Mercredi, 22 juillet 2026
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    Mise en scène du spectacle du 20e, Mélodie et Geneviève passent de drag kings à… parents!

    On sait que Mélodie Noël-Rousseau et Geneviève Labelle se cachent derrière les drag kings Rock Bière et RV Métal. On sait que leurs pièces de théâtre (Ciseaux, Moi, Jeanne) récoltent les honneurs. On sait aussi que le duo a la responsabilité d’imaginer le grand spectacle artistico-historique, du samedi 8 août, mis sur pied par Fierté Montréal. Mais rares sont celleux qui savaient que ces deux artistes à l’énergie débordante étaient devenu·es parents il y a exactement un an.

    Vous assurez la direction artistique du spectacle présenté dans le cadre des 20 ans de Fierté Montréal. À quoi aurons-nous droit?
    Geneviève : Fierté Montréal a mis ce spectacle entre nos mains, mais l’organisation s’implique aussi dans le choix des artistes. Comme on a la responsabilité de créer une histoire, on a décidé de faire un portrait des luttes queers montréalaises des années 1970 à aujourd’hui. Pour chaque décennie, il y aura un DJ set avec une discipline artistique différente : cinéma, cirque, cheerleading, musique live, etc. À travers tout ça, il y aura aussi 15 acteurices qui seront le fil rouge du spectacle et qui créeront des fresques vivantes dans chaque tableau.

    Mélodie : On voulait ancrer le spectacle dans le Montréal qu’on connaît. L’ouverture sera faite par Manon Vendette, qui anime un karaoké dans le Village. On veut impliquer plein de gens qu’on retrouve dans le quotidien queer de la ville.

    Geneviève : On travaille avec plusieurs collectifs montréalais et avec Little Star, qui fera du VJing en direct à partir de contenus des Archives gaies du Québec et des archives que les collectifs nous envoient.

    En résumé, on fait un spectacle non pas pour souligner les 20 ans de Fierté Montréal, mais pour célébrer nos luttes depuis les années 1970.

    Vous êtes des artistes politisé·es. Quelle est votre position face à Fierté Montréal, après les controverses des dernières années?
    Mélodie : On y a réfléchi. Nous, on est dans des milieux souvent arides. À nos débuts en drag, on se faisait dire sans arrêt que ce n’était pas facile pour les kings. Notre position a toujours été de rester, d’être visibles et présentes en priorisant l’amour. Tant que j’ai le courage de comprendre ce que ma présence politique fait dans ces milieux-là, je vais continuer. Mais je suis vraiment empathique et très compréhensive envers les gens qui veulent garder une distance. Toutes les positions sont valides. On sent l’effort de Fierté Montréal d’ouvrir les discussions sur ces enjeux-là. Il y a eu un gros changement dans l’administration. La nouvelle équipe a rencontré plein de gens cette année. On donne une chance à tout ça, en espérant que le vent a tourné. Dans l’état actuel du monde, on pense qu’il faut trouver des moyens d’être ensemble.

    En 2025, votre compagnie Pleurer dans Douche a remporté le Prix Mosaïque de l’Union des artistes et le Prix de la meilleure mise en scène décerné par l’Association québécoise des critiques de théâtre. Ça représente quoi pour vous?
    Geneviève : C’est vraiment une belle reconnaissance! Parfois, on se demande si on nous donne de l’espace dans le milieu parce qu’on est marginalisées et qu’il faut nous faire une place. Mais ces prix-là nous disent que notre art est fucking bon. Ça nous donne envie de continuer, parce que c’est vraiment un milieu difficile financièrement. On consacre notre vie au théâtre et au drag.

    Mélodie : Si on n’avait pas plusieurs victoires, comme ces prix et les nombreuses diffusions de nos spectacles en région, de l’Abitibi à la Côte-Nord, en passant par la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick, ce serait sûrement différent. Ça fait du bien de faire voyager nos kings dans des endroits où on en voit moins. Depuis des années, on bénéficie d’une belle reconnaissance.

    Vous avez été un peu moins présentes sur les scènes au cours des derniers mois. Qu’est-ce qui explique ça?
    Geneviève : On a quand même fait beaucoup de shows pour des gens… qui viennent d’avoir un bébé!
    Mélodie : J’ai joué Rock Bière enceinte d’Henri, qui est né le 31 juillet 2025. Un mois après sa naissance, on était dans Charlevoix pour un spectacle de Bière et Métal. Récemment, on était à Carleton-sur-Mer!

    D’où vient votre désir d’être parents?
    Mélodie : Rapidement, on a parlé de parentalité et on a rencontré la Coalition des familles LGBT pour savoir comment ça fonctionne. L’organisation nous a offert un super accompagnement! Je le recommande à toutes les personnes qui ont ce désir. Bref, on y pensait depuis longtemps, mais on se disait souvent qu’on n’avait pas le temps de faire un bébé.

    Geneviève : On est fusionnelles depuis qu’on se connaît. On aime beaucoup avoir des projets ensemble. Si le projet bébé n’avait pas fonctionné, on aurait fait quelque chose d’autre. Ce n’était pas une nécessité dans notre vie, mais ça a marché! Cet enfant fait partie de nos vies. Il nous suit dans nos résidences de création et dans les salles de répétition. C’est beau de voir à quel point ça se marie bien avec notre vie.

    Pourquoi avez-vous gardé le bébé sous silence?
    Mélodie : À cause du milieu du théâtre. Encore aujourd’hui, plusieurs personnes ont moins de contrats quand elles sont enceintes ou parents. Bien des gens pensent que la personne est enceinte pendant trois ans… On ne l’affiche pas sur les réseaux sociaux, mais on en parle tranquillement dans le milieu, et déjà on nous demande si on va être capables de faire un spectacle dans deux ans! Alors qu’on est déjà remontées sur scène et qu’on n’a jamais arrêté. Une chance qu’on a gardé ça secret, parce que ça peut ralentir nos projets. C’est une décision purement business, parce que j’aimerais ça tapisser tout Internet de ce joli minois!

    Son arrivée vous a-t-elle fait réfléchir au fait que presque tous vos projets sont réalisés ensemble?
    Geneviève : Un peu, oui… mais on a réussi à aligner nos flûtes jusqu’à présent. Heureusement, on a un bel entourage qui garde Henri. Il a deux parraines et un marrain très proches de lui. On a aussi plein d’ami·es parents qui aimeraient avoir d’autres enfants, mais qui ne peuvent pas, faute d’argent et d’espace, et qui nous demandent de le garder. Cela dit, on ne pourra pas toujours être là toutes les deux.

    Mélodie : Il faut aussi penser aux revenus. On se partageait le salaire de mise en scène et d’écriture dans nos projets, parce qu’on assumait les deux rôles ensemble. Présentement, on cherche des façons de réorganiser nos chapeaux de création pour gagner un peu plus. Ça coûte cher, avoir un bébé!

    INFOS | https://fiertemontreal.com

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