Le pouvoir burkinabè, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a voté la pénalisation de l’homosexualité le 1er septembre. Un signal fort du rejet de l’Occident par le Burkina Faso, qui rejoint en cela la politique des autres pays membres de l’Alliance des États du Sahel.
L’assemblée législative de transition du Burkina Faso a voté à l’unanimité, ce 1er septembre, une nouvelle loi qui s’inscrit dans la réforme du Code des personnes et de la famille, interdisant “les comportements jugés contraires à la structuration de la famille”, explique le média progouvernemental burkinabè Lefaso.net.
Désormais, les relations homosexuelles sont “passibles de deux à cinq ans de prison”, ce qui représente “un durcissement du cadre juridique”, note de son côté Afrik.com. La nouvelle loi prévoit des peines d’amende allant de 2 à 10 millions de francs CFA (de 3 000 à 15 000 euros) en plus de l’emprisonnement. Pour les étrangers, l’expulsion sera systématique.
Une première pour le pays
Avec cette loi qui avait été annoncée dès 2024, le Burkina Faso rejoint ainsi la trentaine de pays africains qui ont criminalisé l’homosexualité. “C’est une tendance observée dans plusieurs pays africains, où les autorités rejettent ce qu’elles considèrent comme des valeurs étrangères”, souligne la Deutsche Welle.
Jamais le pays n’avait criminalisé l’homosexualité. Elle était même tolérée sous “l’esprit révolutionnaire de Thomas Sankara [ancien président du Burkina Faso et héros national], pour qui l’orientation sexuelle n’était en aucune façon un sujet”, décrypte Afrik.com dans un autre article.
Mais depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré, en 2022, la rhétorique contre l’Occident et ses valeurs innerve le discours politique.
Leader panafricain “charismatique” de 37 ans, déterminé à libérer sa nation des héritages du colonialisme… Tel est le portrait que faisait au mois de mai BBC News du capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis que la junte militaire s’est emparée du pouvoir, il y a trois ans.
Un véritable révolutionnaire, qui fait aujourd’hui face à un paradoxe politique : celui d’un retour sans précédent aux valeurs coloniales, sous le prétexte de préserver des “valeurs sociales et culturelles nationales”, détaille la Deutsche Welle.
Instrumentalisation politique
Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali, le Niger et, désormais, le Burkina Faso, ont tous adopté la criminalisation de l’homosexualité. “Cette synchronisation révèle une stratégie politique concertée d’instrumentalisation de l’homophobie comme marqueur identitaire anticolonial”, explique le site panafricain Afrik.com. Ce qui produit l’effet inverse, poursuit-il : “Décriminaliser l’homosexualité peut constituer un acte authentiquement décolonial.”
Le Burkina Faso a écarté la France de son territoire et suit la politique de défiance vis-à-vis de l’Occident menée par l’AES.
“Dans un tel contexte, la pénalisation de l’homosexualité apparaît souvent comme un signe de rejet des valeurs supposées du monde occidental”, expliquait l’anthropologue Christophe Broqua à The Conversation après l’adoption d’une loi similaire au Mali, en 2024. “Cet alignement des politiques dans ces trois pays n’est pas surprenant.”
Le retour de l’homophobie coloniale
Ces politiques de criminalisation à l’encontre des personnes LGBTQI “se produisent partout ailleurs sur le continent. Et à une époque où les mouvements africains se renforcent, ils deviennent plus visibles, ils deviennent plus connectés, [ce dont] nous pouvons nous inquiéter”, déplore Anthony Oluoch, directeur de programmes de Pan Africa Ilga, réseau africain d’organisations de défense des droits des personnes LGBTQI, cité par la Deutsche Welle. Le chercheur estime ainsi que “leur adoption rend plus difficile pour le gouvernement d’offrir des programmes de santé publique, et cela ne fait que rendre les gens plus vulnérables”.
En outre, cette adoption d’une loi homophobe au Burkina Faso “ressuscite les lois coloniales contre l’homosexualité”, analyse ainsi Afrik.com. Alors que le gouvernement d’Ibrahim Traoré prétend rompre avec l’héritage colonial, cette loi signe le retour d’“une de ses pages les plus sombres : l’homophobie coloniale”, insiste le média. “Elle constitue […] l’un des legs les plus durables de la colonisation européenne.”
“L’homophobie a été introduite en Afrique par la colonisation, à travers la religion et à travers les lois coloniales françaises et anglaises”, rappelle de son côté Fabrice Nguena, un militant pour les droits des personnes LGBTQI.
Les systèmes juridiques mis en place par les colonisateurs européens aux XIXeet XXe siècles ont doté 38 législations africaines de lois criminalisant l’homosexualité. Dans le texte adopté par l’Assemblée législative burkinabè, Afrik.com retrouve aussi le vocabulaire moral de l’époque colonial, avec des expressions telles que “comportements bizarres” ou “actes contre nature”.

