Avec Erupcja, le cinéaste américain Pete Ohs entraîne Charli XCX dans une escapade sentimentale à Varsovie, où les retrouvailles entre deux femmes viennent troubler les certitudes d’un couple. Tourné dans un esprit de liberté et d’improvisation, ce film indépendant de 76 minutes explore les désirs enfouis, les occasions amoureuses manquées et la difficulté de savoir ce que l’on souhaite réellement.
On connaît surtout Charli XCX pour sa musique électropop, son énergie provocatrice et le phénomène culturel provoqué par son album Brat. Avec Erupcja (Éruption), la chanteuse britannique fait une incursion dans le cinéma indépendant, dans un rôle qui joue autant sur son image de party girl que sur les vulnérabilités de son personnage.
Réalisé par Pete Ohs, cinéaste américain adepte des tournages collaboratifs, le film a été conçu dans une relative discrétion, alors que Charli XCX connaissait l’un des moments les plus intenses de sa carrière. Le scénario, développé avec les interprètes, privilégie la spontanéité des échanges et laisse une grande place aux non-dits.


Des retrouvailles qui réveillent le passé
Bethany (Charli XCX) séjourne à Varsovie avec son compagnon Rob (Will Madden). Amoureux, attentionné et convaincu de leur avenir commun, celui-ci envisage de lui demander sa main. Bethany semble toutefois moins enthousiaste, éprouvant une insatisfaction qu’elle peine elle-même à définir. Son séjour prend une tournure inattendue lorsqu’elle retrouve Nel (Lena Góra), une Polonaise avec laquelle elle entretient depuis plusieurs années une relation aussi intense que difficile à cerner.
Leur histoire remonte à un voyage scolaire au cours duquel une éruption volcanique avait contraint Bethany à prolonger son séjour en Pologne. Cette rencontre imprévue avait créé entre les deux jeunes femmes une complicité particulière, teintée d’attirance et de sentiments demeurés ambigus. Cette fois encore, l’Etna entre en éruption au moment où Bethany revient à Varsovie. Le parallèle avec les sentiments qui refont surface est évident, mais le film en tire quelques situations amusantes.
Une relation queer qui échappe aux définitions
C’est dans la relation entre Bethany et Nel qu’Erupcja trouve sa dimension queer la plus intéressante. Le film entretient volontairement le flou autour de leur passé. Ont-elles vécu une histoire d’amour? Une amitié traversée par le désir? Une relation qui n’a jamais véritablement trouvé sa forme?
Au contact de Nel, Bethany retrouve des habitudes et des sensations qu’elle semblait avoir abandonnées. Elle sort, fait la fête, se laisse entraîner dans les nuits varsoviennes et redécouvre une liberté dont elle ne mesurait peut-être plus l’importance. Ces retrouvailles l’amènent aussi à s’interroger sur sa relation avec Rob. Le film évite heureusement de présenter celui-ci comme un partenaire détestable dont Bethany devrait se libérer. Il est sincère, tendre et respectueux, mais découvre à Varsovie des aspects de sa compagne qui lui échappaient complètement.
Pour Rob, le mariage représente l’aboutissement naturel d’une relation heureuse. Bethany, de son côté, semble de plus en plus angoissée par la perspective d’un avenir déjà décidé. Revoir Nel signifie aussi renouer avec une part de son identité et de sa sexualité qui ne trouve peut-être plus sa place dans sa vie actuelle. On retrouve ici certaines préoccupations présentes dans l’univers musical de Charli XCX, particulièrement dans Brat, où les questions d’identité, de liberté et de contradictions personnelles occupent une place importante.

Varsovie, décor vivant d’une histoire sentimentale
L’une des grandes qualités d’Erupcja réside dans sa manière de filmer Varsovie. Les tramways, les immeubles, les parcs et les quartiers contrastés accompagnent les déplacements de Bethany, donnant parfois au film des allures de carnet de voyage. Le montage est vif, inventif, ponctué de ruptures de rythme et de changements de perspective. Pete Ohs multiplie les références cinématographiques, notamment à la Nouvelle Vague, tout en conservant une approche spontanée.
Le cinéaste joue également avec les langues, alternant anglais et polonais. Les difficultés de communication deviennent d’ailleurs un motif récurrent : Rob ne comprend plus vraiment Bethany, tandis que cette dernière peine elle-même à saisir ce qui la rattache encore à Nel.
Charli XCX dans un registre plus intimiste
La présence de Charli XCX constitue évidemment l’un des attraits du film. Son personnage conserve quelque chose de l’énergie festive associée à la chanteuse, mais Erupcja lui permet d’explorer un registre plus intimiste. Face à elle,Lena Góra incarne une Nel séduisante, imprévisible et parfois difficile à comprendre. Leur complicité est au cœur du récit, même lorsque leurs échanges laissent davantage de questions que de réponses.
Le film tire une bonne partie de son charme de cette impression de spontanéité. Les conversations prennent parfois des directions inattendues, les personnages se contredisent et certaines situations semblent se développer au hasard des rencontres.
Erupcja offre un portrait sensible des relations amoureuses, de leurs élans et de leurs contradictions. Sa dimension queer tient notamment à cette attirance entre deux femmes qui a traversé les années sans jamais complètement disparaître. Une histoire de retrouvailles qui rappelle que les personnes que l’on a aimées continuent parfois de nous accompagner longtemps après que nos chemins se sont séparés.
INFOS | ERUPCJA (ÉRUPTION) de Pete Ohs, avec Charli XCX, Lena Góra et Will Madden
76 minutes. Le film sera présenté en version originale anglaise et polonaise avec sous-titres en anglais. dans le cadre du 39e festival de films LGBTQ image+nation, le 20 novembre 2026, à 21:15, au Cinéma JA de Sève (LB-125). BILLETS
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