Une création de Robert Lepage est toujours un événement incontournable dans une saison théâtrale. Avec un classique des classiques, Macbeth de Shakespeare a été adapté dans les années 90 en langue vernaculaire québécoise par Michel Garneau. Loin des brumes écossaises et des rivalités de Robert Lepage la transporte au Québec dans le monde des motards et de la fameuse «guerre» qui a marqué les années 1990. Sur la scène du TNM jusqu’au 1er mars 2026.
De quoi susciter intérêt et curiosité. Comme toujours avec Robert Lepage, les décors et la scénographie sont grandioses, le spectacle est au rendez-vous pour les yeux. Le lever de rideau est spectaculaire et saisissant pour nous mettre dans l’ambiance d’une tragédie à venir. Même si, en ce soir de première, des spectateurs et des spectatrices ont ri bruyamment alors qu’il n’y avait rien de comique. Et là s’arrête la tragédie.

Nous sommes dans le monde des motards, les vestes de cuir incrustées d’emblème, les cheveux longs. Même les motos nombreuses feront des cercles sur la scène. Et bien sûr un motel, rendez-vous des bandes du crime organisé. Les comédien.ne.s sont remarquables même si parfois on frôle la caricature ou le grotesque. En somme, les motards deviennent des images d’Épinal pour souligner leur réalité. Violette Chauveau en Lady Macbeth, devenue simple femme d’un chef de gang, est irrésistible même si l’on aurait aimé parfois un peu plus de retenu dans son jeu.


Macbeth est une des pièces les plus courtes de Shakespeare. Robert Lepage l’étire pour arriver à près de 3h. Là aussi rien de bien nouveau, c’est une tendance pour créer une ambiance dans laquelle le public se laisse totalement imprégner. L’histoire de Macbeth est un peu complexe, mais peut se résumer ainsi : Macbeth est visité par trois sorcières, devenues trois drag-queens junkies par Lepage, elles lui disent que son destin est de devenir chef à la place du chef, même si ses sentiments profonds envers ce dernier, à qui il doit tout, le retiennent. Mais Lady Macbeth, son épouse, le pousse à commettre ce crime qui en entraînera d’autres. Cependant le couple sombre dans la folie et les remords. Meurtres, trahisons, soif du pouvoir, destin à réaliser, et folie sont les thèmes explorés par Shakespeare.
Mais voilà, les écueils peuvent être nombreux. La langue de Garneau est belle, inspirée de la langue populaire québécoise et d’un vocabulaire emprunté aux premiers colons de la Nouvelle-France et portée par un accent gaspésien. Délivrée sans aucune respiration, les répliques peuvent échapper aux néophytes. Elle nuit à la narration plus qu’elle ne l’aide. De plus, la mise en scène de Lepage joue plus sur l’humour pas toujours subtile. Facile, les motards ne le sont pas, ils se tapent sur le ventre, avalent bière sur bière, sont mal embouchés et triviaux. La salle rit beaucoup, nous éloignant de la tragédie.

Et Shakespeare dans tout cela ? Il passe au second plan. Pas seulement sur scène mais aussi dans la bouche des animateurs et animatrices culturel.le.s qui n’ont insisté que sur la langue de Garneau et la mise en scène de Lepage dans leurs chroniques.
On se retrouve alors plus proche d’un drame digne d’un faits divers en première page d’un quotidien en grossissant les traits qui les caractérisent. Un exemple : la merveilleuse Dominique Quesnel, en tenancière de motel, livre un monologue succulent sur les bienfaits et les dangers de l’alcool pour espérer une partie de jambes en l’air réussie. C’est drôle. Sauf, que cette scène n’existe pas dans l’œuvre originale.
Autre liberté prise par Lepage, la suppression du long monologue de Lady Macbeth, qui dans une crise de somnambulisme, dévoile sa culpabilité ne pouvant se détacher du sang qu’elle porte sur les mains. Et pourtant, c’est un tournant important dans la pièce puisqu’elle montre combien son rôle dans les meurtres est bien plus important que celui de Macbeth.
La pièce et le texte de Shakespeare ne sont plus qu’un prétexte, un squelette bien fragile dépouillé de la réflexion sur le pouvoir et la folie qu’il peut entraîner. Une réflexion dont nous aurions bien besoin aujourd’hui et qui ne peut se réduire qu’à de simples éclats de rire sur fond de mélodrame perdant toute crédibilité.
Faut-il aller Macbeth revisité par Lepage et Garneau ? Bien sûr pour le jeu des acteurs, les décors et la scénographie! On ne s’ennuie pas un seul instant, mais n’essayez pas d’y retrouver Shakespeare.
Macbeth de Shakespeare. Traduction en québécois de Michel Garneau. Mise en scène de Robert Lepage. Théâtre du Nouveau Monde. Jusqu’au 1er mars 2026
INFOS : tnm.qc.ca

