L’Eurovision s’apprête à vivre une édition 2027 particulière : non seulement le Canada participera pour la toute première fois au célèbre concours, mais de nouvelles règles pourraient empêcher le pays gagnant d’organiser l’édition suivante s’il est aux prises avec un conflit armé ou une situation géopolitique jugée trop instable. Des changements qui pourraient notamment concerner Israël ou l’Ukraine.
L’Union européenne de radio-télévision (UER), qui organise le Concours Eurovision de la chanson, a revu ses règles en prévision de l’édition 2027, qui se déroulera en Bulgarie.
Parmi les changements les plus importants : remporter le concours ne garantira plus automatiquement au pays vainqueur le droit d’accueillir l’édition suivante.
Selon les nouvelles dispositions rapportées, un pays gagnant pourrait être écarté comme pays hôte s’il est impliqué dans « un conflit armé, une situation géopolitique sensible » ou si toute autre situation compromet de façon importante la sécurité ou la stabilité du pays ou de sa région immédiate.
Lorsque les circonstances l’exigeront, l’UER pourra commander une évaluation indépendante de la situation sécuritaire dans la région du pays gagnant. L’organisation consultera ensuite le Groupe de référence, l’instance qui supervise le concours, afin de déterminer si le diffuseur membre est en mesure d’organiser l’Eurovision en toute sécurité.
Si ce n’est pas le cas, un autre pays et un autre diffuseur seront choisis.
Ce diffuseur deviendra alors pleinement responsable de l’organisation, de la production et de la présentation du concours. Autrement dit, il ne sera pas considéré comme organisant l’événement « au nom » du pays ayant remporté la compétition.
Israël ou l’Ukraine pourraient être concernés
Cette modification pourrait avoir des conséquences importantes dès 2028.
Si un pays comme Israël ou l’Ukraine remportait l’Eurovision 2027, par exemple, l’UER pourrait décider que les conditions de sécurité ne permettent pas d’y organiser l’édition suivante.
Ce ne serait d’ailleurs pas sans précédent. Après la victoire de l’Ukraine à l’Eurovision 2022, l’invasion russe avait empêché le pays d’accueillir le concours l’année suivante. Le Royaume-Uni, arrivé deuxième, avait alors pris le relais et organisé l’Eurovision 2023 à Liverpool.
La différence est que l’UER souhaite désormais disposer d’un cadre réglementaire plus explicite pour gérer ce genre de situation.
Traditionnellement, le diffuseur du pays gagnant obtient la responsabilité d’organiser le concours de l’année suivante, sous réserve de la confirmation de l’UER. Pour 2027, c’est ainsi le diffuseur public bulgare BNT qui accueillera la compétition après la victoire de la Bulgarie en 2026.
Et le Canada fera son entrée dans la compétition
Pour le public d’ici, l’Eurovision 2027 comportera surtout une nouveauté de taille : le Canada participera officiellement au concours pour la toute première fois de son histoire.
CBC/Radio-Canada a obtenu le statut de membre à part entière de l’Union européenne de radio-télévision en juin dernier. Jusqu’ici membre associé de l’organisation depuis 1950, le diffuseur public canadien est désormais admissible à participer au Concours Eurovision de la chanson.
Le Canada deviendra ainsi le premier nouveau pays à intégrer la compétition depuis l’Australie en 2015.
Et contrairement aux cinq pays traditionnellement qualifiés automatiquement pour la grande finale, le Canada devra faire ses preuves : la chanson canadienne participera aux demi-finales de l’Eurovision 2027 en Bulgarie.
Reste évidemment la question qui risque d’occuper les fans canadiens au cours des prochains mois : qui représentera le pays?
CBC/Radio-Canada n’a pas encore annoncé l’artiste ni la chanson qui porteront les couleurs canadiennes.
L’arrivée du Canada pourrait être particulièrement intéressante pour le Québec, qui compte évidemment de nombreux artistes francophones capables de défendre une proposition originale sur une scène où les performances flamboyantes, les identités fortes et les chansons dans différentes langues ont depuis longtemps leur place.
Des artistes désormais âgés d’au moins 18 ans
Le règlement 2027 comporterait également d’autres changements.
L’âge minimal des artistes passerait notamment de 16 à 18 ans, tandis que de nouvelles exigences techniques concernant l’audio seraient mises en place.
Martin Green, directeur du Concours Eurovision de la chanson, explique que la révision annuelle des règles vise à permettre à la compétition de continuer d’évoluer tout en demeurant équitable, transparente et cohérente pour les diffuseurs, les artistes et les millions de personnes qui suivent l’événement.
Les changements apportés pour 2027 doivent notamment offrir davantage de clarté aux personnes impliquées dans la compétition, mieux protéger les artistes et maintenir un environnement sécuritaire et accueillant, tout en préservant l’esprit du concours.
Une édition 2027 à surveiller de près
L’Eurovision entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec les communautés LGBTQ+, qui constituent une part particulièrement visible et passionnée de son public. Entre les performances volontairement extravagantes, les artistes queers devenus emblématiques et les immenses rassemblements de fans organisés autour de la compétition, le concours est devenu bien davantage qu’une simple émission musicale annuelle.
L’édition 2027 s’annonce donc particulièrement intéressante vue du Québec.
Pour la première fois, il ne faudra plus nécessairement choisir un pays européen à encourager par procuration : le Canada aura sa propre chanson, son propre artiste et sa place sur la scène de l’Eurovision.
Reste maintenant à découvrir qui aura la lourde — et franchement assez fabuleuse — responsabilité de devenir la toute première personne à représenter le Canada au plus grand concours musical télévisé du monde

