Avec Mineshaft: The Cruising Murders, Jeffrey Schwarz remonte aux crimes qui ont inspiré le controversé Cruising de William Friedkin et revisite un moment charnière de l’histoire gaie américaine, entre libération sexuelle, homophobie et bataille pour le droit de se représenter soi-même.
Dans le New York de la fin des années 1970, les bars cuir, les clubs BDSM et les lieux de drague offrent aux hommes gais des espaces de liberté encore rares ailleurs. Mais plusieurs meurtres brutaux et largement non résolus viennent assombrir cette effervescence.
Jeffrey Schwarz (I Am Divine, Vito, Tab Hunter Confidential) s’attarde notamment au meurtre d’Addison Verrill, journaliste de Variety, tué en 1977 par Paul Bateson — un technicien en radiologie qui, étrange coïncidence, avait tenu un petit rôle dans L’Exorciste. L’affaire attire l’attention de William Friedkin, qui décide de plonger dans cet univers pour réaliser Cruising, avec Al Pacino.
Lorsque le scénario circule avant le tournage, une partie de la communauté gaie se mobilise. À une époque où Anita Bryant et d’autres figures conservatrices présentent déjà les homosexuels comme une menace, pourquoi Hollywood choisit-il encore de les montrer comme des déviants, des meurtriers ou leurs victimes? Les manifestations qui perturbent le tournage deviennent alors autant une contestation du film qu’une revendication : qui a le droit de raconter nos histoires?
Plus de quarante ans plus tard, la réponse est devenue moins simple. Longtemps vilipendé, Cruising a aussi été réapproprié par de nouvelles générations comme l’un des rares témoignages grand public d’une sous-culture cuir aujourd’hui en grande partie disparue.
Monté avec l’efficacité d’un thriller, Mineshaft: The Cruising Murders ne cherche donc ni à réhabiliter William Friedkin ni à condamner rétrospectivement ses opposants. Jeffrey Schwarz restitue plutôt toute la complexité d’un moment où libération sexuelle et violence homophobe coexistaient — juste avant que le sida ne transforme tragiquement ce monde. Un documentaire passionnant sur les crimes, certes, mais surtout sur la mémoire queer, la représentation et ceux qui contrôlent le récit.
INFOS : À voir lors du 39e festival image+nation, qui se déroulera du 19 au 29 novembre. Le film sera présenté le 22 novembre à 17h, au Cinéma JA de Sève (LB-125) | Concordia University 1400 Boul. de Maisonneuve O. Montréal, QC H3G 1M8 (métro Guy-Concordia).
Billetterie : https://image-nation.org