De la rage punk la plus frontale aux confessions pop les plus vulnérables, l’année 2025 aura été d’une richesse exceptionnelle pour la musique LGBTQ+. Dans un contexte politique et social toujours plus polarisé, les artistes queer et allié·e·s n’ont pas seulement offert des hymnes pour danser ou se consoler : ils et elles ont pris position, exploré leurs identités et repoussé les limites esthétiques.
Cette sélection des meilleurs albums LGBTQ+ de l’année témoigne d’une créativité décomplexée, où cohabitent l’énergie anarchique de Lambrini Girls, le grand retour dance-pop de Lady Gaga, l’ambition artistique de Rosalía, la catharsis rap de Cardi B et les prises de parole assumées de Maren Morris, Ashnikko ou aya. Chaque disque devient un espace de résistance, de désir et de réinvention.
Qu’ils soient conçus pour le dancefloor, la chambre à coucher ou la mosh pit, ces albums rappellent une chose essentielle : la musique queer n’est jamais qu’un divertissement. Elle est une force vitale, un lieu de rassemblement et un cri de liberté.
Who Let the Dogs Out — Lambrini Girls
Avec son titre clin d’œil à un « one-hit wonder », le premier album de Lambrini Girls annonce la couleur : humour anarchique, et une énergie animale qui ne lâche jamais prise sur moins de 30 minutes. Des morceaux comme « Big Dick Energy », « No Homo » et, surtout, le final explosif « Cuntology 101 » hurlent et fulminent avec la puissance de chaque jeune queer à qui on a déjà demandé de se calmer, de « se faire discret ». L’album défonce au passage la gentrification, l’homophobie, la transphobie, l’impérialisme, la frime masculine et l’ableisme — sans jamais lever le pied.
Mayhem — Lady Gaga
Le monde s’ennuyait de la Gaga sombre et dance-pop. En 2025, l’artiste a offert à ses fans la dose — carrément vitale — dont ils avaient besoin avec Mayhem. Les brûlots « Disease » et « Abracadabra » sont devenus des classiques instantanés de club, et l’album rappelle à quel point Lady Gaga a su, dès le départ, se rendre indispensable. Dans un univers saturé de pop stars, Mother Monster sait encore exactement comment sortir du lot.
LUX — Rosalía
LUX est le très attendu successeur de MOTOMAMI, l’album acclamé par la critique. La pression était énorme : il fallait un disque capable de tenir tête au niveau d’orfèvrerie du précédent. Rosalía relève le défi — et va même plus loin — avec une œuvre impeccablement construite, qui traverse les genres et les langues, passant d’arrangements orchestraux vertigineux à des textures acoustiques d’une simplicité désarmante.
Don’t Tap the Glass — Tyler, the Creator
Peut-être moins flamboyant ou immédiatement accrocheur que l’épique Chromakopia de l’an dernier, Don’t Tap the Glassn’en reste pas moins un album sans compromis. Ici, Tyler s’amuse — et aligne des bombes pour le dancefloor. « Sugar on My Tongue » et « Ring Ring Ring » sont des vibes pures, l’occasion parfaite de le voir exhiber à la fois sa maîtrise et son goût impeccable.
Wishbone — Conan Gray
Conan Gray a raconté qu’il avait écrit en secret, pendant deux ans, sans même prévoir sortir un album. Dans une légende Instagram, il explique que le simple fait de reprendre la plume a déclenché « quelque chose [qu’il] n’avait jamais ressenti », au point où il « s’est mis à avoir besoin de la musique ». Ainsi est né Wishbone. À 27 ans, le chanteur y met en pleine lumière la force de son écriture sur 12 titres d’une beauté douloureuse, produits par Dan Nigro — le producteur de choix d’Olivia Rodrigo et de Chappell Roan.
Salvation — Rebecca Black
Près de 15 ans après ses débuts, Rebecca Black (28 ans) atteint de nouveaux sommets avec son deuxième album, Salvation. Des titres comme « Trust! », « Sugar Water Cyanide » et la pièce-titre « Salvation » sonnent comme une disciple nouvelle génération de Gaga et Charli XCX, tandis que « Twist the Knife » pourrait se glisser parmi les meilleures chansons de Kim Petras. Ne la sous-estimez pas.
Am I the Drama? — Cardi B
Les fans ont attendu sept ans la suite d’Invasion of Privacy, son premier album primé aux Grammy. Entre un procès ultra médiatisé, un divorce exposé au grand jour (avec le père de trois de ses enfants) et une querelle amère au long cours avec Nicki Minaj, la rappeuse du Bronx a tout transformé en carburant. Résultat : un LP bourré de son humour signature, de piques mordantes et d’une bravade assumée. Elle règle ses comptes, mais se met aussi à nu sur « What’s Goin On » (avec Lizzo) et « Man of Your Word » (avec Dougie F). Bref : l’attente en valait la peine.
Dreamsicle — Maren Morris
Après une dispute publique avec Jason Aldean et sa conjointe au sujet des droits trans, un divorce, puis son coming out bisexuel, Maren Morris revient avec son premier album en trois ans : Dreamsicle, à la fois pop et brumeux. En se rapprochant d’un son pop singer-songwriter et en s’éloignant du country, elle signe des morceaux comme « Lemonade », « Bed No Breakfast » et « Cut! », qui mettent en valeur sa voix et une assurance retrouvée. « Too Good » est un irrésistible « allez-vous faire voir » adressé aux détracteurs : malgré les tempêtes, elle avance.
_I’m Only Fing Myself_ — Lola Young**
La trajectoire de Lola Young a brusquement ralenti lorsqu’elle s’est effondrée sur scène au festival All Things Go plus tôt cette année. Depuis, elle a mis ses performances en pause — et les fans devront se priver, pour l’instant, de sa pop teinte de rock. Sur son troisième album, _I’m Only F**ing Myself_, elle compense en remplissant l’espace : des chansons débordantes, portées par une voix saisissante sur « SPIDERS », « Post Sex Clarity » et « CAN WE IGNORE IT? 🙁 ».
Smoochies — Ashnikko
La pop star pansexuelle Ashnikko s’amuse avec toutes les facettes de sa sexualité sur cet album hilarant et survolté. Écrit après sa rupture avec sa partenaire de longue date, Arlo Parks, Smoochies revendique une « slut power » assumée et une fierté hédoniste : elle y chante le sexe avec des personnes de tous genres, les mini-jupes « itty bitty » comme source de force, et ces petits trésors qu’on accumule comme des talismans pour rester sain·e dans un monde qui déraille.
hexed! — aya
L’artiste britannique Aya Sinclair (aya) a lancé son deuxième album en 2025 et livre une symphonie de glitches, de beats de club, de textures synthétiques et de paroles corrosives sur la vie queer, l’addiction et la santé mentale. C’est du Aphex Twin passé par Ethel Cain, trempé dans l’acide, puis dévalé dans l’escalier. Ce n’est pas l’écoute la plus facile pour un public « casual », mais le voyage en vaut le vertige.
No Hard Feelings — The Beaches
Le groupe rock canadien The Beaches sort de la musique depuis 2013. Après un succès d’abord surtout national, elles ont finalement percé à l’international avec leur single irrésistible « Blame Brett » (2023), qui a explosé sur les réseaux sociaux et élargi leur public hors Canada — juste à temps pour No Hard Feelings. L’album enchaîne les bangers : des chansons lumineuses, aérées, très guitares, qui racontent l’expérience queer sans détour. Parmi les titres phares : « Did I Say Too Much », « Lesbian of the Year », « Last Girls at the Party » et « Dirty Laundry ».

