Alors que les discours masculinistes gagnent en visibilité et que l’intolérance envers les communautés LGBTQ+ s’exprime de plus en plus ouvertement, l’Association québécoise des journalistes 2ELGBTQI+ (AQJ+) vient de lancer Les mots justes, un guide pratique destiné aux professionnel.le.s des médias et des communications. Son objectif : favoriser une couverture plus rigoureuse et respectueuse des réalités de la diversité sexuelle et de genre.
L’Association québécoise des journalistes 2ELGBTQI+ (AQJ+) a profité de son premier anniversaire pour lancer officiellement, le 14 octobre, Les mots justes — Guide pratique de l’AQJ+ pour améliorer la couverture médiatique des réalités 2ELGBTQI+ au Québec. L’événement, organisé à L’Idéal Bar & Contenus, à Montréal, marque une nouvelle étape pour cette jeune Association présidée par le journaliste Quentin Dufranne.
Conçu par et pour des journalistes, le guide propose des outils pour mieux comprendre les réalités LGBTQ+, employer une terminologie appropriée et aborder des sujets parfois complexes sans tomber dans les raccourcis ou les stéréotypes.
Sa publication intervient alors que les questions liées à l’identité de genre, aux droits des personnes trans et non binaires, à l’éducation sexuelle et à la place des communautés LGBTQ+ dans la société alimentent de nombreuses controverses. Des débats où la désinformation et les discours d’intolérance trouvent aussi leur place.
Des mots qui influencent la perception du public
Le choix des mots n’est jamais anodin dans le traitement journalistique. Une expression imprécise, une généralisation abusive ou la reprise sans recul d’un discours militant peuvent contribuer à entretenir des préjugés, même involontairement. À l’inverse, une terminologie appropriée, une bonne mise en contexte et la consultation des personnes directement concernées permettent de présenter une information plus fidèle aux réalités vécues.
Les mots justes aborde notamment l’écriture inclusive et épicène, l’utilisation du pronom « iel », les différents sigles désignant les communautés LGBTQ+ et les bonnes pratiques pour solliciter une personne queer dans le cadre d’un reportage. Il s’intéresse aussi à l’invisibilisation des femmes queers dans les médias et au traitement journalistique du VIH/sida, un domaine où certaines expressions héritées des premières décennies de l’épidémie continuent de véhiculer des perceptions dépassées.
Un lexique de référence et des conseils pour agir comme journaliste allié au sein de sa propre salle de rédaction complètent le document. L’idée n’est pas d’imposer une manière unique d’écrire, mais d’offrir des repères pour traiter ces questions avec davantage de précision.
Face au masculinisme et aux discours anti-LGBTQ+
Le lancement du guide survient dans un climat où les discours masculinistes et les mouvements opposés aux droits des personnes LGBTQ+ occupent une place grandissante sur les réseaux sociaux et dans certains débats publics.
Si le masculinisme regroupe différents courants, ses expressions les plus radicales s’accompagnent souvent d’une hostilité envers le féminisme, la diversité sexuelle et les identités de genre qui s’éloignent des modèles traditionnels de masculinité. Ces discours circulent notamment dans des communautés numériques fréquentées par de jeunes hommes.
Les personnes trans et non binaires sont particulièrement ciblées. Leur accès aux soins, leur reconnaissance juridique ou leur présence dans les espaces publics deviennent régulièrement des sujets de confrontation politique.
Dans ce contexte, les médias ont la responsabilité de rapporter les controverses sans pour autant relayer des affirmations trompeuses ou présenter toutes les positions comme également fondées. Vérifier les faits, expliquer les enjeux et donner la parole aux personnes concernées demeure essentiel.
Un guide comme Les mots justes peut aider les salles de rédaction à éviter de réduire les personnes LGBTQ+ à des sujets de controverse ou de privilégier les déclarations les plus polarisantes au détriment d’une information nuancée.
Une association pour les journalistes LGBTQ+
Fondée en 2025, l’AQJ+ compte déjà plus de 25 membres travaillant dans les grands médias québécois, comme dans les médias locaux, de Montréal jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine. Son conseil d’administration est composé de Quentin Dufranne, président, de Denis-Martin Chabot, trésorier, et de Charline Caro, secrétaire.
L’Association offre un espace de rencontre, de réflexion et de solidarité aux journalistes issus des communautés LGBTQ+, qu’ils travaillent en presse écrite, sur le Web, à la télévision ou dans d’autres secteurs de l’information. Elle souhaite également soutenir les professionnel.le.s confronté.e.s à des situations de discrimination, de harcèlement ou d’intimidation en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité ou de leur expression de genre. Une réalité qui peut toucher les journalistes aussi bien dans leur milieu de travail qu’à l’extérieur.
L’AQJ+ tient par ailleurs à inclure les personnes qui ne souhaitent pas dévoiler publiquement leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, tout en leur permettant de participer à ses activités. Par ses rencontres et la production d’outils éducatifs, l’Association cherche à améliorer les conditions de travail de ses membres et la façon dont les enjeux LGBTQ+ sont traités dans les médias québécois.
Mieux informer sans renoncer au regard critique
Une couverture médiatique respectueuse ne signifie pas qu’il faille éviter les questions difficiles, les désaccords ou l’examen critique des organismes LGBTQ+. Elle suppose plutôt de poser ces questions avec précision, de vérifier les affirmations et de ne pas confondre la recherche de controverse avec celle de l’information.
Les communautés LGBTQ+ ne forment d’ailleurs pas un ensemble homogène. Les parcours et les opinions diffèrent selon les générations, les origines, les milieux sociaux et les expériences individuelles. En tenir compte permet d’éviter les représentations simplifiées qui dominent parfois les débats publics.
Le guide pourra également servir aux professionnel.le.s des relations publiques et des communications, dont les communiqués, les campagnes et les interventions alimentent quotidiennement le travail des journalistes.
Un guide gratuit et accessible
Les mots justes est offert gratuitement en version numérique. Des exemplaires imprimés ont aussi été mis en vente lors du lancement et pourront être commandés par la suite. Les revenus contribueront à soutenir les activités de l’AQJ+.
À une époque où les réseaux sociaux amplifient les discours les plus polarisants et où les droits LGBTQ+ font régulièrement l’objet de remises en question, choisir les mots justes dépasse la simple question du vocabulaire. C’est aussi une responsabilité journalistique : informer avec rigueur, sans alimenter les préjugés ni déformer les réalités.
INFOS | Les mots justes — Guide pratique de l’AQJ+ pour améliorer la couverture médiatique des réalités 2ELGBTQI+ au Québec. Guide numérique gratuit et exemplaires imprimés disponibles à l’achat. Site Web : www.aqj2elgbtqi.com