Mercredi, 23 juin 2021
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    «Il est temps de combattre la grossophobie au sein de la communauté LGBTQ+»

    La grossophobie visible en ligne est la plus répandue. Sur les sites de rencontres, il est plutôt commun de tomber sur des profils qui stipulent, d’une simplicité nonchalante: «Pas de gros». Si cette demande est presque (à tort) entrée dans les mœurs, les insultes grossophobes font grincer beaucoup plus facilement les dents: «Et le régime, tu t’y mets quand?», «Oups, t’es gros? J’avais pas vu.», «Ça ne te dérange pas d’être si gros?» Le problème est rendu si fréquent que des comptes Instagram ont même été créés pour illustrer le problème, dont un en français (gros_vs_grindr).

    Au cours des derniers mois, trois lecteurs du Fugues — Jean-Claude (42 ans), Karl-Éric (24 ans) et Willem (37 ans) — nous ont contacté pour nous faire part du type de messages qu’ils ont reçu, et continuent de recevoir. «Tu te mets au sport?», «Quel est ton poids et ta taille actuelle? … Désolé, trop lourd!» S’ils ne font jamais plaisir, Karl-Éric en rigole le plus souvent. «C’est drôle ce concept d’être « trop lourd », le gars a vu mes photos, mais dès que je lui ai dit mon poids, il s’est rétracté. C’est comme s’il y avait une limite de poids qu’il ne faut surtout pas dépasser, c’est assez absurde!».

    Willem a «envie de plaire à quelqu’un sans que ça n’ait le moindre rapport à [s]on poids et c’est difficile. «Soit ton poids te disqualifie, soit c’est que tu correspond à un fétiche du gars».

    Fétichisation
    Après les rejets dus à son poids, Willem reçoit, lui aussi, des messages fétichistes. «J’ai envie de me sentir écraser par toi» est le dernier en date. Willem en parle avec humour, ça le fait rire de recevoir de tels messages, mais ça l’agace aussi clairement. Il n’y a pas d’entre deux, c’est soit le rejet, soit la fétichisation. «J’ai envie de plaire à quelqu’un sans que ça n’ait le moindre rapport à mon poids et c’est difficile. Soit ton poids te disqualifie, soit c’est le poids qui devient CE qui compte. On ne se sent pas apprécié pour sa personne. J’aimerais simplement qu’on fasse abstraction de tout ça. Visiblement, c’est trop demander à plusieurs».


    Il y en a certains qui envoient les messages suivants: «Moi je suis OK avec tous types de personnes», qui, sans n’avoir rien demandé, disent qu’ils tolèrent un corps, qu’ils autorisent les personnes en formes autant qu’en forme. Beaucoup d’escortes lui écrivent également, ce qui lui donne la sensation de ne pas être désiré, mais d’être perçu comme un gars qui «naturellement devra» payer pour avoir des rapports sexuels. «Ce n’est jamais méchant, mais c’est souvent ce qui fait le plus mal», confie Guilhem.

    La grossophobie en face à face
    Jean-Claude dit avoir commencé à être gros vers 11-12 ans. «Après avoir passé le primaire, le secondaire et le Cégep, on développe une carapace. La politesse des adultes fait du bien, je n’expérience presque plus la grossophobie aujourd’hui, au travail ou dans la vie de tous les jours.»


    Il trouve que le monde gai est très violent par rapport au poids. Cela dit, «je crois que les hétéros sont moins rudes à l’égard des gros. C’est peut-être une impression, mais j’ai le sentiment que la communauté gaie s’arrête beaucoup plus que le reste de la population sur le physique et qu’elle a des critères arrêtés et des idéaux physiques que pas tout le monde possède.»

    Cela rappelle la désormais célèbre réplique de la série «American Dad»: «I’m straight thin, but gay fat.» («Je suis mince pour les hétéros, mais gros pour les gais»). Un clin d’œil à la culture du corps qu’on associe à une certaine partie de la communauté gaie et qui n’est peut-être pas seulement un cliché. Les trois constatent que si les applications comme Grindr et Scruff ont rendus impossible de filtrer les gens sur des critères d’origines ethniques, il est toujours possible de le faire sur la question de l’apparence physique ou du poids. «Pour être juste, je dirais que la situation bien qu’elle n’est pas idéale, est sans doute moins pire qu’il y a 15 ou 20 ans», considère Jean-Claude. «Je sens qu’il y a une plus grande conscientisation de ces questions-là et l’atmosphère se veut un peu plus inclusive. Peut-être que les mouvements bear et d’acceptation physique ont joué pour beaucoup sur ça, mais néanmoins, il reste pas mal de chemin à faire.»

    Stigmate et réappropriation
    Le stigmate d’être gros, c’est quelque chose que Willem et Karl-Éric se réapproprient beaucoup. Tout comme les mots « queer » et « salope », des insultes que se sont réappropriées des mouvements militants, les termes gros et obèses commencent à être utilisés à but d’empowerment: «Ça met les gens mal à l’aise quand je dis que je suis gros, que je rapporte tout à mon poids, et ça me fait un bien fou. Ça me permet d’extérioriser et de dédramatiser complètement. Quand on est plusieurs gros aussi, on en parle plus, on s’inspire les uns les autres et on se traite de gros (rires), c’est une manière de se défouler.»

    La grossophobie n’est pas drôle, c’est une vraie réalité. «Parfois je me dis que le G dans LGBTIQ+ pourrait aussi signifier gros… Nous sommes aussi une minorité discriminée dans la minorité», dit Karl-Éric. Selon lui, au sein de la communauté LGBTIQ+, cette réalité devrait être de plus en plus reconnue, et il devrait être plus facile d’en parler au sein de la communauté. La grossophobie dont Jean-Claude, Karl-Éric et Willem sont victimes fait écho à toutes les autres discriminations. Hégémonie de la minceur, de la binarité et d’autres constructions sociales, notre société se doit d’accepter les individualités.

    INFOS | grossophobie.ca et instagram.com/gros_vs_grindr

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