Vous les avez sans doute déjà croisés — à la Fierté, dans un bar queer ou sur les réseaux : des gens portant des cagoules de chien, souvent en cuir coloré. Le pup play (ou « jeu de chiot ») est partout, du cinéma à la mode, en passant par les scènes underground queer. Avec des références dans des films comme Babygirl ou Pillion, et même sur la pochette du nouvel album de Sabrina Carpenter, Man’s Best Friend, cette pratique issue du milieu BDSM est en train de s’imposer dans la culture populaire. Et comme souvent, les communautés queer avaient une bonne longueur d’avance.
Quand les queers montrent les crocs
Le pup play est une pratique issue du BDSM où une personne incarne un chiot — le pup — tandis qu’une autre joue le rôle du handler (ou dresseur). Ensemble, ils ou elles créent un espace de jeu où les rapports de force, la confiance et le lâcher-prise sont centraux. L’idée : se libérer des inhibitions humaines pour retrouver un état de jeu primal, instinctif, libéré des codes sociaux. Ça peut passer par des câlins, des ordres simples comme « assis » ou « reste », ou encore des moments de pur jeu corporel.
Cette sous-culture, née dans les communautés cuir des années 1980, s’est développée dans la lignée des mouvements BDSM apparus dès les années 1940. Aujourd’hui, elle est visible partout : de la Folsom Street Fair à San Francisco au Mr. Leather International de Chicago, en passant par Montréal et ses nombreuses soirées Puppy.
Une pratique plus sociale que sexuelle
Contrairement à ce que plusieurs imaginent, le pup play n’est pas toujours sexuel. Bien sûr, il peut l’être, mais pour beaucoup, c’est surtout une forme de connexion communautaire et de confiance. Selon une étude publiée en 2022 dans le Archives of Sexual Behavior, 84 % des participants affirment que le pup play a amélioré leur santé mentale. Le sentiment d’appartenance, le jeu collectif et la reconnaissance d’un espace sans jugement jouent un rôle central. C’est ce que plusieurs décrivent comme une expérience à la fois sensorielle, émotionnelle et identitaire.
Petit lexique du monde des pups
• Pup : la personne qui adopte une attitude canine pendant le jeu.
• Handler (ou dresseur·euse) : celle ou celui qui guide et prend soin du pup.
• Pack (meute) : un groupe de pups qui jouent ensemble, parfois avec une hiérarchie interne (alpha, bêta, oméga).
Les relations entre pups et handlers fonctionnent souvent sur un modèle inspiré du BDSM : consentement explicite, règles claires, mots de sécurité, et beaucoup de communication.
Cagoules, harnais et liberté
Les accessoires sont une partie emblématique de cette culture : cagoules en cuir avec museau et oreilles, harnais bulldog, gants en forme de pattes, colliers et protège-genoux. Ils permettent de se glisser plus facilement dans la peau (ou le poil) du personnage. Mais il est important de le souligner : on n’a pas besoin de tout cet équipement pour pratiquer le pup play. Ce qui compte, c’est l’état d’esprit — pas le costume. Et non, tous les pups ne se prennent pas pour des chiens : le pet play englobe aussi des chats, renards, lapins, et d’autres animaux.
Pup vs. Furry : deux univers distincts
On confond souvent les pups avec les furries, mais les deux communautés sont différentes. Les furries font partie d’un fandom (une culture de fans) centré sur la créativité et la camaraderie. Le pup play, lui, est ancré dans les cultures BDSM et cuir queer. Les furries se déguisent souvent en animaux anthropomorphes avec des combinaisons complètes et des têtes en mousse, tandis que les pups optent pour des accessoires de cuir, plus proches de l’esthétique BDSM.
Pourquoi autant de personnes queer s’y reconnaissent?
Parce que le pup play, au fond, c’est une célébration du corps, du jeu et du lien.
C’est un espace où l’on peut exprimer sa vulnérabilité sans honte, où les codes de genre et les attentes sociales s’effacent.
Pour plusieurs personnes LGBTQ+, il s’agit d’un moyen de retrouver du plaisir dans la peau qu’on habite, dans un cadre consensuel et bienveillant. Une forme d’intimité collective où l’on explore le contact, la liberté, la confiance — et parfois, le désir.
De la marginalité à la culture pop
Que ce soit dans des séries, des vidéoclips ou des festivals queer, le pup play fait maintenant partie du paysage. Les médias grand public s’y intéressent, et comme toujours, la droite américaine s’en indigne.
En septembre dernier, le député républicain Randy Fine a publié une vidéo d’un pup en train de jouer, accompagnée du commentaire : « Le gauchisme doit être écrasé. » Un refrain familier : depuis des années, les ultraconservateurs utilisent les sous-cultures queer — drag, furry, pup play, etc. — comme prétextes pour attiser la peur et miner les droits LGBTQ+. Mais pour les personnes qui pratiquent le pup play, l’enjeu n’a rien de scandaleux : il s’agit simplement de vivre leur vérité, de créer du lien et, surtout, de s’amuser.
En somme, le pup play n’est ni une mode ni une bizarrerie. C’est une forme d’expression queer, une manière de se reconnecter à son instinct, à sa communauté et à une sensualité non normative. N’oublions pas que sous le cuir et les cagoules, il y a avant tout des gens qui cherchent la même chose que tout le monde : de la liberté, du plaisir, et un endroit où ils peuvent être pleinement eux-mêmes.

