Samedi, 17 janvier 2026
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    Craig Sauvé, l’outsider à la conquête de la mairie de Montréal

    Conseiller municipal de l’arrondissement du Sud-Ouest depuis 2013, Craig Sauvé, qui siège maintenant comme indépendant après avoir quitté Projet Montréal, vient de créer son propre parti, Transition Montréal, et se lance dans la course à la mairie. Fort de son expérience municipale et de ses engagements communautaires, il entend faire une différence.

    Pourquoi vous lancez-vous à la conquête de la mairie de Montréal ?
    Craig Sauvé : J’ai toujours été quelqu’un d’engagé, bien avant mon entrée en politique municipale. Au fil des années, j’ai tissé de bonnes relations, non seulement avec des élu·e·s de Projet Montréal, mais aussi avec ceux et celles d’Ensemble Montréal et avec des indépendant·e·s. Après ma défaite comme candidat du NPD aux élections fédérales, je n’étais pas très inspiré. Puis j’ai été approché, et après en avoir discuté avec ma conjointe, j’ai décidé de me lancer, avec l’idée de créer un parti « propositionnel » : changer la façon de travailler ensemble et éviter les débats stériles.

    Cette volonté est-elle née de votre expérience comme élu indépendant, en multipliant les
    alliances ?

    Craig Sauvé : Oui. Comme indépendant, j’ai pu faire adopter des motions avec l’appui de petits partis comme Équipe LaSalle ou Équipe Anjou, ainsi qu’avec l’élu indépendant Serge Sasseville, qui a d’ailleurs porté la motion sur le train à grande vitesse.

    C’est donc un désir de dépasser la partisanerie ?
    Craig Sauvé : Exactement. Je privilégie un travail plus collaboratif entre les élu·e·s. Dès notre lancement, nous avons indiqué vouloir inclure, au sein du comité exécutif, des membres de Projet Montréal, d’Ensemble Montréal et même de plus petits partis. Cela favoriserait une véritable collaboration, comme on le voit dans certaines grandes villes européennes. Je crois que la population de Montréal souhaite ce changement.

    L’une de vos annonces qui a fait réagir est votre volonté d’augmenter la taxe foncière des maisons unifamiliales de 3,5 millions et plus, en lien avec la crise du logement et de l’itinérance.
    Craig Sauvé : Face à l’inaction des gouvernements fédéral et provincial, il faut trouver des solutions à notre portée. Pour moi, c’est le combat de notre génération : rééquilibrer la fiscalité et tendre vers une réelle équité. Si on a 10 millions en banque et que ça croît de 10 %, on gagne 1 million sans avoir travaillé une heure. Pendant ce temps, les plus pauvres s’appauvrissent. Cette taxation permettrait de créer un fonds pour le logement et la lutte contre l’itinérance. Actuellement, il n’y a pas vraiment de leadership sur ces enjeux. Sous Trudeau, quelques programmes ont vu le jour, mais ils sont insuffisants pour contrer la crise humanitaire dans nos rues.

    Adopteriez-vous une position plus ferme face à vos partenaires fédéral et provincial ?
    Craig Sauvé : Oui. On a trop attendu pour qu’ils bougent. La Ville doit prendre le leadership sur le logement, l’itinérance, la toxicomanie et la santé mentale liée à l’itinérance. Je ne prétends pas que cette taxe réglera tout, mais si Montréal investit déjà environ 10 millions dans la lutte contre l’itinérance, cette mesure pourrait rapporter entre 10 et 20 millions de plus. Depuis l’arrivée de la CAQ, nous avons tenté la diplomatie, mais nous n’avons pas été entendus — on le voit avec l’Hôpital Maisonneuve, comme si Montréal n’était pas un enjeu stratégique. Montréal est pourtant le moteur économique du Québec. Je suis prêt à prendre le train chaque semaine pour rencontrer les ministres concernés à Québec. C’est la même chose pour la toxicomanie : il y a peu de centres d’injection supervisés, souvent éloignés des lieux où les gens en ont besoin. Il faut aussi plus de travailleur·euse·s de rue, mais cela relève du provincial. En matière de logement, la Ville peut acquérir des terrains, mais ce n’est pas à elle de construire des logements abordables.

    En attendant une meilleure collaboration, que faire pour les personnes itinérantes déplacées lors du démantèlement des campements ?
    Craig Sauvé : On peut mettre en place des mesures temporaires : hébergements d’urgence, tentes, campements avec services de base (toilettes, sécurité, etc.). Démanteler un campement sans solution, c’est renvoyer les gens à la rue. Personne ne veut devenir itinérant. Avec des campements supervisés et plus de travailleur·euse·s de rue, on peut recréer un lien de confiance et orienter les personnes vers les bons services.

    Mais à condition que cette mesure ne devienne pas permanente…
    Craig Sauvé : Évidemment. On peut s’inspirer d’expériences comme celle de la Maison Benoît Labre, près du métro Atwater, qui offre 36 studios à des personnes itinérantes avec dépendances et troubles de santé mentale, encadrées par des spécialistes. C’est un modèle à reproduire.

    L’insécurité est aussi liée à l’itinérance.
    Craig Sauvé : En tant que conseiller municipal, j’ai étudié la criminalité et discuté avec de nombreuses personnes œuvrant auprès de jeunes criminalisés ou à risque. La prévention joue un rôle clé : mentorat, programmes sportifs ou culturels. La Petite-Bourgogne est un bon exemple : au début des années 2000, la rue Richmond était surnommée Murder Alley, avec gangs, drogue et violence. On a investi dans la jeunesse, ouvert deux maisons de jeunes avec des intervenant·e·s à temps plein, et la situation a radicalement changé.

    Les travaux de réfection de la rue Sainte-Catherine dans le Village inquiètent les commerçants.
    Craig Sauvé : Peu importe qui sera maire ou mairesse, ces travaux sont incontournables :
    les infrastructures sont vétustes. L’administration Plante a mis en place un programme de
    compensation, une première au Canada. Il faudra peut-être l’adapter aux réalités du Village et accélérer les versements. Lors des travaux sur la rue Notre-Dame, nous avions engagé, deux ans avant le chantier, une personne de liaison entre commerçants, arrondissement et chantier, joignable directement par téléphone. C’était un succès et on devrait reproduire ce modèle pour le Village.

    Et la place des communautés LGBTQ+ dans votre programme ?
    Craig Sauvé : La création d’un comité LGBTQ+ à la Ville serait une excellente chose : cela permettrait un lien direct avec les enjeux des organismes. Il faudrait aussi envisager un financement pérenne pour les plus petits organismes LGBTQ+, qui font beaucoup avec peu de moyens, plutôt qu’un financement seulement par projet. Pour l’Espace LGBTQ+, je sais que le bâtiment est acquis, mais pour l’instant, je ne connais pas le montant des travaux ni la contribution possible de la Ville.

    Denis-Daniel Boullé et André C. Passiour

    INFOS | https://www.transitionmtl.org/chef-craig-sauve

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