Samedi, 20 juin 2026
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    «Correlieu retrouvé» : Mathieu Laca dévoile une facette méconnue d’Ozias Leduc

    « Correlieu retrouvé », c’est le titre de cette exposition qui se déroulera du 20 juin au 27 septembre prochain au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire. Pourquoi Correlieu ? Parce que « Correlieu » est le nom que le peintre Ozias Leduc a donné à l’atelier qu’il s’est construit en 1890 au pied du mont Saint-Hilaire. Ce mot signifie « l’endroit où le cœur est en tout ». Et quelle est la relation entre le peintre Mathieu Laca et Ozias Leduc ? La réponse est simple : dans le cadre de la programmation du 30e anniversaire du musée, l’exposition de Mathieu Laca se concentre sur trois figures majeures de l’histoire de l’art québécois : Ozias Leduc, Paul-Émile Borduas et Jordi Bonet.

    Mais au-delà de l’hommage, l’artiste Mathieu Laca avance une hypothèse qui pourrait jeter un éclairage nouveau sur l’un des peintres les plus importants du Québec : Ozias Leduc aurait entretenu avec le poète Guy Delahaye une relation dépassant le cadre de la simple amitié.

    Une exposition née d’une absence
    À l’origine du projet se trouve une déception. Lors d’une visite au mont Saint-Hilaire, Mathieu Laca découvre que Correlieu, l’atelier construit par Ozias Leduc en 1890, a disparu. « L’idée originale de l’exposition et de cette recherche sur Leduc vient d’abord du fait que je suis allé visiter des amis à Mont-Saint-Hilaire et que j’ai été déçu de constater que le bâtiment de Leduc avait été détruit. On sait que Borduas, Leduc et Bonet ont tous les trois habités dans la région de Mont-Saint-Hilaire. Cela m’a amené à me plonger dans les œuvres de ces trois grands artistes et cela m’a inspiré. »

    Diplômé en arts visuels de l’Université Concordia en 2005, Laca entreprend alors un vaste travail de recherche afin de revisiter l’héritage de ces trois créateurs qui ont marqué, chacun à leur façon, l’histoire culturelle du Québec. « Je voulais créer des œuvres avec des allusions et toucher à l’essence de leurs créations. Quelles sont les racines de leurs créations ? Qu’est-ce qu’ils voulaient dire ? »

    L’exposition rassemble une quarantaine d’œuvres de différents formats, allant de grandes toiles de six pieds sur huit pieds à des dessins au fusain. Des extraits de correspondance et plusieurs références historiques viennent également enrichir le parcours.

    Une découverte qui change le regard sur Ozias Leduc
    Au fil de ses recherches, Mathieu Laca s’est toutefois retrouvé sur une piste inattendue. En consultant le fonds d’archives d’Ozias Leduc ainsi que celui du poète Guy Delahaye, il a accumulé des indices qui l’ont amené à remettre en question certains aspects de la biographie officielle du peintre. « Dans les ouvrages écrits sur Leduc et dans la recherche subséquente, les gens ont eu des soupçons, mais n’ont pas cherché à investiguer la chose plus à fond. J’ai décidé de creuser le sujet. »

    L’artiste souligne notamment un fait qui l’a intrigué dès le départ. « Ozias Leduc a peint plusieurs portraits de Delahaye, mais aucun portrait de sa femme. Cela m’a mis la puce à l’oreille. Il y avait bien des lettres aussi de Delahaye à Leduc, mais il faut se rappeler qu’à l’époque, on ne pouvait pas parler de ce genre de relation ouvertement. »

    À cela s’ajoutent d’autres éléments troublants. Le mariage tardif de Leduc, à l’âge de 43 ans, avec une cousine plus âgée que lui, abandonnée par son premier mari puis devenue veuve, lui apparaît davantage comme une union de convenance que comme une histoire d’amour. L’absence de représentation de cette épouse dans son œuvre renforce également ses interrogations. Selon Laca, plusieurs indices convergent vers l’existence d’une relation amoureuse entre Leduc et Delahaye, une hypothèse qui n’a jamais été explorée en profondeur dans les ouvrages consacrés au peintre. Parmi les éléments les plus révélateurs figure une inscription laissée par Leduc sur un portrait du jeune poète : « AMoNAMIGUYDELAHAYE ». Le petit « o » permet d’isoler le mot latin amo, signifiant « j’aime ». « À l’époque, il y avait des sentiments, des gestes, mais il n’y avait surtout pas d’étiquettes. On ne pouvait pas vivre cela ouvertement comme aujourd’hui. On considérait Leduc comme un bohème et Delahaye était vu comme un dandy. »

    Pour l’artiste, cette découverte ouvre la porte à une relecture complète de certains symboles présents dans l’œuvre de Leduc, dont plusieurs aspects demeurent encore aujourd’hui mystérieux. Convaincu de l’importance de cette piste, il travaille actuellement à la rédaction d’un livre consacré à cette recherche.

    DÉTAIL DU TABLEAU DE MATHIEU LACA – Noms sous l’écorce / Huile sur lin 153cm x 184cm 2026

    Noms sous l’écorce
    Cette révélation se retrouve au cœur de l’œuvre phare de l’exposition : Noms sous l’écorce. Créée spécialement pour l’occasion, cette grande composition s’inspire à la fois du tableau Érato (Muse dans la forêt) d’Ozias Leduc et d’un poème du même nom publié par Guy Delahaye dans son recueil Les Phases en 1910. Laca y représente les visages de Leduc et de Delahaye surgissant de l’écorce de deux arbres, comme si le temps révélait enfin une histoire longtemps demeurée enfouie. Entre eux apparaît un autoportrait nu de l’artiste contemporain. Derrière cette figure se profile une forêt empruntée à l’univers pictural de Leduc. Sur son ventre, Laca a reproduit une illustration réalisée autrefois par le peintre pour un ouvrage de Delahaye. On y distingue notamment un serpent formant un cœur, symbole qui évoque à la fois l’amour et l’interdit. L’œuvre agit comme une synthèse de toute la démarche entreprise par l’artiste : recherche historique, interprétation symbolique et création contemporaine.

    Bonté, liberté et mystère
    Si la figure de Leduc occupe une place centrale dans l’exposition, les deux autres artistes abordés y jouent également un rôle important. Mathieu Laca associe à chacun d’eux un thème fondamental. Chez Ozias Leduc (1864-1955), il identifie la bonté comme moteur de création. Cette qualité se manifesterait dans l’humilité des sujets représentés, la douceur de la lumière et la délicatesse du traitement pictural.

    Paul-Émile Borduas (1905-1960) incarne quant à lui la liberté. Son parcours témoigne, selon Laca, d’un désir constant de se libérer des contraintes morales, religieuses et artistiques afin de parvenir à une expression authentique. Enfin, Jordi Bonet (1932-1979) est associé au mystère. Marqué par la guerre civile espagnole, l’amputation de son bras droit et la mort tragique de son fils, il a développé une œuvre tournée vers ce qui échappe à la compréhension immédiate et survit à la disparition. À travers ces trois thèmes, l’artiste propose un dialogue entre passé et présent, tout en démontrant que les grandes figures de l’art québécois continuent d’alimenter la réflexion contemporaine.

    Présentée dans le cadre du 30e anniversaire du Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, l’exposition sera accompagnée d’une vidéo retraçant les quelque dix-huit mois de recherche et de création qui ont mené à sa réalisation. Mathieu Laca offrira également des visites guidées au cours de l’été, permettant au public d’approfondir cette démarche où l’histoire de l’art, l’enquête et la création se rencontrent pour faire surgir de nouvelles lectures du patrimoine québécois. Mathieu Laca travaille actuellement à l’écriture d’un ouvrage relatant la relation particulière qu’aurait entretenue Ozias Leduc avec Guy Delahaye, un livre qui paraîtra prochainement.

    INFOS | Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire
    150, rue du Centre-Civique, Mont-Saint-Hilaire
    Tél. : 450-536-3033 | https://mbamsh.com
    Visitez le site de l’artiste Mathieu Laca https://mathieulaca.com

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