Mercredi, 19 août 2026
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    Murdoch Mysteries (Les enquêtes de Murdoch) : « J’ai mal parce qu’on n’a pas le droit de m’aimer ! »

    À première vue, Murdoch Mysteries (Les enquêtes de Murdoch) ressemble à une série policière historique tout ce qu’il y a de plus classique. Depuis 2008, plus de 330 épisodes suivent le détective William Murdoch (Yannick Bisson), qui résout des crimes dans le Toronto de la fin du XIXe siècle grâce à des méthodes scientifiques avant-gardistes.

    Sans réinventer la série policière — l’identité du coupable est parfois assez convenue —, elle conjugue habilement intrigues criminelles, transformations sociales et avancées scientifiques, du télégraphe aux vues animées, en passant par l’arrivée des ballons dirigeables, des filtres à café, des hot-dogs et des casse-têtes, tout en laissant place à une bonne dose d’humour et à des personnages bien campés et très attachants. Dans les saisons plus récentes, elle s’aventure même du côté d’un rétrofuturisme à la Jules Verne, avec l’apparition d’amusantes technologies annonçant, par exemple, le Web et les pirates informatiques.

    La série débute en 1895, une époque charnière où la société canadienne glisse peu à peu de l’ère victorienne vers la modernité. Les personnages évoluent donc dans un monde partagé entre des traditions encore bien enracinées et les grandes transformations technologiques, sociales et culturelles qui annoncent le XXe siècle. Au centre du récit se trouve William Murdoch (Yannick Bisson), un détective profondément catholique et légèrement coincé — au point de peler ses bananes avec un couteau et de les découper à la règle —, qui résout des crimes grâce à des méthodes scientifiques novatrices. Il travaille aux côtés de Julia Ogden (Hélène Joy), une médecin légiste beaucoup moins portée sur la religion. Leur supérieur, l’inspecteur Thomas Brackenreid (Thomas Craig), est un ancien militaire au tempérament bourru, tandis que George Crabtree (Jonny Harris) est un policier qui se distingue par une imagination parfois un peu trop débordante.

    Meurtres en tout genre, crime organisé, tueurs en série, nouvelles armes de destruction massive et savants fous rythment leur quotidien. À ces enquêtes s’ajoutent des enjeux sociaux, notamment au regard du racisme et des luttes féministes, ainsi que l’intervention des services secrets canadiens. Ces derniers font notamment appel à Murdoch pour déjouer des complots visant l’annexion du Canada par les États-Unis : une prémisse ancrée dans des faits historiques, à laquelle les élans expansionnistes de Donald Trump ont depuis donné une résonance nouvelle. La série réserve aussi une place de choix aux grandes figures de l’époque qui croisent ainsi les enquêtes, d’Edison à Tesla, en passant par Marie Curie, Charlie Chaplin, Conan Doyle, Wilfrid Laurier et plusieurs autres.

    Un peu comme Doctor Who, la série propose une relecture adoucie de l’histoire, où certaines réalités sociales sont atténuées — par exemple une femme noire qui agit à titre de médecin légiste — sans être pour autant complètement écartées. C’est particulièrement vrai pour le sexisme, le racisme et l’homosexualité, qui prennent graduellement plus de place au fil des saisons. En bâtissant un univers volontairement anachronique sur le plan social, la série parvient ainsi, avec sérieux et humour, à poser un regard critique sur notre propre époque. L’inclusion de thèmes LGBTQ dans la série se décline en trois grandes phases.

    Phase 1 – Entre l’anecdotique et le tragique
    Dans la première phase, qui couvre les saisons 1 à 12, les représentations demeurent avant tout anecdotiques et souvent tragiques : les personnages queers y sont généralement présentés comme des victimes. C’est notamment le cas dans la S1Ép5, où la victime d’un meurtre se révèle être un homme gai engagé dans un mariage arrangé. Dans la S7Ép6, une lesbienne est assassinée après avoir dévoilé son orientation.

    Dans la S8Ép7, la découverte d’un squelette révèle qu’un personnage notable de la série a longtemps caché son orientation afin d’échapper au scandale. À la fois complexe, profondément tragique et riche en surprises, cet épisode gagnera en résonance lorsque ce même personnage refera surface dans plusieurs épisodes ultérieurs (S9É7, S13É14 et S15É3). Loin de se réduire à un cliché unidimensionnel, il incarne au contraire un homme complexe, à la fois profondément fier et intègre, mais aussi prisonnier d’une époque et d’un environnement qui ne lui permettent pas de vivre librement. Dans la S8Ép8, on introduit également les premiers signes d’une intrigue amoureuse entre femmes avec l’arrivée du personnage de Lillian Moss, un fil narratif qui se poursuit jusque dans la saison 9. Ces deux intrigues portent en elle les germes de la phase 2 de la série.

    Phase 2 – Se reconnaître dans l’autre

    Le détective Llewellyn Watts (Daniel Maslany) et Jack Walker, le boucher (Jesse LaVercombe)

    La saison 13 ouvre une phase de transition, marquée par un personnage à travers lequel le public peut plus facilement se reconnaître : le détective Llewellyn Watts (Daniel Maslany), présent depuis la saison 10. Dégingandé, intuitif et efficace malgré ses airs brouillons, il gagne en importance lorsque, dans l’épisode 6 de cette même saison, il enquête sur un meurtre commis lors d’une fête privée réunissant des hommes gais. Il se rapproche alors de Jack Walker (Jesse LaVercombe), un boucher soupçonné en raison de ses mœurs « dépravées ».

    Leur relation se poursuit dans le plus grand secret, puisque le moindre soupçon pourrait mener à une arrestation, à la disgrâce ou au lynchage public. L’intrigue culmine dans un surprenant épisode double — les épisodes 17 et 18 — où plusieurs récits parallèles poussent les personnages à remettre en question l’application stricte de la loi. Un dilemme moral se dessine alors : faut-il appliquer la loi au risque de détruire des vies, ou choisir de s’en écarter au nom de la raison et de la compassion? En révélant une part intime de lui-même, Watts force ainsi certains de ses collègues à cesser de détourner le regard et à prendre position.

    Phase 3 – Les blessures du quotidien
    À partir de la saison 14, Murdoch Mysteries approfondit le parcours de Watts et s’intéresse davantage aux conséquences concrètes de l’homophobie. Les épisodes abordent les insultes, le rejet social, les mariages de façade, les prémisses des thérapies de conversion et l’impossibilité de vivre ouvertement une relation amoureuse.

    L’arrivée de Milo Strange, un personnage afro-canadien gai, permet également d’élargir la réflexion. La série montre enfin que les réactions de l’entourage ne sont jamais uniformes : certains personnages rejettent Watts, d’autres font preuve d’une réelle empathie.

    L’une des plus belles scènes survient lorsqu’il résume toute la violence de cette époque en une phrase bouleversante : « Si j’ai mal aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’une personne ne m’aime plus : j’ai mal parce que cette personne n’a pas le droit de m’aimer. » À elle seule, cette réplique résume le regard que porte désormais la série sur l’homosexualité.

    Évidemment, la série ne prétend pas offrir une représentation fidèle des enjeux sociaux de l’époque, mais elle les aborde tout de même avec adresse en valsant habilement entre drame et légèreté. Impossible, par ailleurs, de ne pas souligner le soin apporté à la reconstitution historique, qu’il s’agisse des édifices, des technologies, des costumes ou des voitures. Cet aspect rappelle d’ailleurs un peu la série française des années 1970 Les Brigades du Tigre, qui était cependant beaucoup plus sérieuse dans son ton, mais animée par un souci comparable lorsqu’elle explorait l’impact de la technologie sur les enquêtes policières. Cette approche explique sans doute pourquoi, après 19 saisons, elle demeure l’une des séries canadiennes-anglaises les plus durables et les plus attachantes.

    INFO | Les 19 saisons de Murdoch Mysteries (Les enquêtes de Murdoch) sont offertes en anglais sur CBC Gem. En français, les saisons 10 à 12 sont accessibles sur tou.tv, qui ajoute ponctuellement de nouvelles saisons. La série est également disponible en DVD, en anglais comme en français (édition française).

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