Jeudi, 23 juillet 2026
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    Murdoch Mysteries (Les enquêtes de Murdoch) : « J’ai mal parce qu’on n’a pas le droit de m’aimer ! »

    À première vue, Murdoch Mysteries (Les enquêtes de Murdoch) ressemble à une série policière historique tout ce qu’il y a de plus classique. Depuis 2008, plus de 330 épisodes suivent le détective William Murdoch (Yannick Bisson), qui résout des crimes dans le Toronto de la fin du XIXe siècle grâce à des méthodes scientifiques avant-gardistes.

    Sans réinventer la série policière — l’identité du coupable est parfois assez convenue —, elle conjugue habilement intrigues criminelles, transformations sociales et avancées scientifiques, du télégraphe aux vues animées, en passant par l’arrivée des ballons dirigeables, des filtres à café, des hot-dogs et des casse-têtes, tout en laissant place à une bonne dose d’humour et à des personnages bien campés et très attachants. Dans les saisons plus récentes, elle s’aventure même du côté d’un rétrofuturisme à la Jules Verne, avec l’apparition d’amusantes technologies annonçant, par exemple, le Web et les pirates informatiques.

    La série débute en 1895, une époque charnière où la société canadienne glisse peu à peu de l’ère victorienne vers la modernité. Les personnages évoluent donc dans un monde partagé entre des traditions encore bien enracinées et les grandes transformations technologiques, sociales et culturelles qui annoncent le XXe siècle. Au centre du récit se trouve William Murdoch (Yannick Bisson), un détective profondément catholique et légèrement coincé — au point de peler ses bananes avec un couteau et de les découper à la règle —, qui résout des crimes grâce à des méthodes scientifiques novatrices. Il travaille aux côtés de Julia Ogden (Hélène Joy), une médecin légiste beaucoup moins portée sur la religion. Leur supérieur, l’inspecteur Thomas Brackenreid (Thomas Craig), est un ancien militaire au tempérament bourru, tandis que George Crabtree (Jonny Harris) est un policier qui se distingue par une imagination parfois un peu trop débordante.

    Meurtres en tout genre, crime organisé, tueurs en série, nouvelles armes de destruction massive et savants fous rythment leur quotidien. À ces enquêtes s’ajoutent des enjeux sociaux, notamment au regard du racisme et des luttes féministes, ainsi que l’intervention des services secrets canadiens. Ces derniers font notamment appel à Murdoch pour déjouer des complots visant l’annexion du Canada par les États-Unis : une prémisse ancrée dans des faits historiques, à laquelle les élans expansionnistes de Donald Trump ont depuis donné une résonance nouvelle. La série réserve aussi une place de choix aux grandes figures de l’époque qui croisent ainsi les enquêtes, d’Edison à Tesla, en passant par Marie Curie, Charlie Chaplin, Conan Doyle, Wilfrid Laurier et plusieurs autres.

    Un peu comme Doctor Who, la série propose une relecture adoucie de l’histoire, où certaines réalités sociales sont atténuées — par exemple une femme noire qui agit à titre de médecin légiste — sans être pour autant complètement écartées. C’est particulièrement vrai pour le sexisme, le racisme et l’homosexualité, qui prennent graduellement plus de place au fil des saisons. En bâtissant un univers volontairement anachronique sur le plan social, la série parvient ainsi, avec sérieux et humour, à poser un regard critique sur notre propre époque. L’inclusion de thèmes LGBTQ dans la série se décline en trois grandes phases.

    Phase 1 – Entre l’anecdotique et le tragique
    Durant les douze premières saisons, les personnages LGBTQ+ demeurent essentiellement des victimes. Un homme gai assassiné parce qu’il cache son orientation, une lesbienne tuée après avoir fait son coming out, un personnage ayant dissimulé toute sa vie son homosexualité pour éviter le scandale… La série évoque la réalité queer de l’époque, mais toujours à travers des destins tragiques.

    Une première ouverture apparaît toutefois avec le personnage de Lillian Moss, qui amorce une intrigue amoureuse entre femmes appelée à se développer dans les saisons suivantes.

    Phase 2 – Se reconnaître dans l’autre
    La saison 13 ouvre une phase de transition, marquée par un personnage à travers lequel le public peut plus facilement se reconnaître : le détective Llewellyn Watts (Daniel Maslany), présent depuis la saison 10. Dégingandé, intuitif et efficace malgré ses airs brouillons, il gagne en importance lorsque, dans l’épisode 6 de cette même saison, il enquête sur un meurtre commis lors d’une fête privée réunissant des hommes gais. Il se rapproche alors de Jack Walker (Jesse LaVercombe), un boucher soupçonné en raison de ses mœurs « dépravées ».

    Leur relation se poursuit dans le plus grand secret, puisque le moindre soupçon pourrait mener à une arrestation, à la disgrâce ou au lynchage public. L’intrigue culmine dans un surprenant épisode double — les épisodes 17 et 18 — où plusieurs récits parallèles poussent les personnages à remettre en question l’application stricte de la loi. Un dilemme moral se dessine alors : faut-il appliquer la loi au risque de détruire des vies, ou choisir de s’en écarter au nom de la raison et de la compassion? En révélant une part intime de lui-même, Watts force ainsi certains de ses collègues à cesser de détourner le regard et à prendre position.

    Phase 3 – Les blessures du quotidien
    À partir de la saison 14, Murdoch Mysteries approfondit le parcours de Watts et s’intéresse davantage aux conséquences concrètes de l’homophobie. Les épisodes abordent les insultes, le rejet social, les mariages de façade, les prémisses des thérapies de conversion et l’impossibilité de vivre ouvertement une relation amoureuse.

    L’arrivée de Milo Strange, un personnage afro-canadien gai, permet également d’élargir la réflexion. La série montre enfin que les réactions de l’entourage ne sont jamais uniformes : certains personnages rejettent Watts, d’autres font preuve d’une réelle empathie.

    L’une des plus belles scènes survient lorsqu’il résume toute la violence de cette époque en une phrase bouleversante : « Si j’ai mal aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’une personne ne m’aime plus : j’ai mal parce que cette personne n’a pas le droit de m’aimer. » À elle seule, cette réplique résume le regard que porte désormais la série sur l’homosexualité.

    Évidemment, Murdoch Mysteries ne prétend pas reconstituer fidèlement les réalités sociales de la fin du XIXe siècle. Elle les revisite plutôt avec sensibilité afin d’établir un dialogue entre hier et aujourd’hui. Cette approche, combinée à la qualité de sa reconstitution historique et à l’attachement que l’on développe pour ses personnages, explique sans doute pourquoi, après 19 saisons, elle demeure l’une des séries canadiennes les plus durables et les plus attachantes.

    INFO | Les 19 saisons de Murdoch Mysteries (Les enquêtes de Murdoch) sont offertes en anglais sur CBC Gem. En français, les saisons 10 à 12 sont accessibles sur tou.tv, qui ajoute ponctuellement de nouvelles saisons. La série est également disponible en DVD, en anglais comme en français (édition française).

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