Denis-Martin Chabot est bien connu de nos communautés. L’ex-journaliste de Radio-Canada, animateur à Canal M, directeur de Fierté Littéraire, mais aussi acteur, publie régulièrement des recueils et des romans. Son dernier opus, Vintage Friperie des souvenirs, est un recueil de nouvelles écrites au fil du temps, puis oubliées dans sa boîte à souvenirs.
« Cela fait longtemps que j’écris, une trentaine d’années, confie Denis-Martin Chabot. Il y avait, entre autres, des nouvelles dont je ne savais pas trop quoi faire. Cela m’a fait penser au placard : celui dans lequel on cache son identité sexuelle ou de genre, mais aussi celui qui renferme une foule d’objets oubliés, comme ces nouvelles écrites puis laissées de côté. Le placard que l’on décide enfin de ranger est devenu mon fil conducteur pour organiser ces textes. Le narrateur, en retrouvant ses baskets et un tee-shirt, découvre aussi un capri qui lui évoque aussitôt son séjour en Afrique et son aventure avec un jeune journaliste du Burundi. »

Dans ce recueil, Denis-Martin Chabot ose bousculer certains codes d’écriture. Le narrateur se permet d’intervenir pour commenter ou simplement mettre en contexte les histoires qu’il raconte, comme s’il prenait du recul sur ses propres écrits. Présentées en italique, ces interventions sont souvent teintées d’humour et traduisent le regard que porte aujourd’hui l’auteur sur des textes rédigés il y a plusieurs années. Il en résulte deux niveaux de lecture auxquels on s’habitue rapidement. « J’ai posé mon regard d’aujourd’hui sur ces textes et je suis allé chercher une des choses qui est toujours inhérente à ma démarche culturelle et artistique : c’est quoi, être un homme? C’est quoi la masculinité? C’est quoi la vérité? C’est quoi être beau? Tout cela s’inscrit toujours dans un contexte queer. » Une galerie de portraits se dessine ainsi.
Par leurs agissements, ces personnages rejoignent les questionnements que peuvent se poser de nombreuses personnes gaies en lien avec leurs origines, qu’elles soient sociales, religieuses ou ethniques, d’où peut parfois naître une forme de haine de soi. Comme dans un débarras rempli d’objets hétéroclites, on passe d’une nouvelle où deux jeunes mormons partent faire du camping à celle d’un étudiant qui entretient une relation avec son logeur, puis avec le fils de ce dernier, dans un chassé-croisé à la fois sexuel et amoureux. « Même si certaines nouvelles peuvent paraître violentes, ajoute l’auteur, j’essaie toujours, avec humour, de dédramatiser, sans pour autant passer sous silence ce que nous pouvons encore subir, comme la masculinité toxique, la question du consentement, etc. »
Celles et ceux qui douteraient de la vraisemblance de certaines histoires n’auraient qu’à fouiller dans les tiroirs de leur propre mémoire : ils y découvriraient des expériences semblables, voire encore plus spectaculaires. C’est peut-être l’une des particularités des personnes dont l’orientation sexuelle ou l’identité de genre s’écarte de la norme. On se cherche, on expérimente, au gré de rencontres qui nous détruisent autant qu’elles nous construisent. Denis-Martin Chabot n’a pas encore fait le tour de son placard ni complètement vidé ses tiroirs. Il a dû faire un choix parmi ses nouvelles afin qu’elles s’intègrent dans un ensemble cohérent. D’autres dorment encore, et peut-être trouveront-elles leur place dans un prochain recueil. En attendant un plus grand ménage, l’auteur travaille déjà à la rédaction d’un autre roman dont il préfère taire le sujet. Gageons qu’il ne s’éloignera pas de ses précédents écrits et qu’il sera, lui aussi, porté par un regard à la fois queer et critique.
INFOS | Vintage Friperie des souvenirs, de Denis-Martin Chabot, Éditions Crescendo, 2026.

