Samedi, 31 janvier 2026
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    Une molécule conçue à Montréal force le virus du VIH à s’ouvrir et permet d’atteindre ses réservoirs dormants

    Une équipe internationale dirigée par deux chercheurs du Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) vient de franchir une étape majeure dans la lutte contre le VIH. Dans une étude publiée dans Nature Communications, les scientifiques montrent qu’une nouvelle molécule est capable d’ouvrir la « carapace » du VIH et de rendre visibles des cellules infectées jusqu’ici inaccessibles au système immunitaire.

    Une percée montréalise qui expose les failles du virus
    Les chercheurs Jonathan Richard et Andrés Finzi ont mis au point un mimétique du récepteur CD4, baptisé CJF-III-288, qui se lie au virus et modifie la structure de son enveloppe d’une façon jamais observée. La molécule fonctionne comme la clé que le VIH utilise normalement pour infecter les cellules, mais cette fois, elle force le virus à dévoiler ses vulnérabilités.

    « Contrairement aux mimétiques précédents, CJF-III-288 agit à faible dose et fonctionne sur plusieurs souches primaires du VIH », explique Jonathan Richard. Le mimétique permet à des anticorps spécialisés, les anti-CoRBS, de déclencher une réaction immunitaire puissante : la cytotoxicité cellulaire dépendante des anticorps (ADCC), un mécanisme clé pour éliminer les cellules infectées.

    Jusqu’ici, ces anticorps étaient incapables d’agir seuls. « C’est la première fois qu’on démontre que les anti-CoRBS peuvent déclencher une réponse efficace en combinaison avec un mimétique CD4 », souligne Andrés Finzi.

    Rendre le VIH plus “souple” pour mieux l’attaquer
    Ce qui distingue CJF-III-288 des mimétiques déjà développés, c’est sa capacité à ouvrir asymétriquement l’enveloppe virale, la rendant plus flexible.

    « Cette souplesse permet aux anticorps d’arriver avec plusieurs angles d’attaque, ce qui facilite le travail des cellules NK chargées de détruire les cellules infectées », précise Jonathan Richard. Une flexibilité structurelle qui redonne leur puissance à des anticorps jusqu’ici dormants.

    Une collaboration scientifique internationale
    L’étude est le résultat d’une collaboration entre les équipes du CRCHUM et plusieurs laboratoires américains, réunissant des expertises en : modélisation animale (Yale), chimie moléculaire (Université de Pennsylvanie), cryomicroscopie électronique (Uniformed Services University et Yale) et en visualisation de glycoprotéines en temps réel (UMass)

    Un effet mesurable sur les réservoirs viraux
    Pour tester l’approche, les chercheurs ont d’abord analysé des échantillons de plasma provenant de personnes vivant avec le VIH. Ils ont ensuite combiné CJF-III-288 avec un anticorps anti-CoRBS dans un modèle de souris humanisées, dont le système immunitaire est similaire à celui des humains.

    Résultat : après l’arrêt des traitements antirétroviraux, le rebond viral a été retardé d’un facteur trois. Le VIH a repris entre 13 et 17 jours chez les souris traitées, contre 5 jours pour le groupe témoin.

    « Ce délai indique que la taille des réservoirs viraux a considérablement diminué », confirme Andrés Finzi.

    Vers des traitements qui s’attaquent aux cellules dormantes
    Même si les résultats demeurent précliniques, cette avancée ouvre la voie à des traitements pouvant réduire la dépendance à la médication à vie en diminuant les réservoirs viraux — l’un des principaux obstacles à une guérison fonctionnelle.

    Les chercheurs envisagent maintenant de tester le mimétique : en cocktail avec d’autres anticorps, puis sur des primates non humains, une étape cruciale avant les essais cliniques.

    Un enjeu mondial majeur
    Selon l’Organisation mondiale de la santé, 41 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde en 2024, et 1,3 million de nouvelles infections ont été recensées durant l’année. Une percée permettant d’atteindre les réservoirs viraux représenterait un changement de paradigme dans la lutte contre l’épidémie, particulièrement pour les communautés LGBTQ+, historiquement les plus touchées.

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