Le drame musical financé par le Fonds des médias du Canada fait le pari rare de placer une adolescente trans au cœur d’une série jeunesse. Ses créateurs reviennent sur leur volonté de raconter cette histoire dans le climat actuel et sur les défis de rejoindre le jeune public. En 2024, FEM a accompli quelque chose que très peu de séries jeunesse avaient osé faire auparavant : placer l’émancipation d’une adolescente trans au centre de son récit.
La télévision a certes offert quelques personnages trans marquants dans les dernières années — pensons notamment à Euphoria —, mais peu d’œuvres leur ont accordé une place aussi centrale que celle de Zav, un musicien franco-ontarien de 16 ans qui rêve d’intégrer le Conservatoire, tout en explorant secrètement son identité féminine. Et c’est au Québec que cette série, diffusée sur les plateformes de TV5+ (anciennement Unis TV) et de Netflix (la saison 1), est née.
« C’est quand même 10 % de la population qui fait partie de la communauté [LGBTQ+]
at large, souligne la réalisatrice de FEM, Marianne Farley. On a le droit d’avoir notre contenu aussi, de faire des projets qui nous touchent. »
Si le sujet était audacieux en 2024, le producteur de la série, Patrick Bilodeau, constate qu’il l’est encore davantage maintenant, avec la montée de l’intolérance face à la transidentité et à la communauté LGBTQ+ : « En deux ans, ça a changé à l’international, observe-t-il. Les gens sont frileux, ils savent que ça fait réagir, que ça fait jaser. Ils n’ont pas vraiment envie d’aller là. » Le contexte ne décourage pas le producteur d’UGO Média, bien que, de son propre aveu, il serait tentant de privilégier des propositions plus conventionnelles. Peu importe : la boîte de production a gardé le cap en allant de l’avant avec une seconde saison de FEM, qu’on peut dès maintenant visionner gratuitement sur TV5+.

Au rythme de la transidentité
Dans la suite de cette série créée et coscénarisée par Maxime Beauchamp, Zav (Lennikim) est maintenant une jeune femme trans : elle est sortie du placard et cherche à faire sa place dans l’industrie de la musique. L’autrice-compositrice-interprète a quitté le petit village franco-ontarien de Lanark pour la scène montréalaise ; et les « vrais » amis pour les fortes personnalités du spectacle et de la vie nocturne. La première saison avait particulièrement touché les téléspectateurs, comme en témoignent les nombreux messages enthousiastes et souvent touchants reçus par les membres de l’équipe de FEM.
« On a vraiment vu la saison deux comme un chapitre deux. Là, on est ailleurs. On est beaucoup dans le monde de la nuit, dans les prestations musicales, dans les clubs et dans les questionnements de l’expression de la féminité », explique Patrick Bilodeau. Au fil des 10 épisodes, Zav se demande quel genre de femme elle est, et ce que cette femme représente pour elle, quitte à se perdre dans sa quête identitaire. La musique, loin de la simple trame sonore, l’accompagne comme un personnage dans son exploration de l’identité de genre. « On avait le goût d’être plus dark, illustre Marianne Farley. La musique est très urbaine ; c’est plus techno. On a mis des influences plus hip hop et trip hop. »

Être diffusé par le géant Netflix
Après la sortie de la première saison de FEM, Netflix a approché UGO Média pour l’acquérir. Pour la boîte de production québécoise, il était essentiel que la série obtienne une fenêtre de diffusion à l’international, alors que seuls les Canadiens y ont accès sur TV5+. « C’est sûr que ça donne une bonne tape dans le dos, ça donne de la crédibilité au projet, dit Patrick Bilodeau. Et tu te dis “Câline, ça veut dire quelque chose !” »
Netflix a aussi l’avantage de favoriser la découvrabilité d’une série auprès des jeunes adultes, qui semblent bouder les plateformes et les contenus locaux au profit des géants américains. En 2024, 64 % des Québécois de 15 à 29 ans avaient surtout visionné des contenus de l’extérieur du Québec, selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ).
« Non seulement ils ne sont pas sur les plateformes québécoises, mais ils ne les connaissent même pas ! » déplore le producteur. Comment alors intéresser les jeunes adultes aux séries d’ici ? Pour la réalisatrice Marianne Farley, ça passe entre autres par l’offre. « Il faut prendre des risques. Je pense qu’il ne faut pas être paternaliste, ne pas essayer de leur enseigner comment être un adulte. Les séries jeunesse doivent aussi aller vers ce qui intéresse les jeunes et non ce que les adultes pensent qui intéresse les jeunes. Je pense que c’est ce qui fait la force de FEM, aussi. On reste proche des personnages, qui vivent de vrais drames. »

Pas de 3e saison, mais un nouveau projet
La deuxième saison de FEM sonne la fin de ce drame musical. Le trio créatif composé du créateur et showrunner Maxime Beauchamp, de la réalisatrice Marianne Farley et du producteur Patrick Bilodeau n’a cependant pas dit son dernier mot. Il planche présentement sur une nouvelle série, actuellement en prédéveloppement.
« On avait hâte de repartir sur un nouveau projet, dit Patrick Bilodeau. On est à la fois dans une certaine continuité ; ça reste une série éclatée, avec beaucoup de rebondissements, vraiment unique, mais dans un univers complètement différent. »
Il décrit la série comme une fausse téléréalité qui suit des couples en lice pour gagner un traitement révolutionnaire de fécondation permettant à quiconque de concevoir un enfant avec son ADN. Le nouveau projet met aussi fièrement de l’avant la communauté LGBTQ+, et ce, peu importe si les gens y sont frileux.
PAR Florence Tison [email protected]
INFOS | https://www.tv5plus.ca
La saison 2 sera prochainement aussi sur Netflix où vous pouvez visionner la saison 1.

Cet article a été rendu possible grâce au soutien du FMC

