Deux mois après avoir provoqué un tollé en affirmant que « l’homosexualité n’a pas sa place en Amérique », le représentant républicain du Tennessee Andy Ogles a perdu l’investiture de son parti. Malgré l’appui de Donald Trump, cet élu de l’aile dure du Parti républicain a été battu par Charlie Hatcher lors de la primaire du 6 août. Une défaite qui survient après une succession de controverses visant autant les personnes LGBTQ+ que les communautés musulmanes.
Andy Ogles, représentant républicain du Tennessee à la Chambre des représentants des États-Unis depuis 2023 et figure de l’aile trumpiste du parti, a perdu la primaire républicaine dans le 5e district du Tennessee, le jeudi 6 août.
Son adversaire, Charlie Hatcher, ancien commissaire à l’Agriculture du Tennessee, a remporté l’investiture malgré le soutien accordé à Ogles par Donald Trump. Hatcher bénéficiait pour sa part de l’appui de plusieurs poids lourds républicains de l’État, dont le gouverneur Bill Lee. Il affrontera le démocrate Chaz Molder lors de l’élection générale du 3 novembre.
La défaite d’Ogles est particulièrement remarquée puisqu’il est relativement rare qu’un élu républicain sortant appuyé par Trump soit battu lors d’une primaire.
Mais le parcours récent du représentant de 55 ans avait été marqué par une accumulation de controverses — notamment une enquête fédérale liée au financement de sa campagne ainsi qu’une série de déclarations visant les personnes LGBTQ+ et musulmanes.
Une sortie homophobe en plein mois de la Fierté
C’est toutefois une publication diffusée au début du mois de juin qui avait placé Ogles au centre d’une controverse nationale.
En plein Mois de la Fierté, le représentant avait écrit sur X : « L’homosexualité n’a pas sa place en Amérique. Bon Mois de la famille nucléaire. » La publication avait rapidement déclenché une vague de réactions, y compris chez d’autres élus républicains, avant d’être supprimée.
Même le sénateur républicain du Texas Ted Cruz, qui s’est pourtant longtemps opposé à plusieurs avancées des droits LGBTQ+, avait pris ses distances avec la déclaration.
Interrogé par TMZ, Cruz avait rappelé que les personnes homosexuelles faisaient partie de l’humanité depuis aussi loin que remontent les traces historiques, ajoutant qu’il adopte une position plutôt libertarienne lorsqu’il est question de la vie privée. « Le comportement d’adultes consentants, c’est leur affaire », avait-il résumé.
La condamnation avait été encore plus cinglante du côté du représentant républicain de New York Mike Lawler. « L’homosexualité existe. En Amérique », avait-il répondu publiquement à Ogles.
Lawler lui rappelait que des membres de sa famille, des ami·es, des voisin·es, des collègues et des électeur·rices étaient nécessairement gais ou lesbiennes et que cela ne les rendait ni moins dignes ni moins Américains.
Il avait qualifié la déclaration de son collègue d’« absolument idiote », avant d’employer des termes encore plus crus devant les caméras de TMZ.
La faute d’un employé?
Après avoir retiré le message, Ogles avait tenté de prendre ses distances avec celui-ci. Il avait affirmé qu’un membre non identifié de son personnel avait publié le commentaire sur son compte sans son approbation, qualifiant ensuite le message de « stupide » et « inapproprié ».
Mais lorsqu’un journaliste de TMZ lui avait demandé à plusieurs reprises s’il croyait personnellement que l’homosexualité avait sa place aux États-Unis, Ogles avait refusé de répondre clairement. Il n’avait donc jamais véritablement désavoué le fond de la déclaration.
L’explication voulant qu’un membre de son équipe ait été responsable de la publication avait également été reçue avec scepticisme en raison d’autres déclarations similaires faites directement par Ogles au cours des mois précédents.
« Les musulmans n’ont pas leur place dans la société américaine »
Trois mois plus tôt, en mars, Ogles avait tenu presque exactement le même discours à l’endroit des personnes musulmanes. « Les musulmans n’ont pas leur place dans la société américaine. Le pluralisme est un mensonge », écrivait-il le 9 mars sur X. Et cette fois, il n’avait pas attribué le message à un employé.
La déclaration avait suscité de fortes critiques à Washington, des élu·es démocrates la qualifiant notamment d’anti-américaine et d’hostile à l’un des principes fondamentaux de liberté religieuse du pays.
Le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson avait, pour sa part, évité de condamner directement son collègue. Ogles est membre du House Freedom Caucus, regroupement influent qui rassemble une partie des élu·es les plus conservateurs de la Chambre des représentants.
Cette hostilité envers les musulmans s’était également manifestée dans les attaques d’Ogles contre Zohran Mamdani. Lorsque ce dernier avait obtenu l’investiture démocrate dans la course à la mairie de New York, Ogles avait réclamé que Mamdani soit déchu de sa citoyenneté américaine et expulsé des États-Unis.
Il l’avait notamment affublé du surnom « Little Muhammad » et avait demandé au gouvernement fédéral d’entreprendre une procédure de dénaturalisation contre lui.
Mamdani est musulman et citoyen américain.
Ces interventions avaient contribué à asseoir la réputation d’Ogles comme l’un des élus les plus provocateurs de la droite républicaine.
Un fidèle de Trump battu malgré l’appui présidentiel
Ogles entretenait parallèlement une relation politique étroite avec Donald Trump, qui l’avait appuyé dès sa première campagne pour le Congrès en 2022 et avait de nouveau soutenu sa candidature cette année.
L’élu du Tennessee était allé jusqu’à proposer une modification de la Constitution américaine permettant à Trump de briguer un troisième mandat présidentiel, ce que le 22e amendement interdit actuellement.
Son positionnement extrêmement favorable au président n’a toutefois pas suffi à convaincre les électeur·rices républicains de lui accorder un troisième mandat.
Charlie Hatcher s’est présenté comme une solution de rechange conservatrice plutôt que comme un républicain modéré. Ancien commissaire à l’Agriculture, il a notamment mis de l’avant ses racines rurales et son expérience dans le secteur agricole.
Sa victoire ne représente donc pas nécessairement un virage idéologique du Parti républicain du Tennessee sur les questions LGBTQ+. Le 5e district demeure fortement favorable aux républicains, et Hatcher part avec une longueur d’avance en vue de l’élection générale de novembre.
La défaite d’Ogles met néanmoins fin, à compter de janvier prochain, au mandat d’un élu dont les déclarations ouvertement hostiles aux personnes homosexuelles avaient fini par provoquer des critiques jusque dans son propre camp.
Deux mois après avoir affirmé qu’il n’y avait « pas de place » pour l’homosexualité en Amérique, Andy Ogles devra donc lui-même céder sa place au Congrès.

