortir, si ça va être bon. Avant de commencer, il y a toujours une grande part d’angoisse. Heureusement, ce n’est jamais arrivé en 70 ans d’écriture que je n’aie rien écrit.

René Richard, le début du travail de mise en scène te fait-il le même effet?

René : Moi, c’est un mélange de doute et de confiance à 50-50. Faire une mise en scène, c’est comme faire un casse-tête, mais sans le dessus de la boîte : tu découvres l’image le soir de la première! J’essaie toujours de lire la pièce très vite la première fois, parce que le spectateur va recevoir le texte rapidement lui aussi, sans pouvoir le relire. Je me concentre sur ce qui me touche d’emblée. Puis, j’aime que les membres de mon équipe me surprennent et m’amènent plus loin. J’essaie d’être le meilleur émetteur possible pour savoir où on s’en va, mais il y a toujours un moment où je deviens récepteur de ce qu’ils font. Je commente leurs propositions.

Le texte sera porté par cinq jeunes acteurs. Qu’est-ce que vous cherchiez pour jouer cette pièce?

René : Il n’y avait pas le souci d’avoir un grand, un petit, un gros, un maigre, un Noir, un trans ou autre. Mais il y avait la volonté de montrer qu’ils ne représentaient pas que Michel. On ne voulait pas cinq sosies. J’ai invité 17 acteurs que je connaissais à passer des auditions. Je les faisais venir cinq par cinq. J’ai senti une énergie entre certains. Et j’ai choisi cinq interprètes qui pouvaient se suivre dans une course à relais. Par exemple, j’ai vu des acteurs fabuleux, mais très singuliers : c’était moins évident de les placer dans un quintette qui se donne le relais.

INFOS : CONFESSIONS D’UN ENFANT DU SIÈCLE DERNIER — DÈS LE 10 NOVEMBRE 2026
De Michel Tremblay, dans une mise en scène de René Richard Cyr.
Représentations au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, du 10 novembre au 5 décembre 2026.

La pièce partira en tournée à travers le Québec dès janvier 2027 : 19 janvier, Québec, Salle Albert-Rousseau; 22 et 23 janvier, Gatineau, Salle Odyssée; 26 janvier, Sherbrooke, Centre culturel de l’UdeS, salle Maurice-O’Bready; 28 janvier, Saguenay, Théâtre C; 1er février, Granby, Palace; 3 février, Laval, Salle André-Mathieu; 6 février, Rimouski, Salle Desjardins-Telus; 9 février, Drummondville, Maison des arts Desjardins.

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