Vendredi, 19 juin 2026
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    Dépénaliser l’homosexualité : comment faire évoluer les mentalités là où les lois répriment encore les personnes LGBTQ+?

    Une conférence internationale à Paris s’interrogera sur les stratégies les plus efficaces pour faire progresser les droits LGBTQ+ dans les pays où l’homosexualité demeure criminalisée. Alors que plusieurs pays occidentaux débattent aujourd’hui de diversité, d’inclusion ou de reconnaissance des identités de genre, une autre réalité persiste ailleurs dans le monde : celle de la criminalisation de l’homosexualité.

    Selon les organisations internationales de défense des droits humains, près de 66 pays continuent de sanctionner les relations entre personnes de même sexe par des peines allant de l’amende à l’emprisonnement, parfois même jusqu’à la peine de mort dans certains États.

    C’est dans ce contexte qu’une conférence internationale consacrée aux stratégies de dépénalisation de l’homosexualité se tiendra prochainement à Paris. Organisée par l’Association pour la Dépénalisation Universelle de l’Homosexualité (ADUH), en collaboration avec STOP homophobie et la Ville de Paris, la rencontre réunira chercheurs, militants et acteurs communautaires provenant de plusieurs régions du monde.

    Au cœur des discussions : une question fondamentale. Comment faire avancer les droits LGBTQ+ dans des sociétés où les arguments fondés sur les droits humains ne suffisent pas toujours à convaincre?

    Au Québec, où le mariage entre personnes de même sexe est légal depuis 2005 et où les protections contre la discrimination sont inscrites dans la loi depuis plusieurs décennies, il est parfois facile d’oublier que ces acquis demeurent loin d’être universels.

    Dans plusieurs pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie, les personnes LGBTQ+ continuent de vivre sous la menace de poursuites judiciaires, de violences ou d’exclusion sociale. Récemment, certains pays ont même renforcé leur arsenal législatif.

    Au Sénégal, les relations sexuelles entre personnes de même sexe peuvent être punies de peines d’emprisonnement pouvant atteindre dix ans. Au Niger, une réforme récente du Code pénal a introduit pour la première fois une criminalisation explicite des relations homosexuelles, avec des peines allant de cinq à dix ans de prison.

    Dans ces deux pays, les autorités invoquent fréquemment la défense des valeurs culturelles, religieuses ou traditionnelles pour justifier ces mesures.

    Les limites du discours occidental
    Depuis plusieurs décennies, les organismes internationaux s’appuient principalement sur les principes universels des droits humains pour défendre l’égalité des personnes LGBTQ+. Cette approche a permis d’importantes avancées juridiques dans de nombreuses régions du monde.

    Cependant, plusieurs militants soulignent aujourd’hui que ce discours ne produit pas toujours les effets espérés dans certains contextes. Dans plusieurs pays anciennement colonisés, les revendications LGBTQ+ sont parfois présentées par leurs opposants comme des valeurs importées de l’Occident, étrangères aux réalités locales.

    Cette perception complique souvent le travail des défenseurs des droits humains. « On ne convainc pas une société en lui parlant un langage qu’elle ne reconnaît pas comme le sien », résume l’une des idées qui seront discutées lors de la conférence.

    L’objectif n’est pas de renoncer aux droits fondamentaux, mais de réfléchir aux façons de les défendre en tenant compte des contextes culturels, religieux et historiques propres à chaque société.

    L’importance des voix locales
    Parmi les intervenants figure notamment Louis-Georges Tin, historien, militant français impliqué dans la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Ses travaux portent depuis longtemps sur les enjeux LGBTQ+ dans les sociétés postcoloniales et sur les tensions qui peuvent exister entre les principes universels d’égalité et les perceptions locales de ces revendications.

    Des militants provenant d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Asie partageront également leur expérience du terrain. Leurs témoignages permettront de mieux comprendre comment les mouvements LGBTQ+ locaux adaptent leurs stratégies, construisent des alliances et cherchent à ouvrir des espaces de dialogue dans des environnements parfois très hostiles.

    Une réflexion qui résonne aussi au Québec
    Même si le Québec évolue dans un contexte très différent, plusieurs questions soulevées par cette conférence trouvent également un écho ici. L’histoire des avancées LGBTQ+ québécoises démontre que les changements sociaux ne reposent pas uniquement sur des réformes législatives. Ils passent aussi par l’éducation, la visibilité, le dialogue et la capacité à rejoindre la population dans un langage qui lui parle.

    Des débats récents sur les droits des personnes trans, l’éducation à la diversité sexuelle ou encore la montée de certains discours conservateurs montrent que les acquis demeurent fragiles et que les conversations sur l’inclusion continuent d’évoluer.

    Faire avancer les droits dans des contextes difficiles
    Au-delà des différences culturelles et politiques, la conférence parisienne rappelle une réalité essentielle : les stratégies qui fonctionnent dans un pays ne sont pas nécessairement transposables ailleurs.

    Dans les sociétés où l’homosexualité demeure criminalisée, les militants doivent souvent composer avec des réalités complexes, où la sécurité des personnes concernées, les traditions locales, les influences religieuses et les enjeux géopolitiques s’entrecroisent.

    Pour les organisateurs, l’enjeu n’est donc pas seulement juridique. Il s’agit aussi de comprendre comment les sociétés changent, comment les mentalités évoluent et comment les droits humains peuvent progresser même dans les contextes les plus difficiles.

    Car si les avancées observées au Québec, au Canada ou dans plusieurs pays européens démontrent qu’un changement est possible, elles rappellent également que ce changement est rarement instantané. Il est souvent le fruit d’années — voire de décennies — de dialogue, de mobilisation et de courage.

    INFOS |  Dépénalisation de l’homosexualité : quels discours pour faire évoluer les sociétés? 25 juin 2026, à 18 h. Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris.

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